Si l’aficion va aux arènes, c'est sans doute pour voir ce genre de cartel. Un mano entre un deux guerriers qui savent aussi être des artistes. Un cartelazo comme on en voit peu dans la région, une course qui détonne dans le paysage taurin actuel.
Comme quand on va aux arènes, on y va aussi pour les toros, l’empresa Toro Pasion a tenu à mettre à l’honneur six fers de différents élevages français. Un coup de com et un coup de projecteur dont chacun pourra profiter. Les toros vont servir les triomphes des piétons et les tendidos en seront heureux. Autre satisfaction, la piste était décorée par Mélodie Nicolas (Olé’Art) des Paluds de Noves. Des tonalités estivales, douces, des pêches et des abricots, des toros et des toreros.
De novillero, ce Saul. Jimenez Fortes était l’un des rares à ne jamais laisser indifférent. Dix ans après sa gravissime blessure, Fortes renaît enfin des cendres qui l’ont consumé. Il faut dire que ses temporadas novilleriles l’ont usé jusqu’à la moelle. Depuis deux ans, il refait surface. Le natif de Malaga sort de sa feria, une feria qui l’a vu et revu triompher avec pundonor et panache. Il vient à Saint-Gilles fatigué, mais avec le sourire et l’envie de sortir encore par une grande porte. C’est un toro de Fernay qui sort du toril et ouvre la course. Disons-le d’emblée, le pauvre Saul Jimenez Fortes n’aura pas été servi au sorteo… Mais, à chaque combat, il fera l’effort, sans jamais rechigner. Sur ce premier essai, pas facile et peu commode, Fortes a tout tenté, mais la violence des coups de têtes et le manque de transmission ont gagné. Salut.
En 15 ans d’alternative, Fortes a fait du chemin, mais dans son sillage est née une légende. Celle d’un courageux, d’un brave, d’un de ceux qui, s’il met la jambe, ne la retire pas. Il assume ses choix, même s’ils lui coûtent cher. Son corps est meurtri, mais son cœur est ouvert. Pour se lier à son toro de Gallon, Fortes n’aura pas trop de temps devant lui. Après une grosse vuelta de campana, le pensionnaire de Tenque a été remplacé par un sobrero du fer des frères Tardieu. Là encore, le toro qui déboule arrive avec toute sa sauvagerie en piste. Quasi le même duel que son premier… Dommage, les tentatives de sortie en triomphe s’amenuisent, salut. Les tendidos voient les efforts.
Le Malagueño sort pour son ultime défi saint-gillois. Son père fut banderillero et apoderado, sa mère, fut également novillera, elle a même toréé à Arles aux côtés de Richard Milian ! L’Espagnol touche, pour son dernier, le cinquième de la tarde, une pupille de Margé. Espeyran s’abime une corne, mais sort bien dans le type de la maison et permet au piéton d’assurer enfin une faena pleine, complète et au toreo profondément classique et précis, à la limite, constamment sur le fil. Le maestro s’offre à plusieurs reprises, s’expose et prouve son courage tout en imposant sa technique. Une faena bien pensée, imaginée pour être unique, tant mieux ! Oreille amplement méritée.
Clemente, que certains connaissent mieux sous son vrai nom Clément Dubecq, est droit dans ses bottes. Pendant dix ans, il a mangé son pain noir après quelques erreurs en piste. Aujourd’hui, sans rancœur mais avec hargne, il fait taire tous ses détracteurs par l’importance qu’il a su prendre, seul, tout seul. Avec le toro de Pagès-Mailhan, plus que plaisant, Clemente use de sagesse et de douceur. Il prend son temps, il embarque le toro dans de belles séries qui réveillent les gradins venus pour voir ça. Le diestro et intelligent, il a vite lu son adversaire, il écoute aussi les conseils. Une fin de faena emplie de tact et de savoir, mais, finalement, qui n’a pas été reconnu à sa juste valeur. Oreille.
Quatrième toro du mano a mano et deuxième opportunité de briller pour le Girondin. Face au toro de Malaga, Marismeño, Clemente repart au combat car celui-là l’impose. Une bataille saine et sans vie mais une lutte sérieuse. Le torero trouve les bons sitios, contraint le cornu. Il est cependant obligé de céder un peu de terrain. L’affrontement transmet, hélas, il va a menos. Oreille après une demi-épée en bonne place. Marismeño recevra le titre du meilleur toro de la tarde.
Dernier toro de la feria, un de Tardieu frères. Bien différent de son congénère. Celui-là permet plus, s’ouvre à chaque course, s’élance dans des séries rondelettes et bien menées par Clemente qui semble savoir comment cette course se terminera. Le Bordelais met les formes sur le fond, ne séparant jamais les deux et faisant voir au public de quoi il était capable. Et il est capable de bien des choses notre petit français ! Sans aucun chauvinisme et même si les deux appendices sont un peu excessifs, Clemente est un grand matador de toros. Il a pris le temps de mûrir et de faire son chemin, de profiter de la lumière actuelle sans se trahir. Deux oreilles après un vrai bon moment et une belle lame. Deux oreilles et une sortie a hombros de Clemente.