Publié il y a 1 h -
Mise à jour le 19.08.2026 - Sabrina Ranvier - 5 min - vu 294 fois
FAIT DU JOUR Le trio gardois de l’ambassade d’Argentine
Romain Nadal, au centre, entouré de Cyril Chabrier et Noémie Yepes. Le professeur de l'ambassadeur, Luc Simula, a assisté à l'échange en visio avec le lycée Camus. Il se souvient d'un élève qui « était à fond dans la pédagogie active ».
C’est une petite enclave nîmoise perdue à 11 000 km des arènes. Hasard des mutations, à Buenos Aires, trois hauts postes de l’ambassade sont détenus par des Nîmois. Romain Nadal est ambassadeur depuis 2023. Noémie Yepes y occupe le poste de conseillère politique depuis 2024. Cyril Chabrier, attaché de défense, les a rejoints en 2025.
On ne les a pas croisés à Nîmes lors de la feria de Pentecôte. Impossible. Il y a trop de travail à l’ambassade de France en Argentine. En cette période chargée, ni Romain Nadal, ambassadeur, ni Noémie Yepes, conseillère politique, ni Cyril Chabrier, attaché de défense, n’auront le temps d’effectuer 13 heures d’avion entre la France et Buenos Aires. Campagne des municipales, résultats de Nîmes olympique ou encore de l’Usam… malgré les 5 heures de décalage, tous trois sont très au fait de l’actualité gardoise. Et pour cause. Tous ont grandi dans le département et soignent leurs attaches gardoises.
Intervention au lycée Camus
Mardi 31 mars, à l’occasion des semaines de l’Amérique latine et des Caraïbes, le trio a pris le temps de dévoiler, lors d’un webinaire, les coulisses de l’ambassade, aux élèves du lycée nîmois Camus. Romain Nadal les aide à construire un partenariat avec le lycée franco-argentin Mermoz.
L’ambassadeur est un ancien de Daudet. Mais, lors d’un échange en visio avec Objectif Gard le magazine, il confie que son père, Gérard Nadal, aujourd’hui retraité, était professeur d’Espagnol à Camus. Il a même eu comme élève la mère de Noémie Yepes. « Elle m’a montré un bulletin où il y avait un commentaire de mon père », s’amuse d’ailleurs ce brun au sourire communicatif. Noémie Yepes, 32 ans, a poussé entre Nîmes et la Lozère. Sa famille est installée à Beauvoisin. Pourtant, elle n’a jamais croisé Romain Nadal dans le Gard. Ils se sont rencontrés en août 2024, quand la jeune femme a été nommée conseillère politique à l’ambassade d’Argentine. Ni l’un ni l’autre n’avaient jamais croisé dans les rues nîmoises, l’officier assis à côté d’eux. Cyril Chabrier, qui a rejoint l’ambassade en septembre 2025, est né dans la sous-préfecture gardoise il y a 43 ans. Enfant, il vogue au gré des mutations de son père, mais obtient son bac au lycée d'Alzon à Nîmes. Après une prépa à Versailles, l’école Navale en Bretagne et un tour du monde sur la « Jeanne-D’arc », le voilà nommé à Garons comme pilote à la base aéronavale. Il y reste deux ans, juste avant sa fermeture en 2011. Treize ans plus tard, c’est devant les boiseries de l’ambassade d’Argentine qu’il parle de la plage du Boucanet et des embouteillages sur le chemin des Canaux avec Romain Nadal.
« Je ne voudrais pas qu’on laisse croire qu’un ambassadeur nîmois ne recrute que des Nîmois, commente, amusé, l’ambassadeur. Je ne peux pas décider moi-même des affectations. C’est vraiment le hasard. Mais ce sont deux personnes formidables. » Cet homme aux cheveux ébène a quitté le Gard à 18 ans pour poursuivre ses études à Paris. Armé d’une licence de droit, d’un diplôme de Sciences po, il réussit le concours du quai d’Orsay. Le Nîmois est bilingue en Espagnol, une passion transmise par son père. « Il faisait des universités d’été en Espagne. Je passais mes vacances à côté de Madrid. »
En 2017, il est nommé ambassadeur à Caracas. Il a 49 ans. Il restera 6 ans au Vénézuela, pays soumis au régime autoritaire de Nicolas Maduro, pays en proie à une crise économique et migratoire.
En août 2023, il est affecté dans un autre pays latino-américain, l’Argentine. Secoué par une grosse crise économique, le pays a élu en novembre 2023, un président antisystème, le professeur d’économie Javier Milei. Ce libéral pose régulièrement avec une tronçonneuse, symbole des coupes qu’il souhaite faire dans les dépenses publiques. « C’est un cycle politique nouveau puisque c’est un président qui veut réformer l’économie argentine et même la révolutionner », résume Romain Nadal. Organisation, équipements… Il veut aussi « moderniser l’armée argentine pour les 20 ou 30 prochaines années ».
Lutte contre le narcotrafic
« Les autorités argentines me demandent régulièrement des informations sur l’organisation française qui est reconnue comme particulièrement efficiente en termes de réactivité », explique Cyril Chabrier. Il leur donne les informations qu’il est habilité à leur délivrer, afin qu’ils puissent développer un modèle compatible avec les modèles français. Le but est de permettre une meilleure interopérabilité face à des enjeux communs notamment en matière de sécurité maritime. « C’est un sujet qui nous intéresse particulièrement parce que les flux, notamment de narcotrafic partent d’Amérique du Sud et s’achèvent en Europe », souligne ce militaire.
« Quand j’étais en poste à Caracas, à plusieurs reprises, j’ai eu à coordonner depuis Caracas le travail de notre marine nationale dans la mer des Caraïbes, dans l’arraisonnement de bateaux de pêche vénézuéliens qui faisaient du narcotrafic », complète Romain Nadal.
Vols de la mort, droits de l’Homme
Position de l’Argentine sur l’accord UE-Mercosur, sur le changement climatique… À l’ambassade, Noémie Yepes rédige des notes pour Paris. Celle qui, avant d’intégrer le quai d’Orsay, a travaillé dans des associations venant en aide aux migrants en Équateur et à Paris, est aussi en charge des sujets des droits de l’Homme.
En mars 1976, il y a pile 50 ans, un coup d’État faisait sombrer l’Argentine dans une dictature militaire. « On a développé toute une gamme d’activités sur ce sujet. C’est un sujet qui nous tient à cœur », détaille cette ancienne de Sciences Po Lyon. 24 victimes françaises de la dictature ont été identifiées. Même si la dictature a pris fin en 1983, les identifications des corps des disparus se poursuivent. « À peu près 8 000 ont été identifiés, mais on parle potentiellement de 30 000 victimes », explique Romain Nadal. Les deux victimes françaises les plus connues sont les religieuses Léonie Duquet et Alice Domont. « Elles ont été assassinées selon la procédure des vols de la mort. C’est-à-dire qu’elles ont été jetées vivantes depuis un avion dans le Rio de la Plata », raconte l’ambassadeur. Retrouvé dans le fleuve, le corps de Léonie Duquet a été enterré, anonymement. « Avec Noémie, nous sommes allés dans ce cimetière. Cela fait partie de notre travail. » Dans le cadre d’un projet de nomination d’un centre social au nom des religieuses, tous deux ont rencontré Victoria Montenegro, parlementaire de Buenos Aires. Elle a découvert tardivement qu’elle était un « bébé volé ». Ses problèmes de tympans étaient en fait dus aux coups de feu tirés pour assassiner ses parents lorsqu’elle était bébé.
Tous trois rentrent une fois par an dans le Gard. Noémie Yepes et Cyril Chabrier envisagent un retour dans leur famille à Beauvoisin et à Nîmes en juin, l’Argentine sera plongée dans l’hiver. Romain Nadal revient en général en août. Après le décès de sa maman, Marie-Françoise Matouk, en 2020, il s’est acheté un appartement rue Rouget-de-Lisle.
Qu’est-ce qu’ils apprécient par-desssus tout dans le Gard ? « J’ai une affection particulière pour le Grau-du-roi, répond aussitôt Cyril Chabrier. C’est là où j’ai appris à marcher, à nager… Là où est né ma vocation pour la marine ». Noémie Yepes cite ses étés au camping de l’Espiguette, la prépa au lycée Daudet, les séances ciné au Sémaphore… Et Romain Nadal ? Difficile de synthétiser. Le débit de l’ambassadeur s’accélère lorsqu’il parle des rues de sa ville. Il aime passer devant l’école du Mont Duplan où il est encore en contact avec ses anciens instituteurs, Lucien Peytier et Roger Tares. Il adore les baignades rafraichissantes face au Pont du Gard. Il évoque le bar le Napo, siège des soirées des années lycées... Ce lycée où les classes étaient pleines d’enfants d’immigrés espagnols. Romain Nadal le reconnaît : à l’époque, il ne se voyait vraiment pas diplomate. Il loue l’accompagnement de ses anciens professeurs comme l’économiste Luc Simula. Mais Nîmes a peut-être joué un rôle. Passé romain, apport des diverses vagues migratoires espagnoles, nord-africaines… il pense que « le caractère multiculturel de Nîmes a influé » sur son caractère.
Il vous reste 80% de l'article à lire.
Pour continuer à découvrir l'actualité d'Objectif Gard, abonnez-vous !
Votre abonnement papier et numérique à partir de 69€ pour 1 an :
Votre magazine en version papier et numérique chaque quinzaine dans votre boite aux lettres et en ligne
Un accès illimité aux articles exclusifs sur objectifgard.com