Publié il y a 1 an - Mise à jour le 16.02.2023 - François Desmeures - 6 min  - vu 3278 fois

FAIT DU JOUR Aux Mages, le projet de pôle santé est sans permis de construire et compte des opposants

Aux Cambons, au bord de la RD 904, le terrain de 4 400 m2 où devrait être bâti le pôle santé

- (photo François Desmeures)

Projet né d'une réflexion commune entre le pharmacien du village et Filieris, soutenu par la mairie, un pôle santé est en projet à côté du cimetière. Mais il aurait comme conséquence d'accélérer la fermeture du cabinet Filieris de Saint-Florent-sur-Auzonnet, entraînant éventuellement dans sa chute la pharmacie du village. Résumé des points de vue, avant une manifestation de soutien au pôle médical qui aura lieu ce samedi. 

Aux Cambons, au bord de la RD 904, le terrain de 4 400 m2 où devrait être bâti le pôle santé • (photo François Desmeures)

L'idée est séduisante et apparaît comme cohérente à l'échelle du village. Mais la commune d'à-côté doute qu'elle le soit à l'échelle de la vallée. "En 2020, Filieris est venu nous voir pour dire que leurs locaux n'étaient plus conformes, rembobine Alain Giovinazzo, maire des Mages depuis 2018. Ils cherchaient des locaux à donner ou une solution rapide." Si la commune ne dispose pas de locaux à rétrocéder à Filieris, elle sait que le pharmacien du village, Mathieu Cres, très à l'étroit dans son officine, souhaite s'agrandir. En surface de vente, stockage et lieu de préparation, Mathieu Cres, qui s'est installé en 2014, dispose royalement de 45 m2 au coeur du village, avec une salle de télémédecine qui ne permet pas réellement d'intimité "et, quand il y a du monde, les portes restent ouvertes", témoigne Mathieu Cres.

Le maire des Mages, Alain Giovinazzo (à droite), et son deuxième adjoint, José Puso • (photo François Desmeures)

Pharmacien et Filieris se rapprochent pour bâtir un projet commun à côté du cimetière, entre les deux ronds points posés sur la départementale qui longe le village, "parce que je n'ai aucune volonté de partir du village", rassure Mathieu Cres. Un terrain "en friche depuis plus de trente ans", souligne Alain Giovinazzo, de 4 400 m2, qui recevrait 500 m2 de bâtiments. "L'étude hydraulique est faite, tout comme l'étude de sols." Sauf que le plan local d'urbanisme (PLU) a subi les vicissitudes du Covid et son achèvement a été retardé. En attendant, la commune reste soumise au Règlement national d'urbanisme. Ce sont donc les services de l'État qui autorisent, ou pas, la construction. Et la préfecture du Gard a finalement refusé. 

La salle microscopique de télémédecine de la pharmacie des Mages • (photo François Desmeures)

"Dans le PLU en préparation, il est prévu que la zone devienne constructible", plaide Alain Giovinazzo. Comme le conseil municipal a déjà débattu du plan d'aménagement et de développement durable, préalable au PLU, et que ce même conseil avait en main une délibération motivée et votée en séance, "on pouvait demander une dérogation, explique Alain Giovinazzo. Mais le sous-préfet a dit niet. La préfecture aurait pu retoquer notre délibération mais elle n'en a rien dit à ce moment-là." Sous-préfet d'Alès, Jean Rampon confirme, en effet, la décision. Mais insiste sur la possibilité, pour la commune, d'être aidée dans son élaboration du PLU afin qu'il soit adopté rapidement, que la zone devienne constructible et que les obstacles juridiques soient levés avant que Filieris ne s'impatiente. 

Une manifestation de soutien au projet de pôle médical ce samedi

"Le PLU, on devrait l'avoir fini dans un an, pense Alain Giovinazzo, mais il y aura l'enquête publique ensuite. Et, en 2024, si rien n'est fait, les médecins s'en iront." Il en reste deux dans la commune, contre huit, puis six, auparavant. "Le sous-préfet nous demande de retirer l'arrêté de permis, sinon on ira au contentieux. Autour du 22 décembre, on a dit à la préfecture qu'on ne comptait pas retirer l'arrêté. On a pris un avocat et le pharmacien aussi." Ce samedi 18 février, le comité de soutien au pôle médical tiendra une manifestation, au bord de la RD 904, pour tenter de faire pencher la décision dans le sens de la construction. 

Le maire de Saint-Florent-sur-Auzonnet, Jean-Pierre Beauclair • (photo François Desmeures)

Si recours il y a, il n'émanera pas seulement de la préfecture. Car, à Saint-Florent-sur-Auzonnet, ce projet apparemment cohérent, on ne le voit absolument pas d'un bon oeil. Le maire, Jean-Pïerre Beauclair, a d'ailleurs déjà fait le tour des politiques (député, trois sénateurs, un conseiller régional, en attendant un éventuel rendez-vous avec la préfète) pour dire tout le mal qu'il en pense. Et, pour lui, l'histoire ne remonte pas à 2020 mais "en 2018 : Filieris est venu me rencontrer, avec leur directeur régional. Ils me proposaient de racheter le cabinet contre un euro symmbolique, en échange de sa remise aux normes." Après accord du conseil municipal, Jean-Pierre Beauclair tente de joindre le directeur régional en question, qui reste aux abonnés absents. 

Le centre Filieris de Saint-Floirent-sur-Auzonnet • (photo François Desmeures)

Filieris revient finalement à la charge quelque temps plus tard, "en nous demandant si on a une idée de locaux". Après réflexion, le conseil municipal pense aux anciennes écoles, qui devaient initialement recevoir des apartements. "Filieris me dit que ces locaux seront évoqués avec les médecins en place." Mais aucune nouvelle ne vient du groupe de santé, selon le maire. "Puis, en 2021, le maire des Mages m'appelle pour m'informer d'une réunion sur la question de la maison médicale. Les pharmaciens de mon village sont aussi invités. Et Filieris entame la réunion en disant que personne ne leur a proposé des locaux. Alors qu'on disposait de 350 m2. Certes, il fallait tout aménager mais la commune prenait tout à sa charge !"

"C'est juste un regroupement mais l'intérêt général n'y est pas du tout"

Jean-Pierre Beauclair, maire de Saint-Florent-sur-Auzonnet

Deux généralistes sont encore présents à Saint-Florent-sur-Auzonnet. "En fait trois, précise le maire, parce qu'ils sollicitent ces gens à la retraite pour les remplacements." Et, à quelques mètres du centre de santé, il y a surtout une pharmacie. Pour le maire, c'est une évidence : si une pharmacie est accolée à un nouveau cabinet médical des Mages - qui accueillerait aussi les médecins de Saint-Florent, comme le spécifie Mathieu Cres, afin que Filieris n'ait plus qu'un loyer à payer - celle de son village est morte. "Les deux portes seront collées, imagine Jean-Pierre Beauclair. Ici, on vient de l'Affenadou, de Portes, etc. Vous croyez que les gens feront une halte pour s'arrêter à la pharmacie ici, alors qu'ils auront tout sous la main aux Mages ? Sur la pharmacie, je perdrais trois emplois. C'est juste un regroupement mais l'intérêt général n'y est pas du tout." 

La pharmacie d'Antoine Buzer, à Saint-Florent-sur-Auzonnet • (photo François Desmeures)

Derrière le comptoir de sa pharmacie, à Saint-Florent, Antoine Buzer va dans le sens de son maire. "Un pôle aux Mages, ça mettra les gens du Martinet à 20 kilomètres aller/retour de leur médecin et de la pharmacie. La crainte, c'est évidemment que la pharmacie disparaisse." Installé depuis trente ans au village, Antoine Buzer constate que la période est plutôt à la hausse des besoins, avec un accroissement démographique, dans la vallée de l'Auzonnet, marqué depuis quelques temps. "L'agence régionale de santé a son mot à dire, explique aussi Antoine Buzer, qui indique également que le lieu choisi pour l'implantation du pôle santé est accidentogène. Elle ne prendra une autorisation de transfert que si l'une des pharmacies n'est pas mise en danger. Moi, je n'ai rien contre le pharmacien des Mages, ce n'est pas le problème de son déménagement, on est sur deux secteurs diférents. Ce qui est étrange, c'est que Filieris compte sur un pharmacien pour faire aboutir son centre de santé." En attendant, Antoine Buzer a informé l'ordre des pharmaciens du problème.

"Et si le maire n'a pas le permis, c'est quoi le plan B ? demande Jean-Pierre Beauclair. Le départ des médecins à Saint-Ambroix... Parce que le centre Filieris de là-bas ne parvient pas à en trouver (*). M. Giovinazzo risque de créer une désertification médicale sur le secteur. Si je perds mes médecins, j'irai en chercher de nouveaux, se projette Jean-Pierre Beauclair, sans ignorer la complexité de la tâche. Il faudrait qu'au moins, le projet ne passe pas par le pharmacien." Le maire a donc déposé, lui aussi, un recours contre le projet. "Mais si Les Mages trouve un terrain constructible, je n'aurai plus les moyens de me battre." Un autre écueil pourrait, au final, remettre en cause le projet mageois : le coût des matériaux de construction, qui a subi une forte hausse depuis les devis de 2018. Estimé à 1,2 million d'euros en 2018, le bâtiment à construire coûterait plutôt 2 millions aujourd'hui. Un montant qui pousse Mathieu Cres à s'interroger sur la viabilité du projet. 

Côté Filieris, on s'étonne de la polémique, qu'on place plutôt sur le volet politique que médical. On fait savoir qu'aucune décision n'a été prise pour l'avenir du centre de Saint-Florent-sur-Auzonnet. Et, qu'en tout état de cause, la décision serait prise au siège social parisien. 

(*) Selon Filieris, trois généralistes travaillent au cabinet médical de Saint-Ambroix. 

La communauté professionnelle territoriale de santé la moins bien fournie de l'Occitanie

Selon la cartographie, mise à jour en juillet 2022, qui mesure le déploiement des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) en Occitanie, le CPTS "Entre Cèze et Gardon en Cévennes" est celui qui compte le moins de médecins en Occitanie, avec 3,3 pour 10 000 habitants, juste devant le CPTS du Carmausin, dans le Tarn. Selon ces mêmes données, 64% des 14 médecins généralistes ont plus de 60 ans.

François Desmeures

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