Face aux enjeux humains, sociaux et territoriaux posés par le cancer, l’ARS Martinique pilote un projet inédit à l’échelle européenne : le premier Diplôme Universitaire de socio-oncologie.
Président de Nîmes université, Benoît Roig, est heureux. « C’est une joie de monter cette formation. La socio-oncologie, c’est intéressant. Deux terminologies qui n’ont pas forcément de lien mais qui sont transdisciplinaires comme ce que nous faisons à Nîmes université. Avoir des approches croisées est une marque de fabrique. Nous voulons ouvrir l’état d’esprit de nos apprenants, les enfermer dans des disciplines trop serrées manque de hauteur. Ce diplôme rentre dans notre stratégie. »
L’IFME, en partenariat avec l’Université de Nîmes, en coordonne les dimensions académiques, pédagogiques et logistiques. Ce diplôme marque une avancée décisive dans la reconnaissance de l’accompagnement social du cancer comme champ de compétences à part entière.
« L’IFME ? Il était important de s’associer à lui à Nîmes ne fait pas de santé. Le médicosocial, c’est un champ qui s’ouvre. Ce rapprochement nous donne des idées de formations en préparation » ajoute Benoît Roig.
Le GIP Martinique Santé, en tant qu’organisme porteur de la Plateforme Régionale d’Oncologie de Martinique (PROM), en assure la gestion administrative et le suivi opérationnel.
Et le président de la fac de poursuivre, « Nous collaborons avec les ARS d’Occitanie et de Martinique. Pour le premier c’est habituel. J’ai une petite affection pour les Antilles donc je suis content et je me réjouis de travailler sur les problématiques de Martinique ! Nîmes université continue de se déployer ! »
Socio-oncologie ?
La socio-oncologie s’intéresse à l’ensemble des dimensions sociales du cancer. Elle prend en compte les impacts de la maladie sur la vie personnelle, familiale, scolaire, professionnelle et sociale des personnes concernées, ainsi que sur leurs proches.
Elle agit à tous les niveaux du parcours, de la prévention à l’après-cancer, en intégrant les enjeux d’inégalités sociales de santé, d’accès aux droits, de maintien dans l’emploi, de parcours éducatif et de soutien aux aidants.
Pour Guy-Albert Rufin-Duhamel, ingénieur social de formation et docteur en santé publique. « C’était une nécessité pour nous d’investiguer quelques questions. Les approches doivent être plu complètes, globales, pas seulement bioclinique. Ce dossier est vieux de 13 ou 15 ans, il fallait que ma curiosité scientifique donne des leçons empiriques. »
Cette approche globale permet de dépasser la seule dimension médicale pour inscrire pleinement le cancer dans une lecture sociale, territoriale et systémique.
Le Diplôme Universitaire de Socio-oncologie a pour mission de former des professionnels capables d’agir concrètement sur le terrain, à l’interface du social, du médico-social et de la santé.
« J’ai vérifié mes hypothèses et, à tous les niveaux, le fardeau sociétal du cancer peut être pris en compte avec des pratiques avancées. Il faut maintenant interroger les territoires et on m’a beaucoup parlé de Nîmes. J’ai discuté autour de ce qu’on y faisait déjà et avec ce diplôme on donne rendez-vous à plusieurs disciplines, au monde médical, paramédical… »
Le DU vise à outiller les acteurs pour intervenir à chaque niveau de prévention (primaire, secondaire et tertiaire), développer des compétences d’accompagnement global des personnes malades et de leurs proches, renforcer la coordination entre les acteurs du soin, du social et des réseaux, contribuer à la réduction des inégalités sociales de santé par l’analyse des déterminants sociaux.
La formation s’adresse aux travailleurs sociaux diplômés d’État (niveau 5 minimum), aux professionnels paramédicaux, professionnels exerçant en établissements de santé, structures médico-sociales, collectivités, réseaux de santé ou de cancérologie, professionnels de santé.
Pour le directeur général de l’IFME, Yannick Moureau, « On est sur le concept de santé globale. On ne peut plus se permettre d’avoir une vision purement médicale ! La première promotion sera à Nîmes en septembre 2026, puis, en Martinique et peut-être un peu partout en France. Nous allons présenter de manière très officielle ces travaux à l’international, au Kenya. L’aspect recherche et bonnes pratiques nous rend heureux, nous voulons étoffer ce DU à l’international, nous sommes en contact avec des Canadiens pour 2027. »
Le programme s’articule autour de cinq axes majeurs. Introduction à la socio-oncologie et compréhension globale du cancer, prévention primaire, secondaire et tertiaire, postures professionnelles, éthique, relation d’aide et soutien aux proches, travail interdisciplinaire, coordination et leviers d’action sociale, analyse des pratiques et élaboration d’un projet professionnel contextualisé.
Une vraie valeur ajoutée professionnelle
Ce diplôme permet une spécialisation en accompagnement social du cancer, le renforcement des compétences en coordination et prévention, l’accès à des perspectives d’évolution vers des fonctions de référent santé/social ou de porteur de projets.
Directeur général de l’ARS de Martinique, Yves Servant est conscient que ce diplôme a de l’avenir. « C’est pas tous les jours qu’on crée un DU à portée internationale ! La Martinique est aux prises avec de nombreux défis et, pour autant, c’est une terre de talents, d’énergies. L’ARS a vocation, grâce à son réseau, peut partager tout cela. Nous avons trois défis que le DU incarne et répond. L’accès aux soins et aux droits, la légitimité de l’action publique et l’efficacité de l’action. »
La formation s’appuie sur des apports théoriques solides, des analyses de pratiques, des travaux collaboratifs, des intervenants issus du social, de la santé et de l’oncologie.
L’encadrement est assuré par des experts en ingénierie sociale, santé publique et formation universitaire, dans le cadre du partenariat entre l’IFME et l’Université de Nîmes.
« Je me suis demandé ce qu’était la socio-oncologie. Je vais en parler de manière spontanée. Ça résonne comment la création de ce DU avec une agence amie et ultramarine ? C’est un coup de génie ! Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ? Comme toutes les idées de génies elles échappent à leur créateur, tant mieux ! Nous devons comprendre ce que le cancer fait au corps mais aussi à la vie des personnes touchées, à leur vision du monde médical et de la maladie. La prévention progresse mais reste insuffisante. Il faut aller vers les gens mais nous savons que ça ne suffit plus. » conclut le représentant de l’ARS Occitanie.
Avec ce premier Diplôme Universitaire de socio-oncologie en Europe, porté conjointement par l’IFME et l’Université de Nîmes, le Gard affirme son rôle d’acteur de référence dans l’innovation sociale et la formation des professionnels engagés au service des parcours de vie impactés par la maladie. Le DU sera revu et amélioré chaque année avec un retour d’expérience. Il s’adressera, bientôt, à d’autres types de populations que la seule issue du monde médicosocial.
Pour mieux comprendre la démarche, les fondements et les perspectives de cette nouvelle discipline, vous pouvez visionner la vidéo de Guy-Albert Rufin Duhamel, ingénieur social diplômé d’État et concepteur du modèle de socio-oncologie, mise à disposition en accompagnement de ce texte.