Publié il y a 1 h - Mise à jour le 18.06.2026 - Norman Jardin - 4 min  - vu 91 fois

FAIT DU SOIR Entre Facebook et les abeilles, Jean Favas est le plus jeune des centenaires

Jean Favas vend son miel tous les vendredis au marché de Boisseron.

- Photo : André Tur.

L'apiculteur, né à Sommières le 18 juin 1926, fête aujourd’hui ses 100 ans. Pour autant, le Gardois reste actif avec sa passion pour l’apiculture, ses amis et le réseau social Facebook. Dans son chalet installé au milieu d’un bois, à Boisseron, Jean Favas est un centenaire pas comme les autres.

On n’a pas tous les jours 100 ans, ça n’arrive qu’une fois seulement pour ceux qui ont la chance d’y arriver. Pour Jean Favas, ce 18 juin 2026 et celui de son centenaire. « Ça vient sans que l’on s’en aperçoive, parce que le temps passe vite », explique le jeune homme. Mais cet âge symbolique n’empêche pas le Gardois d’être très actif : « Je déteste rester immobile. » L’ancien viticulteur vend son miel tous les vendredis au marché de Boisseron, où il réside. Car les abeilles, c’est la grande passion de sa vie.

« Il suffit que l’on me dise de ne pas faire quelque chose pour que je le fasse plutôt deux fois qu’une »

Depuis le jour où, adolescent, il a gagné une ruche à un jeu-concours découpé dans un journal : « J’ai commencé à 17 ans, c'est un passe-temps et les abeilles sont des copines. Autrefois, je faisais la transhumance dans les Cévennes, dans lesquelles je possédais une petite bergerie. Je faisais du miel de châtaignier et de bruyère. J’avais une cinquantaine de ruches. Ce n’est pas du travail, c’est de l’occupation. Il faut être là pour les protéger et c’est un plaisir. Je me suis tellement fait piquer dans ma vie qu’aujourd’hui, un moustique fait sur moi plus de dégâts qu’une abeille. »

Jean Favas à Sommières à l’âge de 11 ans, en 1937. • archives privées Jean Favas.

L’œil malicieux, l’esprit vif et le propos assuré, Jean Favas se décrit volontiers comme un réboussier : « Il suffit que l’on me dise de ne pas faire quelque chose pour que je le fasse plutôt deux fois qu’une. » Le natif de Sommières conserve une détermination que les années n'ont pas altérée : « Ce n’est pas la force qui compte, c’est la volonté. Je vois un essaim dans un arbre, je prends une échelle et je monte. Je ne me demande pas si j’en ai la force. Je ne suis pas bricoleur, mais je n’aime pas être arrêté quand je fais quelque chose. »

« L’image des soldats allemands et des mitraillettes braquées vers nous, elle est gravée pour toujours »

Depuis plusieurs années, Jean Favas vit dans un chalet qu’il a fait venir de Chamrousse (Isère) et qu’il a installé au milieu d’un bois à Boisseron. C’est son petit paradis, épargné des bruits de la route et entouré de végétation. Dans cette nature qu’il aime, le centenaire vit également avec son temps et il alimente régulièrement une page Facebook pour évoquer son quotidien, ses humeurs et bien sûr l'apiculture. Au fil des années, les proches et les amis sont partis, mais Jean a une philosophie : « Il faut garder les bons souvenirs. »

Le Sommièrois se souvient aussi des temps difficiles de la Seconde Guerre mondiale et d’un jour en particulier : « J’étais dans un groupe pris en otage par les Allemands. Ils nous ont amenés jusqu’à Pondre et là, un interprète nous annonce que nous allons être fusillés. Nous étions au bord d’un fossé et à côté de moi, le vétérinaire du village m’a dit : « N'aie pas peur, nous n’aurons pas le temps de souffrir. » Les soldats avaient chargé leurs armes et ils n’attendaient que l’ordre de nous abattre. C’est alors que leur attention a été détournée par un vélo qui est tombé par terre. C’est à ce moment qu’un officier allemand nous a dit de fuir. On a alors battu tous les records de vitesse. L’image des quatre soldats allemands et des mitraillettes braquées vers nous, elle est gravée pour toujours. » Le témoignage est poignant, mais aussi utile pour prolonger la mémoire des souffrances subies par les Français à cette époque.

« Jean a un caractère de cochon, c’est un réboussier, mais il a un cœur d’or »

Aujourd’hui Jean peut compter sur ses amis, comme André qui est aux petits soins pour l’apiculteur : « Jean a un caractère de cochon, c’est un réboussier, mais il a un cœur d’or. On est une petite équipe de gars de Boisseron et on l’emmène avec nous quand on peut et quand il a besoin, nous le transportons. Il vient avec nous au restaurant. » Toutefois, Jean Favas tient à conserver une certaine autonomie : « Toutes les semaines, je vais, avec mon fauteuil électrique, à Sommières pour faire mes courses et promener. Par le chemin de la Royalette. Si vous connaissez le maire, dites-lui qu’il le répare, sinon je ne pourrai bientôt plus y aller. Puis je vends un peu de miel au marché de Boisseron tous les vendredis. »

Jean Favas, devant son chalet installé dans un bois à Boissseron.  • Photo : Norman Jardin.

Le fauteuil électrique lui permet de se déplacer mais aussi de transporter divers objets puisque le bricoleur y attache sa brouette. L’image, publiée sur sa page Facebook, est insolite et elle a été reprise par le magazine Rustica (hebdomadaire français consacré au jardinage). Jean occupe son temps avec les reportages qu'il visionne sur son ordinateur, les mails qu'il envoie à ses amis, la lecture, les mots croisés, et la culture de ses haricots.

« Je bois un verre de vin à chaque repas et j’aime tout ce qui est doux et sucré »

Mais comment arrive-t-on à 100 ans avec une telle énergie ? Jean accepte de nous délivrer quelques conseils : « Depuis toujours, je bois un verre de vin à chaque repas et je suis gourmand, j’aime tout ce qui est doux et sucré. » Ne pas s’interdire des petits plaisirs et profiter des bons moments comme ce repas d’anniversaire 2026 sur une péniche à Aigues-Mortes et la visite d’une manade avec sa famille et ses amis. Les plus précieux des instants. C'est ainsi que l'on devient un centenaire heureux et plus que jamais reboussier.

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