Publié il y a 1 mois - Mise à jour le 09.06.2026 - Propos recueillis par Coralie Mollaret - 6 min  - vu 819 fois

L’INTERVIEW « Du hérisson mort aux problèmes d’urbanisme » : le quotidien du maire de Sauzet, Théo Guigue

Théo Guigue, nouveau maire de Sauzet, âgé de 24 ans

Théo Guigue, nouveau maire de Sauzet, âgé de 24 ans 

- Coralie Mollaret

Plus jeune maire du Gard, l’enfant de Sauzet a été élu maire en mars dernier. Rénovation de la mairie, du temple, traversée d'agglomération, lutte contre les dépôts sauvages… Théo Guigue dévoile ses ambitions pour le village. 

Objectif Gard : Tous nos lecteurs ne vous connaissent pas. Pouvez-vous vous présenter ?

Théo Guigue : Je suis issu d’une vieille famille d’agriculteurs du village. Mes arrière-grands-parents avaient des vignes, des patates, des asperges… Mon oncle, vous en avez peut-être entendu parler, c’était Pierre Confort. Il s’est fait assassiner à Sauzet en 2010. Malheureusement j’étais dans la voiture, j’avais sept ans… Étant petit, je voulais être agriculteur. Finalement, j’ai changé d’avis après mes études. Je suis allé en faculté d’éco. J’ai fait ma licence, mon master… Je suis devenu docteur. Après m’être penché sur la politique monétaire, je me suis réorienté sur l'État et les collectivités territoriales.

Vous êtes le plus jeune maire du Gard. Comment se sont déroulés vos premiers pas ?

Plus jeune du Gard et même de la région ! Je pense que c'est pour cette raison que je suis allé à l’Élysée, en avril dernier, afin de rencontrer le président de la République. Franchement, les débuts ont été rudes : mon emploi du temps n’a jamais été aussi chargé. Sans critiquer bien sûr, on passe de Joseph Artal, 83 ans, à moi, 24 ans. Sur le plan informatique, on part de zéro : nous n’avions ni logo pour le village, ni boite mail du maire… Ensuite, il a aussi fallu prendre connaissance des dossiers en cours et bien sûr, gérer la vie du quotidien. C’est la première des urgences.

Par exemple ?

Les dépôts sauvages ! C’est un fléau qui me pourrit la vie. On perd des demi-journées à tout déblayer. Le plus souvent, ce sont des gravats professionnels : les entreprises ne veulent pas aller en déchèterie parce que c’est payant. On va mettre en place des choses. Je dis toujours à nos agents de regarder si on ne pouvait pas retrouver l’identité de la personne. Nous avons aussi des bouteilles de protoxyde d’azote… devant l’école ! Chaque matin on m’en dit une : un trou dans la voirie, un gros hérisson mort… Ce qui me fait rire, c’est que l’on passe d’un trou dans la voirie, d’un gros hérisson mort à un problème d’urbanisme ou à des sujets plus politiques à Nîmes Métropole. Le quotidien d’un maire, c’est ça.

Piscine de Sauzet : « un gouffre financier » 

Quels sont les projets de votre commune ?

Nous allons refaire toute la traversée d’agglomération. C’est une route départementale, donc nous sommes en co-maîtrise d’ouvrage avec le Conseil départemental. La chaussée sera financée à 100 %. Il y a un an d’étude… D’ailleurs je peste contre ça : elles nous coutent 60 000 € alors que nous n’avons pas mis un coup de pelle ! C’est très cher… La commune n’a pas un gros budget. Notre budget primitif 2026 est de 1,5 M€ dont 900 000 € en fonctionnement. D’ailleurs, j’espère et je milite pour que Nîmes Métropole revoie sa politique de fonds de concours à Nîmes Métropole. Comme l’a dit Rémi Nicolas, vice-président en charge de ce sujet, notre priorité, nous petite commune, n’est pas de faire un gymnase. Nous avons d'autres problèmes , comme la voirie…

Êtes-vous favorable à ce que Nîmes Métropole prenne de nouvelles compétences ?

Oui. Notamment pour la reprise des piscines municipales. J’en serai ravi. Aujourd’hui, notre piscine est gérée par le syndicat mixte Leins Gardonnenque. L’équipement a été construit par Jean Carreyron, ancien maire et conseiller général du canton de Saint-Chaptes. Lui, voulait tout à Sauzet… On doit être la seule commune de France de moins de 900 habitants avec une piscine municipale ! Aujourd’hui, c’est un gouffre financier… Investir dessus, c’est compliqué : tout coûte très cher.

« La rénovation de la mairie, une priorité » 

Un mot sur la rénovation de votre temple qui bénéficie de l’appui de la Fondation du patrimoine…

Le temple de Sauzet est bien plus qu’un édifice… Il est l’un des symboles de notre village, le témoin d’une histoire profondément marquée par le protestantisme cévenol et les guerres de Religion. Seulement, il souffre d’infiltrations en toiture, de dégradations progressives de certaines menuiseries… Le montant global des travaux est estimé à environ 100 000 € avec le lancement de la première tranche en septembre. Pour aider la municipalité, le projet a été retenu par la Fondation du patrimoine. L’objectif de la récolte de dons est fixé à 10 000 €. À l’issue des travaux, l’édifice va accueillir plus d’évènements cultuels et patrimoniaux tels que des expositions, concerts, visites ou rencontres locales.

D’autres projets pour le village ?

La rénovation de la mairie. C’est une priorité. La mairie a été installée dans une ancienne école. Au dernier étage, il y avait l’appartement du directeur de l’école. Il a été abandonné… À partir de fin juin, nous voulons tout rénover pour faire des bureaux avec la création d’une salle d’archive. Nous allons aussi mettre des climatisations. Le coût devrait tourner autour de 25 000 € (…) Nous avons aussi lancé un marché local à Sauzet, tous les samedis matins, de 8h à 13 heures. Nous avons huit exposants: un fromager, un maraîcher qui fait dépôt de pain mais aussi de l’alimentation canine et des samoussas qui font fureur… Chaque semaine, on essaie de changer certains exposants pour rester attractifs.

L’enjeu des petites communes est d'attirer des habitants. Avez-vous des projets immobiliers ?

L’ancien maire a toujours géré en bon père de famille. Notre commune n’a pas de souci financier. Le seul problème que l’on a, c’est qu’à une époque, à Sauzet, toute la réserve foncière a été vendue. On ne peut pas construire pour le moment sur le village. Avoir de la réserve foncière, c’est une de mes ambitions. Aujourd’hui nous avons des équipements communaux qui ne suivent plus, comme notre foyer qui se délabre. Il faut que l’on réfléchisse à la mairie… Des idées qui ne sont pas encore abouties.

« J'aimerais faire deux mandats »

Cette première expérience vous donne-t-elle envie de faire un deuxième mandat ?

Officiellement oui, je suis candidat à ma succession. J'aimerais faire deux mandats. Les projets se mettent en place sur le temps long. En treize ans, on a le temps de faire des choses… Notamment d’avoir de la réserve foncière et mettre à bien un projet immobilier, il faut du temps.

Vous l’avez évoqué : vous avez été reçu à l’Élysée. Quelle expérience en tirez-vous ?

C’est impressionnant quand même, on ne va pas tous les jours voir le président de la République à l’Élysée. Pour l’anecdote, ce qui m’a choqué, c’est qu’il est plus petit que moi (rires). Ça a été très instructif. D’autant que j’étais avec plusieurs maires du Gard, dont ceux de Nîmes, d’Alès. Nous avons rencontré les ministres, les services de l’État… On a pu évoquer des sujets qui nous tiennent à cœur, dont on aimerait trouver des solutions. Je suis en discussion pour une visite ministérielle sur le village.

« Moi, j’ai voté pour Vincent Bouget » 

Plus largement, quel regard portez-vous sur Nîmes Métropole et son nouveau président Vincent Bouget ?

Si certains ont une amnésie quant à leur vote, moi, je sais pour qui j’ai voté : Vincent Bouget. Je le vois comme quelqu’un qui cherche à rassembler. Le fait qu’il se déplace sur l’ensemble de nos territoires est une bonne chose. Ça marque. Il est accessible, on peut facilement échanger avec lui… Concernant les politiques publiques, je suis assez satisfait de la gestion de l’eau. Ensuite, sur la question de la communauté urbaine, j’aimerai savoir ce qu’il va se passer. Moi je ne suis pas vraiment pour que l’urbanisme soit transféré à l’intercommunalité. Ce n’est pas contre Nîmes. Moi, j’ai beaucoup de problèmes avec mon PLU (Plan local d’urbanisme). Si je n’ai plus de maitrise, quelle sera la gouvernance ? Et puis, je tiens à garder un minimum de compétence. Sinon, autant me mettre adjoint au maire de Nîmes !

Lors de l'élection de la présidence du 7 mai dernier à Saint-Génies
Lors de l'élection de la présidence du 7 mai dernier à Saint-Génies • Coralie Mollaret

Enfin vous avez été élu vice-président au syndicat mixte de Leins Gardonnenque ?

Je suis en binôme avec Maryse Giannaccini, la présidente (maire de Fons et conseillère départementale du canton de Calvisson, NDLR). J’ai en charge la partie financière pour aider le syndicat. On se met au travail sur ce sujet. Le but est d’abord de faire un audit organisationnel avec le centre de gestion du Gard et les services de l’État.

Il vous reste 80% de l'article à lire.

Pour continuer à découvrir l'actualité d'Objectif Gard, abonnez-vous !

Votre abonnement papier et numérique
à partir de 69€ pour 1 an :

  • Votre magazine en version papier et numérique chaque quinzaine dans votre boite aux lettres et en ligne
  • Un accès illimité aux articles exclusifs sur objectifgard.com
Propos recueillis par Coralie Mollaret

Politique

Voir Plus

A la une

Voir Plus

En direct

Voir Plus

Studio