Cette année, l’événement a pris une dimension particulière avec la proclamation de 2026 comme Année Internationale des Parcours et du Pastoralisme par les Nations Unies, rappelant l’importance de cette activité pour la biodiversité et l’entretien des paysages cévenols. La 34ᵉ fête de la transhumance s’est déroulée les 13 et 14 juin à L'Espérou, marquant le départ des troupeaux vers les estives de Dourbies, Val d'Aigoual ou le mont Lozère. Trois troupeaux ont défilé ce dimanche, sous les yeux des visiteurs, dans une ambiance festive et conviviale autour d’un marché de producteurs et d’artisans locaux.
Les visiteurs ont pu assister au passage des troupeaux, dont ceux de Benjamin Peyre et Pierrick Garmath, président de la fédération des producteurs ovins du Gard. Des démonstrations de chiens de troupeaux, des casques virtuels immersifs, des jeux en bois, des manèges et des concours ont rythmé la journée. Pour la première fois, les pompiers du SDIS 30 étaient présents avec des camions, profitant de l’occasion pour sensibiliser le public aux obligations légales de débroussaillement.
À midi, un repas du terroir, avec un plat à base d’agneau, a été proposé par Bienvenue à la Ferme. L’après-midi, une table-ronde à 14 h 30, intitulée « Troupeaux et éleveurs, acteurs indispensables des Cévennes », a permis d’aborder les défis actuels des éleveurs, suivie de témoignages d’éleveurs anglais.
Les éleveurs cévenols font face à des défis majeurs. Pierrick Garmath a souligné la pression croissante exercée par la prédation du loup, dont la population ne cesse d’augmenter dans le département. "Sur le massif de l’Aigoual, l’été a été assez calme suite aux tirs de défense qui avaient mis à mal la meute. On voit que, quand on en élimine, ça fonctionne". Ces tirs, réalisés en juin 2025 sur le causse Méjean, ont permis de réduire temporairement la pression sur les troupeaux.
Autre sujet de préoccupation : la prolifération du mouflon, qui concurrence les brebis pour les ressources fourragères. Les éleveurs insistent aussi sur l’importance de l’écobuage, une pratique ancestrale d’entretien des sols par le feu, indispensable pour régénérer les pâturages et limiter les risques d’incendie. "Sans nous et nos troupeaux, les Cévennes seraient envahies par les broussailles et il y aurait bien moins de biodiversité", rappelle le représentant départemental des producteurs ovins. La fête de la transhumance est ainsi l’occasion de rappeler que le pastoralisme joue un rôle clé dans la lutte contre les incendies, grâce à l’entretien des espaces naturels par les troupeaux. "La lutte contre les incendies, ça passe par du pastoralisme, du pâturage et de l’entretien fait par des éleveurs."
La cohabitation avec les randonneurs pose également un problème. Les éleveurs doivent désormais équiper leurs troupeaux de chiens de protection (patous), dont le rôle est crucial pour éviter les attaques de loups. "Le chien a un besoin d’exploration, c’est instinctif. Il faut simplement suivre les bonnes conduites : évitement, absence de contact et discrétion", comme il a été rappelé ce dimanche matin en pleine démonstration.
Le samedi 13 juin, la soirée des bergers a lancé les festivités avant un hommage à Éric Martin, figure emblématique de l’élevage sur l’Aigoual, disparu tragiquement en juillet 2025.