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ALES. Philippe Borrel au festival Itinérances : « Je suis un passeur »

Philippe Borrel
Philippe Borrel

Documentariste reconnu, Philippe Borrel présente actuellement au festival Itinérances d'Alès ses 3 derniers films, dont "Un monde sans humain?", projeté hier soir au Cratère, qui pose la question de la robotisation de l'être humain à travers une enquête qui a duré presque deux ans. Rencontre.

Objectif Gard : Comment est venue l'idée de traiter du transhumanisme?

Philippe Borrel :  Dans "Un monde sans fous?", réalisé en 2009, j'évoque la place des fous dans notre société, et a rapidement émergé la question de la chosification de l'être humain, la manière dont on nous robotise. C'est une problématique qui m’intéressait. Puis ma productrice m'a mis en contact avec Noël Mamère qui voulait approfondir ce sujet. Ca a mis deux ans à se faire. Le transhumanisme n'est pas connu depuis longtemps en France mais il l'est déjà en Grande-Bretagne et encore plus aux Etats-Unis. Au-delà du gadget de la prothèse ou du téléphone portable, il y a autour de ça beaucoup de marketing et de propagande, on nous dit que c'est la technologie qui va sauver la planète. Selon quelle logique? Et à qui cela va-t-il profiter? A tout le monde ou à une élite?

O.G : Le film va jusqu'à parler d'hommes hybrides et d'immortalité. N'êtes-vous pas trop alarmiste? Est-ce concevable?

P.B : Je suis journaliste de métier et je le suis toujours. Mais je suis engagé. Je m'appuie sur des faits, et l'image reconstituée de ces faits additionnés entre eux fait sens et pose question. Par ailleurs, les choses vont aujourd'hui plus loin que ce que j'ai présenté dans le film tourné il y a 3 ans. Google a ouvert un laboratoire de recherche sur la longévité il y a quelques mois. Par ailleurs, le portable est arrivé 1992. Au début, ceux qui en possédaient étaient regardés comme des extra-terrestres. Aujourd'hui c'est banal. Comme la mise en compétition. Elle est même valorisée dans des émissions de télévision. L'aliénation est partout et même dans les pays dits en développement.

O.G : Comment réagit le public en voyant vos films?

P.B : Celui d'hier fait beaucoup réagir. Les spectateurs  ressortent angoissés. Et c'est l'objectif. Mais même s'il est anxiogène, ce film est repris un peu partout sur la toile. Je pense juste qu'il parle aux gens.

O.G : Doit-on tous boycotter nos téléphones portables et nos cigarettes électroniques pour lutter contre ce phénomène?

P.B : Non. Mon objectif est une prise de conscience. Les politiques ne prennent pas en compte cette problématique. Ils prétendent au contraire qu'il faut développer les nouvelles technologies pour devenir concurrentiel, mais sans réfléchir aux conséquences. N'est-ce pas au contraire ce qui nous fera sombrer? Ils pensent à court-terme. Nous aussi d'ailleurs.

O.G : Vous avez fait des films sur la malbouffe, sur le profilage génétique, sur la surveillance électronique, sur l'accélération de notre quotidien. Avez-vous fait ce métier par envie de parler de sujets de société, ou votre passion est-elle née de la caméra?

P.B : Dans les années 90, j'ai réalisé des reportages pour de nombreuses émissions, comme La Marche du Siècle ou Ca se discute. J'ai été partout et j'ai ouvert les yeux. J'ai pris conscience de beaucoup de choses. Aujourd'hui, un sujet en amène un autre.

O.G : Et le prochain, justement?

P.B : Je m'interroge en ce moment sur le bien commun, et la fin du travail, du salariat de masse comme on le connait aujourd'hui. J'aimerais réfléchir aux alternatives à ce modèle.

O.G : Vous avez collaboré à 3 reprises avec Piers Faccini, compositeur anglais, pour la musique de vos films, pourquoi ce choix?

P. B : Il est capable à la fois d'être fidèle à lui-même, et de faire des choses totalement différentes. Il sait créer un climat, une ambiance à partir d'une simple discussion.

O.G : Pourquoi avez-vous choisi ce métier?

P. B : J'aime être de l'autre côté de l'écran. Je suis un passeur et souhaite que les autres puisse s'emparer de l'information que je transmets. Je passe entre un et deux ans sur le tournage d'un film, et je suis seul. C'est une véritable chance car je suis payé pour ça.

Eloïse Levesque

"Les insurgés de la Terre" à la Médiathèque à 16h30 cet après midi, en présence du réalisateur.

"L'urgence de ralentir" au Cratère ce soir à 18h en avant-première.

 

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Eloïse Levesque

Eloïse Levesque, journaliste diplômée de l'université de droit et de science politique de Montpellier, à Objectif Gard depuis mars 2014

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