Publié il y a 58 min - Mise à jour le 31.07.2026 - Anthony Maurin - 4 min  - vu 63 fois

NÎMES Jean Jaurès, célébré et honoré

Commémoration assassinat de Jean Jaurès à Nîmes (Photo Anthony Maurin)

Commémoration assassinat de Jean Jaurès à Nîmes (Photo Anthony Maurin)

À l'occasion du 112e anniversaire de l'assassinat de Jean Jaurès, la Ville de Nîmes lui rendait hommage à Carré d'Art.

Cette cérémonie, organisée dans le cadre du nouvel agenda mémoriel de la Ville, était l'occasion de dévoiler au public une lettre autographe récemment acquise par la bibliothèque, témoignage précieux des liens qui unissaient le tribun socialiste à Nîmes.

Acquise en mai dernier, cette lettre signée de Jean Jaurès, écrite sur un papier à en-tête de la Chambre des députés, prépare la grande conférence que le tribun prononcera dans les arènes de Nîmes, le 12 juillet 1903. Jaurès y évoque notamment, l'organisation de ce grand rendez-vous avec Aristide Briand (1862-1932), homme politique qui fut plusieurs fois Président du Conseil et ministre de la Troisième République.

Première visite en 1894

Jaurès est âgé de 35 ans seulement lors de sa première visite dans le Gard en 1894. C’est donc un jeune et sémillant parlementaire, mais déjà riche d’une longue expérience, qui débarque à Nîmes le dimanche 18 novembre 1894 par le train de 11 h 27 pour parrainer l’après-midi le congrès constitutif de la Fédération socialiste du Gard et tenir le soir-même une conférence publique à l’ancien collège des Jésuites.

« Gran Corrida démocratique » en 1903

C’est le dimanche 12 juillet 1903 que Jean Jaurès revient à Nîmes pour une affiche alléchante. Les journalistes de Nîmes-Journal ont le sens de l’humour (et aussi celui de la communication) pour annoncer le meeting organisé par la Fédération autonome qui l’a invité dans les arènes. Ville de tauromachie oblige, qui plus est un dimanche à 17 heures, ils titrent en une : « Gran Corrida démocratique - Matador d’alternative : Jean Jaurès. L’affiche humoristique inspirée par la tauromachie... » Une ovation marque son entrée dans les arènes où l’on a installé une estrade sur la piste. Son intervention est régulièrement ponctuée des applaudissements de l’assistance avant que des milliers de citoyens le raccompagnent à son hôtel en chantant L’Internationale. Mais, des polémiques vont suivre sur les divisions.

Commémoration assassinat de Jean Jaurès à Nîmes (Photo Anthony Maurin)
Commémoration assassinat de Jean Jaurès à Nîmes (Photo Anthony Maurin)

Le journal Le Petit Méridional pointe aussi du doigt les défauts de l’organisation : « La manifestation a été très belle mais elle aurait pu être bien plus imposante encore si une organisation, maladroite dans les détails, n’avait pas écarté la grande masse prolétarienne par des prix d’entrée qui auraient pu être moins élevés. »

Séjour prolongé lors du congrès de 1910

C’est à l’occasion du VIIe congrès de la SFIO en février 1910 que Jaurès effectue son troisième séjour dans le Gard. Ce séjour est le plus long. Jaurès reste toute la durée du congrès, ce qui lui laisse le temps de prononcer deux conférences à Nîmes à quelques jours d’intervalle.

Commémoration assassinat de Jean Jaurès à Nîmes (Photo Anthony Maurin)
Commémoration assassinat de Jean Jaurès à Nîmes (Photo Anthony Maurin)

La première est donnée en prélude au congrès le vendredi 4 février en soirée et elle est présidée par Hubert Rouger, maire de Nîmes, son intervention étant précédée par les prises de paroles de Marcel Cachin, Louis Dubreuilh et Adéodat Compère-Morel. La seconde a lieu le mardi 8 février dans l’après-midi, dans la grande salle du Casino d’été, dans le cadre du débat sur les retraites ouvrières.

Deuxième meeting aux arènes en 1912

Face à l’histoire, pour les socialistes nîmois, il n’était pas possible d’en rester à ce meeting de 1903 dans les arènes sur fond de divisions, de règlements de compte et d’une organisation largement critiquée qui aurait écarté au moins 10 000 spectateurs. Depuis l’unité réalisée en 1905, tous rêvaient d’un nouveau meeting. Programmé dans un premier temps le 25 août, il est finalement décalé au 1er septembre à 16 heures.

Commémoration assassinat de Jean Jaurès à Nîmes (Photo Anthony Maurin)
Commémoration assassinat de Jean Jaurès à Nîmes (Photo Anthony Maurin)

Arrivé le vendredi 30 août au soir avec Mme Jaurès, le célèbre orateur met à profit la journée du samedi pour se reposer et faire un peu de tourisme. Le dimanche 1er septembre, « Le Combat social » édite un numéro de prestige sur papier glacé et publie sur toute la hauteur de sa couverture le programme de ce « grand meeting populaire avec les concours d’Hubert Rouger, député du Gard, Louis Dubreuilh, secrétaire général du parti, Compère-Morel, député du Gard et Jean Jaurès, député du Tarn. Sujet traité : Les journaux et le capitalisme - L’action et la propagande socialiste par la presse ». « Jamais, de mémoire de Nîmois, on a assisté à pareille manifestation, à pareil enthousiasme »

Extrait de l’article paru dans « Le Combat social »

Cette grande journée républicaine commence avec une réception des orateurs du meeting à 10 h 30 à l’hôtel de ville par le maire Valette, suivi d’un apéritif d’honneur à la Maison du prolétariat.

À 14h, les manifestants se donnent rendez-vous à la Maison du parti socialiste, place de l’Oratoire, pour accompagner Jaurès en un joyeux cortège bariolé de drapeaux rouges sur les boulevards de la ville jusqu’aux arènes.

Commémoration assassinat de Jean Jaurès à Nîmes (Photo Anthony Maurin)
Commémoration assassinat de Jean Jaurès à Nîmes (Photo Anthony Maurin)

Après le discours de Jaurès, l’émotion est palpable, comme en témoignent ces quelques lignes dans « Le Combat social » du 8 septembre : « Et c’est fini ! On voudrait encore écouter. On est tout surpris de constater que Jaurès a parlé une heure et qu’on a l’impression qu’il commence à peine son discours. » Alors une ovation sans fin se déchaîne.

Tous les spectateurs applaudissent, debout, l’illustre orateur qui vient de les charmer... L’Églantine joue L’Internationale... Les porte-drapeaux se massent sur le devant de l’estrade et la foule réclame encore l’hymne socialiste dont le refrain éclate, chanté par tous. L’effet est saisissant. Jamais, de mémoire de Nîmois, on a assisté à pareille manifestation, à pareil enthousiasme." La soirée se clôture par un grand bal populaire, donné place de l’Oratoire.

Commémoration assassinat de Jean Jaurès à Nîmes (Photo Anthony Maurin)
Commémoration assassinat de Jean Jaurès à Nîmes (Photo Anthony Maurin)

Sans aucun doute, l’organisation fut impeccable. Mais le fait que le record d’affluence de 1903 ne soit pas battu laisse transparaître entre les lignes l’impression d’un succès en demi-teinte. D’une part, en se basant sur des critiques de 1903 sans doute exagérées, le potentiel d’audience a été surestimé ; d’autre part, 1912 est une époque moins militante que les premières années du siècle, la mobilisation revenant quelques mois plus tard avec la manifestation pacifiste géante et une déferlante de plus de 100 000 personnes autour de Jaurès au Pré-Saint-Gervais le 25 mai 1913, à la suite des lois Étienne en avril visant à rétablir le service de trois ans et accordant 500 millions de crédits exceptionnels à l’industrie d’armement. L’histoire et la destinée tragique de Jaurès se mettaient en mouvement...

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