ObjectifGard & Arles : Vous avez été élu président de la Fédération des manadiers le 4 décembre 2025. Qu’est-ce qui vous a motivé à vous engager à ce niveau ?
Emmanuel Lescot : Patrick Laurent ne souhaitait pas se représenter. Il a fait un mandat. Donc, il nous a paru naturel de préparer une liste et de continuer à la Fédération des manadiers afin d'éviter un arrêt assez brutal. Ce que je trouve dommageable dans la forme des statuts actuellement, c'est que c'est un statut de quatre ans, nous voudrions le transformer avec un tiers sortant tous les deux ou trois ans pour qu'il y ait une continuité et non pas un changement radical de bureau.
Vous démarrez ce mandat dans un contexte bien particulier, marqué d'une part par le désengagement des assurances pour les spectacles de rue mais aussi par la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse...
E.L. : C'est un bon baptême du feu ! Mais j'avais déjà l'expérience municipale, avec l'habitude déjà de gérer un certain nombre de choses. Et puis l'exploitation (la manade Saumade avec l'élevage de 350 bêtes Camargue et 100 bœufs black angus, NLDR) fait qu'on gère quand même des dossiers qui sont aussi importants. La dermatose nodulaire contagieuse, les assurances, sont deux gros dossiers, les plus importants aujourd'hui. Quand on aura fait ça, j'espère qu'on pourra travailler sur des sujets de fond, ne serait-ce que sur les statuts de la fédération des manadiers, l'évolution de la course camarguaise, des spectacles de rue...
Nous reviendrons sur ces projets. Mais arrêtons-nous sur ces deux gros dossiers cités. À l'heure actuelle, comment envisagez-vous l'avenir ? En 2026 par exemple, est-ce qu'il y aura des courses ?
E.L. : Celui qui répondra à votre question, je voudrais bien le rencontrer. Je suis allé à Paris, le 23 décembre, rencontrer le directeur de cabinet du président de la République (Georges-François Leclerc, ancien préfet des Bouches-du-Rhône, NDLR), la ministre de l'Agriculture. On travaille avec les trois chambres d'agriculture (Gard, Bouches-du-Rhône et Hérault), les trois préfectures. Aujourd'hui, on n'a pas de vision sur le long terme. Ce qu'on espère, c'est que d'ici le 1ᵉʳ mars - date d'ouverture de la saison avec l'hommage à Fanfonne Guillierme à Aimargues - que ce soit un peu tassé, que le froid aide... Une barrière vaccinale a été mise en place autour des derniers foyers, censée protéger le reste des éleveurs.
Êtes-vous pour la vaccination généralisée ?
E.L. : Ce n'est pas ce que nous demandons. Notre démarche, quand on est allé voir la ministre, c'était avant tout que les doses soient prêtes. Ça semble peut-être rien de le dire, mais avoir un million de doses prêtes et être en capacité de pouvoir vacciner l'ensemble des cheptels si jamais on a un cas de dermatose sur notre territoire ou qui s'en rapproche, c'est déjà beaucoup. La vaccination viendra dans un second temps, en tout cas si c'est nécessaire, c'est ce que l'État nous conseille, ce que les directions départementales de la protection des populations nous conseillent. Tous ceux qu'on rencontre nous disent qu'il faut faire preuve de patience. Il est aussi important de rester unis.
Qu'en est-il des assurances après le retrait de Groupama Méditerranée concernant les spectacles de rue ?
E.L. : C'est un autre dossier qui remet en cause la survie d'un certain nombre d'élevages puisqu'aujourd'hui 30 manadiers sur les trois départements font des abrivados. Il y a eu des Assises des manadiers - portées par le député UDR de l'Hérault, Charles Alloncle, et les députés RN du Gard et des Bouches-du-Rhône, Nicolas Meizonnet et Emmanuel Taché, NDLR - il y aura peut-être des Assises 2.0 cette fois-ci organisées par les éleveurs avec l'ensemble des élus du territoire. On y travaille. Deux solutions ont été trouvées pour un an : l'assurance Dolce Vita et Hiscox, une assurance espagnole. Les conditions sont différentes, la responsabilité sera reportée sur l'organisateur pour l'une, devra l'être pour l'autre. Si d'ici un an l'article de loi n'a pas été modifié, s'il n'y a pas eu d'avancée majeure, je pense qu'on perdra un certain nombre de manadiers. Pendant très longtemps on a laissé faire des choses, sous couvert de traditions et autres, qui ne sont pas acceptables. Je ne suis pas convaincu que des personnes pendues à la tête d'un cheval qui monte à 3m de hauteur, au XXIᵉ siècle, soit quelque chose de porteur. Chacun en tirera les conclusions qu'il voudra. Selon moi, il faut un cadre. Il y a des choses qu'on pouvait faire avant, qu'on ne peut plus faire aujourd'hui. Des assurances, comme Groupama, nous ont toujours soutenus, il faut aussi se demander pourquoi ça s'arrête. Il y a eu cinq morts en 2025. Est-ce que les abrivados, les encierros doivent causer cinq morts par an ?
Vous parliez de l'évolution de la course camarguaise, des spectacles de rue. Quels sont vos projets pour ces quatre années de mandat ?
E.L. : D'abord, il faut que les manadiers intègrent la Fédération française de la course camarguaise. On doit travailler les uns avec les autres. Aujourd'hui, il y a les membres de l'ancienne équipe, il faudra que ceux de notre équipe puissent y rentrer pour justement porter tout un tas de dossiers, notamment sur le travail avec la jeunesse, l'évolution des cocardiers, de leur carrière, puisqu'on se rend compte qu'on a des cocardiers qui sont de plus en plus jeunes alors qu'avant ils étaient très vieux, ils avaient une carrière très longue. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas, donc ça veut dire qu'il y a un couac quelque part. La course camarguaise, ce n'est pas que l'homme, mais on a besoin de taureaux qui durent dans le temps et cela demande beaucoup de travail. C'est difficile de faire une tête d'affiche.
Sur quel axe précis souhaitez-vous impulser une nouvelle dynamique ?
E.L. : La DNC nous occupe beaucoup aujourd'hui. Mais la génétique est un vrai sujet. Aujourd'hui, on a le Livre généalogique de la Raço di Biòu, une association qui a un agrément ministériel, ce qui n'est pas le cas pour la Fédération des manadiers. Notre but est de fusionner les deux entités dans quelques années, pour que ce soit plus clair, plus simple. Ses membres ont lancé un travail pour avoir une banque de sperme, ils ont commencé les prélèvements de sperme et d'ovocytes en novembre. Cela dans le but de sécuriser la race Camargue en cas de pandémie.
Et sur le volet économique, quel travail est engagé ?
E.L. : La TVA est un sujet très intéressant. Aujourd'hui, les éleveurs paient 20 % de TVA sur la course camarguaise alors qu'en fin de compte on a tous les critères pour être à 10 %, ou même 5,5 % comme c'est le cas pour le cirque. C'est tout un combat à mener. Et puis, on se prépare à cette saison, on ne sait pas si on aura un début de saison blanc, donc on anticipe. On travaille avec la Région, avec le Département, l'État pour voir comment les manadiers pourront être accompagnés économiquement.