Publié il y a 7 mois - Mise à jour le 06.09.2023 - Boris De la Cruz - 3 min  - vu 2149 fois

NÎMES "La loterie du malheur" frappe sur l'autoroute : deux morts et un émouvant procès

Photo archive Anthony Maurin

Un conducteur espagnol a été condamné à 6 mois de prison avec sursis et une annulation de son permis de conduire pendant un an.  

Six véhicules impliqués, deux morts dans la même voiture, une "miraculée" selon les enquêteurs et plus de trois ans après, une question sans réponse : que s'est-il passé ?

Le 13 juin 2019, la route est sèche, le temps idéal, le soleil sur le côté ne gêne personne sur l'axe Montpellier-Lyon, dans le sens de la remontée de l'autoroute A9. Un simple ralentissement est constaté à hauteur de Nîmes sur une portion de circulation à trois voies, à hauteur de l'A54 qui mène à Arles. Les automobilistes concernés ralentissent tous, ils sont à 10 km/h, tous sont au pas, sauf un et pas n'importe lequel... Le chauffeur espagnol d'un 40 tonnes a programmé son régulateur à 87km/h sur cette portion limitée à 90 km/h pour lui. Il roule tranquillement. Sur le côté, il peut apercevoir l'hôpital de Nîmes et les tours de la Zup de Pissevin et Valdegour. Le poids-lourd percute un, puis plusieurs véhicules. Six au total seront impliqués dans l'accident. 

Le poids lourd percute les véhicules à 87 km/h

"Je n'ai pas vu le ralentissement et l'arrêt", clame depuis le début des investigations le conducteur du poids lourd responsable, un homme âgé de 54 ans. "100 mètres de ma vie, je ne sais pas ce qui s'est passé", résume en pleurs le conducteur fautif à la barre du tribunal correctionnel qui le juge ce mardi 5 septembre pour "homicides involontaires par conducteur" et "blessures involontaires par conducteur".

Après avoir résumé la procédure, le président du tribunal, Jérôme Reynes, essaie de comprendre les raisons d'un tel choc mais il se heurte au trou de mémoire du conducteur. Les experts évoquent une hypothèse : celle d'un micro sommeil fatal. Pourtant, ce jour-là, le conducteur le répète, il n'était pas pressé, il devait décharger son camion le lendemain dans le Vaucluse. Il n'avait aucun retard, rentrait de plusieurs jours de repos et avait même anticipé sa pause au volant puisqu'il avait effectué une halte qui n'était pas obligatoire pour lui. 

Pas de drogue, pas d'alcool, pas de téléphone au volant

Les investigations ont été minutieuses de la part du juge d'instruction qui, lui aussi, a cherché à comprendre. Pas de drogue, pas d'alcool, aucune prise de médicaments dans les analyses de sang. On sait que le conducteur n'était pas au téléphone ou sur un écran dans son poids lourd. Le camion et son attelage ont été inspectés, mais là aussi il n'y a rien à signaler selon l'avocat du conducteur, maître Saädia Essakhi. "Nous en sommes là plus de trois ans après, avec un homme qui n'a aucune explication sur ce terrible choc. Il n'a pas pu freiner et éviter l'accident". "Un conducteur, professionnel de la route, qui jusqu'à ce jour n'avait jamais eu d'accident en 32 ans d'exercice", plaide maître Essakhi. 

Les familles absentes et un conducteur ravagé par le drame

Face au conducteur espagnol ravagé par le drame, les familles des victimes n'étaient pas présentes. "Ils n'ont pas eu la force de venir, ils vivent un drame quotidien depuis ce 13 juin 2019. Un père et son fils de 24 ans tués dans l'accident. Ma cliente, l'épouse, la maman, vit un drame humain absolu. Elle perd un époux avec qui elle était mariée depuis 32 ans et un fils de 24 ans", affirme maître Joseph Grimaldi. Deux hommes, d'origine hollandaise, qui traversaient le Gard pour se rendre chez eux. "La loterie du malheur liée à ce genre d'accident accable cette famille", poursuit-il sans pointer du doigt le conducteur espagnol. "Monsieur vos propos pleins de sincérité ont une vertu d'apaisement. Sachez que la famille des deux victimes n'a pas de vindicte à votre égard", complète l'avocat marseillais. 

Une miraculée sous un camion

Dans cet accident dramatique, une dame, jeune mère de famille a été qualifiée de "miraculée". Avec sa voiture percutée, elle a glissé sous un autre camion qui était devant. "Lorsque l'on voit l'état du véhicule, on se demande comment on peut échapper à la mort", souligne le conseil de cette dame coincée sous le camion pendant près de 1h30 et soutenue par un pompier qui lui répétait inlassablement qu'elle allait s'en sortir. "Elle a vu ralentir et elle a ralenti. Puis c'est le choc par l'arrière. Elle a été réveillée par le bruit assourdissant des pompiers qui essayaient de la désincarcérer. Cette femme a vu la mort, mais ce genre d'accident peut nous arriver", estime Maître Carole Castelbou-Dourlens en ajoutant à l'adresse du prévenu : "La place de monsieur peut-être la nôtre demain". Les avocats des parties civiles viennent au secours judiciaire du chauffeur espagnol qui ne cesse de pleurer. "Ce dossier, c'est probablement quelques secondes d'inattention sur l'autoroute". Quelques secondes, mais quel drame !

"Tous les jours je me dis que j'aurais dû partir à la place de ce père et de son fils", insiste entre deux sanglots le quinquagénaire. Un prévenu qui a écouté sa sanction mardi soir vers 21h. Il est condamné à 6 mois de prison avec sursis. 

Boris De la Cruz

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