La tension ne retombe pas dans les établissements de santé arlésiens. Et le sujet s'est même invité au conseil municipal jeudi soir.
Après la grève de la veille à la clinique Jeanne-d’Arc, c’est au tour de l’hôpital Joseph-Imbert de connaître une mobilisation ce jeudi, à l’initiative du syndicat CGT. L’objectif, clairement affiché par Anne-Marie Lesage, secrétaire syndicale : "Alerter, au-delà des murs de l’hôpital, sur des dysfonctionnements graves qui pèsent sur les agents comme sur les patients."
Et les griefs sont nombreux. En première ligne, le plan d’efficience et de performance, censé redresser les finances de l’établissement, mais qui, selon la CGT, "dégrade profondément l’organisation du travail". "Supprimer 45 équivalents temps plein, c’est compromettre la continuité des soins, alourdir la charge de travail et mettre en danger la qualité de la prise en charge", explique le syndicat. Sur le terrain, les agents ne cachent pas leur amertume : "La direction passe son temps à chercher des économies sur notre dos, alors que c’est nous qui faisons tenir l’hôpital. On est pressés de tous les côtés, par manque de moyens." Un collègue renchérit : "L’argent, il faut aller le chercher du bon côté, pas en rognant sur les conditions de travail."
Un regroupement de services sous tension
Autre sujet de colère : le regroupement imminent de la cardiologie et de la gastro-entérologie, prévu pour juillet. La cardiologie doit quitter le 5ᵉ étage pour rejoindre la gastro au 7ᵉ, une opération qui s’accompagnera de la fermeture de 28 lits. "Une situation chaotique qui va nuire à la qualité des soins", dénonce Anne-Marie Lesage. Les agents s’interrogent aussi sur le sort des "patients hébergés", ces malades d’autres spécialités accueillis pour désengorger les urgences. "On nous impose des décisions qui bouleversent notre vie professionnelle et personnelle, et qui pénalisent aussi les patients", témoigne une infirmière. En cardiologie, l’inquiétude porte aussi sur le manque de formation : "On ne peut pas former des agents à une nouvelle spécialité, surtout celle-ci, en deux ou trois jours, tout en continuant à travailler !"
Les agents mobilisés ce jeudi dénoncent aussi des problématiques de prises en charge toujours plus difficiles : "Les médecins de ville ne parviennent plus à joindre les médecins à l'hôpital, pour prendre un rendez-vous il faut envoyer un mail, certains services n'ont même pas de téléphone..."
Mal-être et souffrance au travail
Abordée également, une hausse inquiétante des risques psychosociaux. "Fatigue, épuisement, stress intense… Combien de fois voit-on des collègues en pleurs ? Les changements brutaux d’horaires, de planning ou de service obligent certains à réorganiser leur vie personnelle en à peine 15 jours..." Une souffrance et un mal-être au travail évoqués par l'ensemble des personnels présents.
Une situation à laquelle s'ajoute le sentiment d'une "absence d’écoute de la part de la direction, voire du mépris". "Des réunions ont bien eu lieu, mais nos propositions ont systématiquement été ignorées", confie une agente. "La direction prétend travailler avec nous, mais c’est faux." Et Anne-Marie Lesage de citer en exemple un courrier signé par 33 médecins du CH d’Arles, adressé à l’ARS, où ils dénoncent "des propos humiliants, un dialogue inexistant et des départs en série". "Si les médecins ne sont pas là aujourd’hui, c’est par crainte de représailles", précise-t-elle. Face à cette situation, la CGT exige l’arrêt immédiat du regroupement cardio-gastro et la suspension du plan d’efficience.
"Le vrai risque aurait été de ne rien faire"
Pour Sylvia Breton, directrice du CH Joseph-Imbert, il ne s'agit pas d'une fusion mais d'un "regroupement géographique" des services de cardiologie et gastro-entérologie. Objectif : optimiser l'utilisation des lits, alors que ces services affichent des taux d'occupation (82% et 89%) inférieurs à la norme nationale de 95%. "Ce plan a été posé en décembre 2025. On ne peut pas dire que c'est quelque chose qu'on découvre", précise-t-elle. "Ce regroupement s'inscrit dans le virage ambulatoire de la cardio", ajoute le Dr Hugret (CME). "On développe les lits d'ambulatoire car on axe davantage sur la prévention que sur le curatif."
Face aux critiques, la direction assure que chaque agent a été consulté individuellement, avec des propositions d'accompagnement personnalisé. "Personne ne sera forcé à travailler dans un service sans formation adaptée", promet-elle. Des formations croisées et des reclassements sont prévus, avec des évaluations à 3 et 6 mois.
Quant au plan d'économie sur 5 ans (2026-2030), il répond à une urgence financière et "a été présenté en décembre 2025 aux instances représentatives (CME, CSE, partenaires sociaux), avec des avis favorables".
"Nous sommes dans un double contexte : celui de la mise en œuvre du plan d’efficience et celui de la modernisation. Ces changements peuvent générer des inquiétudes, parfois même des résistances. Et je comprends. Mais j’insiste sur leur nécessité. Le vrai risque aurait été de ne rien faire."