Il y a quelque chose d’assez atypique chez Théo Avena. Quand beaucoup de préparateurs physiques ont grandi avec un ballon rond entre les pieds, le nouveau préparateur physique de l’Olympique d'Alès en Cévennes a longtemps vécu avec… la tête sous l’eau. « Jusqu’à mes 26 ans, j’ai été joueur professionnel de water-polo », raconte le Sétois de 30 ans.
Une carrière débutée à l’âge de 10 ans, après que ses parents lui ont fait découvrir plusieurs disciplines. Football, tennis, natation… puis le water-polo. « Un entraîneur de natation est venu me voir parce que j’avais certaines qualités et m’a proposé de faire un essai au water-polo. Je me suis régalé. » Bercé par la mer Méditerranée à côté de la maison, et la piscine du coin, le jeune Théo ne quittera plus les bassins.
Après avoir évolué à Montpellier, où il signe son premier contrat professionnel à 18 ans, il rejoint ensuite Sète et Tourcoing, puis connaît également les sélections de jeunes avec l’équipe de France, participant notamment à des championnats d’Europe. Une expérience de haut niveau ponctuée de podiums et d’une Coupe de la Ligue remportée avec Montpellier.
« Le travail, le travail, le travail »
Mais en parallèle de sa carrière sportive, Théo Avena prépare déjà la suite. À Montpellier, il suit des études pour devenir préparateur physique et se forme également à la nutrition sportive. À 26 ans, il fait finalement le choix de sortir de l’eau pour passer de l’autre côté.
Un changement de terrain, mais pas de philosophie. « Les valeurs que le sport m’a apprises, c’est la rigueur, la persévérance, le travail d’équipe, j'ai compris que sans les autres dans un sport collectif, je n'étais rien », résume-t-il. Des valeurs qu’il entend désormais transmettre aux footballeurs. Avec une idée qui revient régulièrement dans son discours : le travail. « Moi j’avais un petit talent, mais c’est le travail qui m’a tout donné. »
Le water-polo lui a aussi apporté une certaine culture de l’effort. Dans les bassins, les séances peuvent s’enchaîner deux, voire trois fois par jour avec la musculation. Une exigence qu’il transpose désormais au football, tout en sachant que les deux disciplines ne se pratiquent évidemment pas dans les mêmes conditions.
Et cette expérience aquatique lui donne une approche particulière du travail physique. « J’apporte un peu plus tout ce qui est transfert du haut et du bas du corps, le travail du centre du corps, le travail du tronc », explique-t-il. Une spécificité héritée d’un sport où il faut constamment être gainé et capable de transmettre sa force des jambes vers le haut du corps.
Une aventure ivoirienne avec les futurs talents
Après son passage par Sète où il aura connu la N2 et la R3, Théo Avena va aussi connaître une expérience loin de ses bases. En 2023-2024, il rejoint pendant six mois la sélection U20 de Côte d’Ivoire afin de participer à sa préparation pour la CAN (Coupe d'Afrique des Nations). Une aventure sportive, mais surtout humaine. « Je suis parti seul découvrir une nouvelle culture, une nouvelle façon de voir la préparation physique. Ils voulaient se structurer et apporter ma patte a été une opportunité folle. »
Une expérience qui lui permet également de côtoyer plusieurs joueurs appelés à connaître une trajectoire importante. Parmi eux, Yan Diomande, Bazoumana Touré ou encore Martial Godo. Et lorsqu’il évoque le niveau athlétique des jeunes Ivoiriens, le préparateur physique est encore enthousiaste. « Franchement, là-bas, sur le plan athlétique, c’était un régal à entraîner. Ils sont en avance. Je pouvais tout leur faire faire, ils répondaient à tout. » Une première expérience internationale qui lui permet de compléter son bagage avant de revenir progressivement vers le football français.
« Je n’ai pas hésité une seconde »
Cet été, l’opportunité de rejoindre l’OAC arrive. Jean-Marie Pasqualetti, le coach des Cévenols, le contacte et lui présente un projet clair : celui d’un club qui veut retrouver le National 1. Le discours séduit immédiatement le Sétois. « J’étais en recherche d’un nouveau projet, de projets ambitieux, de clubs avec la volonté de monter. » La proximité géographique joue également. « Je suis de la région, de Montpellier et Sète, donc c’est à côté. »
Mais surtout, Avena a suivi les dernières saisons cévenoles. Il connaît les ambitions du club et sait que l’OAC a déjà échoué de peu dans sa quête de montée. La sanction de huit points retirés la saison dernière appartient désormais au passé, et le nouveau préparateur physique veut regarder devant.
« L’objectif promis, c’est de monter. »
Pas question pour autant de parler de pression. L’ancien joueur connaît trop bien les exigences du haut niveau pour se laisser déborder. Son rôle, il le voit autrement : donner aux joueurs toutes les armes pour réussir. « Les joueurs restent les acteurs du jeu. »
« Je ne gère pas des robots »
Et c’est peut-être là que se trouve la véritable particularité de Théo Avena. Derrière le préparateur physique obsédé par les charges, les tests et les intensités, le jeune technicien revendique une approche profondément humaine. « Je ne gère pas des robots », insiste-t-il.
« Un joueur peut avoir mal dormi, avoir des enfants, des problèmes personnels ou simplement ne pas être dans les meilleures dispositions. » Il faut alors savoir adapter. « La tête est là, la tête n’est pas là… j’essaye de le remettre. C’est là aussi que j’ai mon rôle à part entière. »
Durant la préparation estivale, cette capacité d’adaptation a notamment été mise à l’épreuve par les fortes chaleurs qui ont frappé le sud de la France. Les séances ont été avancées le matin ou décalées en fonction des températures. L’objectif étant de trouver le meilleur équilibre entre travail et récupération.
Et pour le moment, les premiers retours sont particulièrement positifs. Les tests physiques réalisés à la reprise ont même agréablement surpris le nouveau préparateur. « Les joueurs ont répondu présents à mon programme que j'avais envoyé avant la reprise. »
Parmi eux, un joueur s’est particulièrement distingué : Loïc Lambecq, arrivé de la réserve. Le milieu de terrain originaire du Nord a impressionné par ses résultats sur les efforts répétés et son endurance.
La nutrition comme autre arme
Son autre casquette pourrait également être précieuse dans un vestiaire où plusieurs jeunes joueurs cherchent encore leurs habitudes. Titulaire d'un master en nutrition sportive, Théo Avena accompagne les joueurs sur leur hygiène de vie et leur récupération.
Si les anciens ont déjà leurs routines, pour les plus jeunes, il y a davantage à construire. Sur l'alimentation avant et après les entraînements ou les matches, sur la prise de masse ou la perte de poids ou encore la récupération, toutes ces questions que se posent les jeunes pousses, Théo leur répond. « Il y a une vraie curiosité de la part des joueurs », constate-t-il. Une corde supplémentaire à l’arc du nouveau préparateur physique cévenol, qui entend surtout créer un climat de confiance.
« On est serein, on bosse sereinement »
Depuis son arrivée, Avena loue d’ailleurs la relation instaurée avec le staff. Avec Jean-Marie Pasqualetti, mais aussi avec les autres membres de l'encadrement, le fonctionnement repose sur un mot : confiance.
« Jean-Marie me laisse libre choix dans ma préparation physique. Ça, c’est top, un coach qui te donne confiance. » Lui-même reste à l’écoute des joueurs pour ajuster les charges et les séances en fonction de leurs ressentis. Une proximité qu’il considère comme indispensable pour construire un groupe capable de tenir toute une saison. « On s’écoute. Quand on est d’accord, ça va. Quand on n’est pas d’accord, on s’explique et on essaye d’ajuster au mieux. » Un fonctionnement qui rappelle finalement les valeurs apprises dans les bassins : le collectif avant tout, la rigueur, la persévérance et le travail.
À quelques jours de la reprise du championnat, Théo Avena a désormais troqué le bonnet de water-polo contre le survêtement de l’OAC. Avec une volonté de mettre toute son expérience au service d’une équipe qui rêve de retrouver l'échelon supérieur. Et si le préparateur physique veut évidemment voir les joueurs répondre présents, il n’oublie pas les supporters qui seront dans les tribunes. « On va tout faire pour réussir et leur faire plaisir. »