Dernier à s'être officialisé sur la ligne de départ, Rémy Benson n’a pas l’intention de rester dans l’ombre de la campagne. Fort d’un ancrage local et des scores enregistrés par le Rassemblement National (RN) lors des dernières législatives (48 %) et européennes (37 %), il assume une ambition claire : "Notre volonté, c’est d’être au second tour, de gagner ces élections, et de prouver à ceux qui veulent une rupture avec la politique actuelle que c’est possible." Le message est offensif, porté par un candidat qui rompt avec les profils de ces prédécesseurs.
À 44 ans, l'éleveur de brebis, figure de la résistance du Pays d'Arles face au Mercosur, est membre du Conseil d’administration de la Coordination rurale 13, président du groupement de défense sanitaire (GDS 13) et élu d’opposition à la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône. Il revendique ses engagements, tous à titre bénévole. Pour la première fois, il se présente dans l'arène politique sous la bannière RN. Un choix assumé sans détour, "comme je l’ai toujours fait", précise-t-il.
À la tête d’une liste "diversifiée" -- dont il dévoilera les noms dans les prochains jours --, Rémy Benson se lance dans une campagne express, à trois semaines du premier tour. Exit les meetings (pour l'instant), il mise sur le terrain (marchés, tractages, porte-à-porte) et sur un projet ancré "dans le bon sens et le pragmatisme". "Dans le métier d'agriculteur, on n’a pas le droit à l’erreur. Un mauvais choix peut être fatal." Une philosophie qu’il entend appliquer à la gestion publique : "Pas question de jouer avec l’argent des contribuables, pas de gaspillage, pas de cabinets d’études inutiles", assure-t-il. Ses priorités ? Sécurité, propreté, et stabilité fiscale, avec un objectif clair : réunir l’Arles urbaine et son territoire rural, "trop souvent laissé pour compte".
Objectif Gard & Arles : Vous avez déposé votre liste mercredi. Quels sont les profils de ceux et celles qui la composent ?
Rémy Benson : Vous les découvrirez d’ici quelques jours. Ce sont des profils variés, issus de tous les secteurs d’activité, avec des jeunes comme des retraités. Des femmes et des hommes qui, avant tout, veulent rester au plus près des Arlésiens. Car un mandat d'élu ne consiste pas à se pavaner. Nous avons écarté tout copinage, tout calcul d’intérêt. J’ai exigé de mes colistiers un engagement total et sincère. Je ne veux pas de ceux qui voient la politique comme un moyen de servir leurs intérêts personnels ou de tirer profit du système. Pas question de pratiquer la politique de l’essuie-glace, comme certains l’ont fait en recrutant des figures pour contenter les partis, à l’image de Patrick de Carolis avec Cyril Juglaret pour satisfaire Les Républicains (LR). Un mandat ne se possède pas. On le défend, mais jamais au prix de ses valeurs. Mais certains sont prêts à tout. Pour ma part, je me présente par amour pour ma ville, sans carrière politique derrière moi. Mon but, c'est de m’investir avec sincérité, en apportant du bon sens, de la logique, du pragmatisme et du sérieux.
Le RN a réalisé des scores records lors des dernières législatives, notamment. Comment comptez-vous capitaliser sur cette dynamique pour les municipales ?
On sait que le parti obtient des scores à Arles. Mais on sait aussi que ces élections sont différentes. Il existe un ras-le-bol national qui fait que les gens se tournent vers le RN. Des personnes qui ont à coeur la patrie arlésienne ne se retrouvent pas dans les autres familles politiques. Moi, en plus de tout cet enracinement défendu par le RN, je veux leur porter le pragmatisme et le concret. Pas des réponses politiciennes, mais des actes sur le terrain. Ma candidature est celle de quelqu'un de sincère. Je n'ai pas besoin d'un tremplin politique. Je le fais avec mes idées, je n'ai pas de honte de la famille politique à laquelle j'appartiens. D'ailleurs, beaucoup de gens sur les listes de certains de mes adversaires votent RN aux présidentielles...
Votre profil rompt avec celui de vos prédécesseurs, lesquels n'ont jamais passé la barre des 10% pour se hisser au second tour. Si vous y parvenez, quelle sera votre stratégie ?
Notre volonté, c’est d’être au second tour, de gagner ces élections, et de prouver à ceux qui veulent une rupture avec la politique actuelle que c’est possible. On ne peut pas contenter tout le monde mais je peux être le porte-parole des Arlésiens, sans aucun problème. On verra notre score au soir du 1er tour, et si les conditions le permettent, nous nous maintiendrons. Mais en aucun cas on ne donnera nos voix.
Mais en cas d'absence au second tour, quelles seront vos consignes de vote ?
Les électeurs sont libres, et je ne veux pas les tromper. Je le répète, en aucun cas on ira porter nos voix à Patrick de Carolis, à Nicolas Koukas et à tous ceux qui ont pour habitude de s'allier au second tour pour nous écarter. Pour l’heure, attendons les résultats. Ne vendons pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Les sondages sont ce qu'ils sont, mais les Arlésiens ne sont pas dupes. Ce que je vois, c'est que beaucoup en ont marre, ont été trompés. Trois de mes adversaires étaient en poste. Et le bilan est là. On voit bien celui de M. de Carolis, c'est un désastre, avec toutes ces démissions forcées et non-forcées. D'ailleurs, je ne pense pas que la liste qu'il a montée à l'heure actuelle, s'il venait à être réélu, aille bien loin dans la cohérence et dans la vision pour Arles.
Justement, parlons-en : quelle est votre vision pour la ville ?
Je veux remettre du pragmatisme et du bon sens dans la gestion de la commune. En finir avec les promesses grandioses sans lendemain. Oui, il faut des projets, mais d’abord, il est nécessaire de répondre aux réalités quotidiennes des Arlésiens. Notre priorité, c'est de soigner la ville. Prenez l’état de la voirie, elle est fortement dégradée. On sait qu'on ne pourra pas rénover toutes les routes demain. Mais on peut colmater les nids-de-poule après un hiver pluvieux. Là, c’est de l’urgence.
"Arles, ce n'est pas que son centre-ville"
Quand on est à la tête d'une exploitation, on n’a pas le droit à l’erreur. Un mauvais choix peut être fatal. Cette rigueur, cette réactivité, je les appliquerai à Arles, où trop de choses sont laissées à l’abandon. Un exemple criant, c'est l’entretien des ruisseaux. On dépense un million d’euros pour un projet à Beauchamp, mais il y a une roubine adjacente, qui n’a pas été nettoyée depuis 40 ans. Et ça, c'est tous les affluents qui arrivent de Pont-de-Crau. On le sait, l'entretien est important. C’est ça, le problème : on communique sur une portion faite, mais on oublie le reste. Les Arlésiens en ont assez des effets d’annonce, ils veulent des actes et des projets utiles. Notre mandat sera un mandat de terrain, à l’écoute de tous, habitants du centre, des quartiers comme des villages. Parce qu'Arles, ce n’est pas que son centre-ville. La ruralité doit retrouver sa place. Les habitants de ces zones ne doivent plus être oubliés.
À vous écouter, vous estimez qu'il y a une réelle fracture entre l'Arles urbaine et l'Arles rurale...
Aujourd’hui, la réponse est clairement oui. Dans les hameaux, les habitants se sentent abandonnés. Et ils ont raison. Ils sont les grands oubliés de cette municipalité. Le Grand Arles de Patrick de Carolis ? Les mensonges ne tiennent qu'à ceux qui les disent. Reconnecter l’urbain et le rural, c’est d’abord redonner leur place aux territoires délaissés. Par exemple, en faisant découvrir aux écoliers nos fermes et nos exploitations. C'est une façon concrète de ramener le monde rural dans les écoles. Prétendre qu’Arles est avant tout une ville urbaine, c’est faux. Arles est une ville rurale, avec son centre, mais aussi avec tout un territoire qui doit retrouver sa cohérence.
Quels sont les axes forts et les propositions de votre programme ?
Notre programme s’articule autour de trois priorités claires : la sécurité, la propreté et la stabilité fiscale. Sur la sécurité, nous renforcerons les effectifs de la police municipale pour une présence 24h/24, et nous développerons la vidéosurveillance. Là, l’essentiel n’est pas le nombre de caméras, mais leur emplacement stratégique, là où elles sont vraiment utiles, pour une réactivité immédiate. Nous créerons aussi une brigade cynophile et installerons des antennes de police municipale à Griffeuille et Barriol.
Le maire indique tout de même avoir augmenté les effectifs de la Police municipale...
Oui, mais il oublie de mentionner le nombre de morts à Arles en six ans. La semaine dernière encore, deux agents municipaux ont été agressés près d’un point de deal. Aujourd’hui, l’insécurité est devenue une réalité, des gens n'osent plus sortir. Moi, je ne suis pas de ceux qui à coups de grandes cérémonies disent tout et son contraire, je suis dans l'action. Dire ce qu'on fait, et faire ce qu'on dit, c'est ma doctrine.
Quelles sont vos propositions sur la question de la propreté ?
Je commencerai par rétablir le dialogue avec les agents municipaux, un dialogue aujourd’hui rompu. Je ne serai pas un maire enfermé dans son bureau et qui regarde les autres depuis sa tour d'ivoire. Il faut y être dans son bureau oui, mais il faut aussi aller sur le terrain et pas uniquement pour se pavaner. Arles est une ville magnifique, historique, culturelle… Mais dans quel état ? On dirait qu’un ouragan est passé. Se contenter de dire 'c’était pire avant', ce n’est pas une solution. L’entretien, c’est une urgence.
Vous être agriculteur, quel est votre programme dans ce domaine ?
D'ailleurs c'est peut-être parce qu'il a un opposant agriculteur, que Monsieur de Carolis a pris tant d'agriculteurs sur sa liste. Il en a même plus que moi ! Dans notre projet, il s'agit d'abord de localisme. Notre priorité, c'est de permettre à tous les écoliers de manger local. Et à tous les publics qui dépendent de la cuisine centrale. Ensuite, il s'agit d'impliquer davantage la commune au niveau de la Réserve de la Crau et des Parcs. Les enjeux sont importants.
Mais le cœur du problème, c’est le foncier agricole. Aujourd’hui, des terres municipales restent en friche, inutilisées, alors qu’elles pourraient accueillir des jeunes agriculteurs ou consolider des exploitations existantes. Première étape : un recensement complet de ces terrains. Laisser des terres cultivables à l’abandon, c’est une aberration. Nous lancerons donc un audit agricole, comme nous mènerons un audit financier pour dresser un état des lieux transparent de la commune. Les chiffres avancés jusqu’ici n’engagent que ceux qui les annoncent. Ce combat pour l’efficacité et le bon sens, je ne le limiterai pas à l’agriculture, je l’appliquerai à toutes les politiques de la ville.