Publié il y a 1 h - Mise à jour le 09.06.2026 - Baptiste Petit (Nîmes), Stéphanie Marin (Arles) et Corentin Dimanche (Alès) - 5 min  - vu 87 fois

GARD & ARLES Hommage à Lyhanna : entre recueillement et colère

Lyhanna Nîmes

Entre 400 et 500 personnes présentes devant le palais de justice à Nîmes

- Baptiste Petit

L'émotion a traversé le pays ce lundi 8 juin. Comme dans d'autres villes de France, à Nîmes, Alès, Arles, des centaines de personnes se sont rassemblées pour saluer la mémoire de la petite Lyhanna, retrouvée morte dans un silo à grains dans le Gers. Un hommage marqué par la tristesse, mais aussi par une profonde colère.

Le 29 mai dernier, Lyhanna, 11 ans, disparaissait dans le Gers après avoir été vue une dernière fois devant son collège. Son corps a été retrouvé six jours plus tard dans un silo agricole désaffecté, à 15 km de son domicile. Le principal suspect, un homme de 41 ans, a été mis en examen pour enlèvement et séquestration, puis pour meurtre, alors qu'il était déjà visé par plusieurs signalements et plaintes pour viol sur mineur depuis 2017. Un dossier de plainte de 2025, transmis par la Poste fin 2025, n’a été adressé à la gendarmerie qu’en janvier 2026, et le suspect n’avait toujours pas été entendu.

Emmanuel Macron a qualifié ces dysfonctionnements d’"inacceptables" et le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a reconnu des "défaillances graves" du système judiciaire. Il a ordonné une revue de 70 000 plaintes impliquant des enfants d'ici au 14 juillet prochain. En France, 73 % des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs sont classées sans suite et seulement 3 % des plaintes pour viols sur enfants aboutissent à une condamnation. Partout en France, des rassemblements et marches blanches s'organisent pour rendre hommage à Lyhanna, mais aussi dénoncer les lenteurs judiciaires. Reportages à Nîmes, Arles et Alès.

À Nîmes

Ils étaient 500, ce lundi soir à partir de 19h, rassemblés devant le palais de justice de Nîmes. Tristes et en colère. En hommage à Lyhanna, cette jeune fille dont le destin a provoqué une onde de choc dans toute la France, des dizaines de rassemblements similaires se tenaient simultanément devant les tribunaux du pays.

Lyhanna Nîmes
Entre 400 et 500 personnes présentes devant le palais de justice à Nîmes • Baptiste Petit

Des mots forts dans une foule meurtrie

Au fil de la soirée, des prises de parole spontanées se sont succédé. Des témoignages personnels, des cris du cœur, des appels à changer les choses. "La France s'appelle Pedoland à l'étranger. Nous sommes le pays de la pédocriminalité", lançait l'un des participants. "Le problème c'est notre système", dénonçait un autre. "Un réveil démocratique et citoyen s'impose pour cesser toutes ces tragédies", affirmait une voix dans la foule. Des mots bruts, qui disaient l'épuisement d'une société face à des faits qui ne sont plus des exceptions. La foule a ensuite déposé des fleurs blanches et des pancartes devant le palais de justice afin de rendre un dernier hommage à la petite fille. L'influenceur Jeremstar était aussi présent dans la foule. Il est arrivé en fin de journée à Nîmes en vue du délibéré de son procès qui a lieu ce mardi 9 juin.

Lyhanna Nîmes
Fleurs et pancartes déposés devant le tribunal pour un dernier hommage • Baptiste Petit

Lyhanna Nîmes
Jeremstar au milieu de la foule pour rendre hommage à Lyhanna • Baptiste Petit

Lyhanna Nîmes
Discours pronnoncé • Baptiste Petit

La municipalité présente

La mairie de Nîmes avait tenu à être représentée. Marianne Bernède, adjointe à l'Égalité femmes-hommes et à la lutte contre les discriminations au conseil de quartier de Nîmes Centre, est venue au nom du maire Vincent Bouget et de l'ensemble de l'équipe municipale. "On pensait que c'était absolument nécessaire et évident qu'on soit là. C'est une affaire qui prend une ampleur incroyable, ce qui est normal. On est tous extrêmement choqués."

Interrogée sur les critiques adressées à la justice, elle a tenu à préciser sa position avec fermeté : "Je ne suis pas d'accord avec les discours de messieurs Darmanin et Macron, qui font un cas particulier en ciblant peut-être un ou deux magistrats. Il y a eu d'autres Lyhanna avant, il y en aura d'autres après. Il faut une réponse politique. Et la réponse politique, ce sont des moyens."

Elle a dénoncé l'état du service public de la protection de l'enfance avec des mots concrets. "Il y a des juges des enfants qui décident de sortir un enfant de sa famille parce qu'il est en danger, et cet enfant ne peut pas être pris en charge par l'aide sociale à l'enfance parce qu'il n'y a pas de place dans des foyers, pas de place dans des familles d'accueil. Donc ces enfants sont remis dans leur famille en priant pour qu'il ne se passe rien de grave. C'est ça le problème."

Marianne Bernède a conclu en annonçant que la municipalité travaille dès maintenant avec les associations locales sur un projet de prévention. "On ne va pas pouvoir trouver la solution à tous les problèmes au niveau municipal, mais on va y participer et mettre notre pierre à l'édifice."

Lyhanna Nîmes
Marianne Bernède, adjointe à l'égalité femmes-hommes et à la lutte contre les discriminations au conseil de quartier de Nîmes Centre.  • Baptiste Petit

À Arles

Entre 200 et 250 personnes se sont réunies en hommage à Lyhanna, sur la place de la République à Arles, ce lundi soir. Le rassemblement, ouvert avec la chanson Je t’accuse de Suzane, a donné lieu à plusieurs prises de parole d'associations féministes et citoyennes. "Nous refusons que les violences faites aux enfants soient traitées comme une succession de tragédies isolées", a déclaré Femmes Solidaires. Pour l'association, l'affaire Lyhanna révèle "l'existence de défaillances systémiques dénoncées depuis des années". "C'est un système tout entier qu'il faut revoir, a indiqué Julie Bonato, alors qu'on protège la pédocriminalité et les pédocriminels".

Entre 200 et 250 personnes étaient réunies ce lundi sur la place de la République à Arles. • S.Ma

Au cours des interventions, les organisateurs - La ligue des droits de l'Homme, Femmes solidaires, Osez le féminisme ! et le CIDFF du Pays d'Arles - ont insisté sur le manque de moyens alloués à la justice, à la protection de l'enfance et l'accompagnement des victimes. "La justice n'a pas les moyens de remplir son rôle, ont-elles rappelé. Elle est au bord de la rupture, les services judiciaires sont submergés". Et les mêmes de citer les chiffres alarmants de la Ciivise : 160 000 enfants victimes chaque année de violences sexuelles en France, soit un enfant toutes les trois minutes. "Notre colère est immense, car les alertes existent depuis des années. Les constats sont connus." Les associations demandent "à l'État de protéger les femmes et les enfants des violences sexistes et sexuelles en promulguant la loi intégrale déposée à l'Assemblée nationale en décembre dernier, à la respecter, à la financer et à mettre en place les 140 propositions de cette loi."

Les représentants des associations ont été reçus par la sous-préfète d'Arles. • S.Ma

Parmi les personnes présentes figuraient Lindsay, 49 ans, et Jean-François, 56 ans, des parents et grands-parents venus de Saint-Martin-de-Crau. Tous deux ont expliqué avoir souhaité participer au rassemblement pour exprimer leur indignation. "Ce n'est plus acceptable, a lancé Lindsay. Des criminels, on sait que de toute façon, à un moment ou un autre, ils vont recommencer". Le couple pointe, non pas un manque de moyens mais "un manque de volonté de la part de la justice". Après une minute de silence observée en mémoire de Lyhanna, les participants ont quitté la place de la République pour rejoindre la sous-préfecture, où une délégation des associations devait être reçue par la sous-préfète Cécile Lenglet.

À Alès

La capitale des Cévennes a elle aussi rendu hommage à Lyhanna, devant le tribunal judiciaire. Les 150 personnes présentes ont respecté une minute de silence en son souvenir, mais aussi celui de "toutes les autres victimes" d'inceste et de violences sexuelles. "Où sont les excuses et les minutes de silence pour eux ?, ont fustigé les associations. Malheureusement, le drame de Lyhanna est le produit d'un monde qui banalise et perpétue cette culture."

Les citoyens présents ont insisté sur "l'urgence de croire la parole des enfants, de renforcer leur protection et de lutter contre le silence qui entoure encore trop souvent les violences qu'ils subissent." Les pancartes brandies et collées sur le mur du tribunal condamnent une "(in)justice qui tue", une "police et justice complices", "des violences sur mineurs - défi majeur", mais surtout "une culture de l'inceste". Parmi les présents, Mélanie se bat pour protéger sa fille, elle-même victime. "Son père ne l'a qu'un week-end sur deux, elle est tranquille avec moi, mais quand elle est chez sa famille, j'ai toujours peur pour elle...

Lyhanna Alès
Près de 1000 personnes se sont réunies entre Nîmes, Arles et Alès ce lundi soir • CD
Lyhanna Alès
CD

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