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GRAND AVIGNON Finalement, l’agglo aura son tramway

Photo d'illustration (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)
Ce matin, lors du conseil communautaire à Caumont-sur-Durance (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)
Ce matin, lors du conseil communautaire à Caumont-sur-Durance (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

C’est l’épilogue d’un long feuilleton : le tramway du Grand Avignon a été définitivement adopté ce matin à l’issue de plus de deux heures de débat en conseil communautaire.

La salle des loisirs Roger Orlando de Caumont-sur-Durance était pleine comme un œuf ce matin pour ce conseil communautaire décisif pour l’avenir du projet de tramway du Grand Avignon.

« Une ligne de tramway entre Saint-Roch et Saint-Chamand »

« Le temps de la décision est venu », a d’abord affirmé le président du Grand Avignon Jean-Marc Roubaud, en ouverture, avant de rappeler l’historique du projet de tramway : « ce dossier a été initié en 2008 par la précédente majorité, et à l’époque il n’était pas question de crise. Il avait été décidé deux lignes structurantes et le redéploiement du réseau de bus sur l’ensemble de nos communes. » Un projet d’un coût initialement estimé à 250 millions d’euros.

Las, depuis ce projet voté à l’unanimité, il y a eu du changement. Tout d’abord, la situation économique s’est dégradée. Ensuite, les nouveaux maires d’Avignon Cécile Helle (PS) et du Pontet Joris Hébrard (FN), élus en mars dernier, étaient opposés au projet. Il a donc été suspendu en avril, et une nouvelle analyse de faisabilité financière a été lancée.

Après études et consultations des uns et des autres, une réunion à huis clos le 19 décembre dernier devait permettre « une décision consensuelle. Ça n’a pas été le cas », a regretté le président, avant de présenter le projet soumis au vote aujourd’hui.

« Une ligne de tramway entre Saint-Roch et Saint-Chamand (à Avignon, ndlr) et deux lignes de bus à haute fréquence : Le Pontet le Lac – Courtine Hôpital en passant par la gare centre et Agroparc – Saint-Lazare en passant par la rue Pierre-Sémard », a détaillé Jean-Marc Roubaud.

Le président de l’agglo a ensuite rappelé que « le Grand Avignon a déjà dépensé 35 millions d’euros sur ce projet. Aujourd’hui, la sortie aurait un coût de 48 millions d’euros, en comptant 13 millions d’euros d’indemnités. Par ailleurs, le versement transport permet largement de financer le projet que je vous propose aujourd’hui. » Un projet d’un coût global hors taxes de 135 millions d’euros, dont 117 millions pour le tram et 18 millions pour les deux lignes de bus à haute fréquence.

« Un projet minimaliste, qui ignore totalement la partie gardoise de l’agglomération »

La maire d’Avignon Cécile Helle a ensuite pris la parole pour un long plaidoyer en faveur de l’abandon du tramway. Après avoir regretté « le manque d’approche globale » sur les enjeux de la mobilité, l’édile a qualifié le projet de tram de 6 kilomètres de voies de « minimaliste, qui ignore totalement la partie gardoise de l’agglomération. Un habitant de Rochefort ou des Angles aura-t-il une solution nouvelle de transport ? Non, et il continuera à prendre sa voiture. »

Cécile Helle a ensuite abordé ce qu’elle a décrit comme « une vraie question : la soutenabilité financière du projet par notre agglomération. Notre capacité de financement est de 50 à 90 millions d’euros et non 130 millions d’euros (estimation d’un rapport de l’Etat diligenté par le préfet de Vaucluse, ndlr), compte tenu de dépenses incontournables. »

Pour elle, ce projet « est un leurre, y compris pour les acteurs économiques locaux », et risque de phagocyter tous les autres : « il faut bien le calibrer pour pouvoir porter d’autres projets. Ce n’est qu’un outil, ce qui fait le développement d’un territoire, c’est un projet commun. Il n’y en a pas. »

A la place du tram’, Cécile Helle préfèrerait « à la fois un bus à haut niveau de services (BHNS, comme à Nîmes, ndlr) et des améliorations du réseau de bus pour une enveloppe de 80 millions d’euros, ce qui nous permettrait de nous laisser des marges et d’investir. Le BHNS c’est 30 millions d’euros de moins, y compris en incluant un dédit de 13 millions d’euros. 30 millions, ce n’est pas une paille, ça permet de faire d’autres projets. »

« Ce n’est pas une posture, mais une conviction. Ce n’est pas un choix idéologique, mais un choix de bon sens. Quand on s’est trompé, il faut savoir l’admettre », a ensuite ajouté l’élue.

« Allez expliquer que nous aurions balancé par la fenêtre 35,6 millions d’euros ! »

Le vice-président de l’agglo Patrick Vacaris a ensuite lancé « allez expliquer que nous aurions balancé par la fenêtre 35,6 millions d’euros ! » puis a fait un calcul visant à démontrer que le projet de tramway coûterait 112 millions d’euros, contre 111 millions pour le BHNS.

Cécile Helle fustigera pour sa part « les 35 millions d’euros brandis comme étant dépensés pour rien. 12 millions sont répartis sur des études de mobilité qui restent pertinentes pour d’autres moyens de transport. Par ailleurs, une partie de ces 35 millions concerne la commande de matériel roulant passée en février 2014 alors qu’aucun mètre linéaire n’avait été fait. » Son adjoint Amine El Khatmi lui emboîtera le pas en parlant de « précipitation » et en rappelant qu’« à cette époque, nous n’étions pas là. »

Toujours du côté des opposants, l’hôte du jour le maire de Caumont Joël Fouiller indiquera que sa commune voterait contre, tout en demandant que les élus aient « le courage de voter à main levée », malgré l’installation d’isoloirs par précaution. Il sera entendu, les élus décidant à une très large majorité de voter à main levée.

Dans le camp d’en face, et de l’autre côté du Rhône, le maire de Sauveterre Jacques Demanse invoquera l’environnement pour expliquer sa position : « il y a des morts en France à cause de la qualité de l’air. Je me prononcerai en faveur de l’environnement, donc du tramway. »

Pas de quoi convaincre David Fournier, conseiller avignonnais, dénonçant « de l’à peu près, et on ne peut pas être dans l’à peu près avec le prix du mètre linéaire d’un tramway (20 000 euros, ndlr). » Jean-Marc Roubaud lui répondra en utilisant une métaphore automobile : « on est en train d’ergoter, le BHNS et le tram c’est la même chose, le BHNS est un tram low cost. Je ne veux pas payer pour une Ferrari et avoir une Peugeot », avant d’ajouter que « le centre de maintenance sera à Saint-Chamand. »

Quant à la question du BHNS, confronté à l’exemple de Nîmes Métropole qui vient de décider d’une deuxième ligne de tram’bus par Cécile Helle, Jean-Marc Roubaud affirmera « si aujourd’hui nous partions d’une feuille blanche, j’aurais dit faisons un BHNS. »

Lors du vote (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)
Lors du vote (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

« Un vote de raison, pas de cœur »

Jusque là absent des débats, le maire du Pontet et 2e vice président du Grand Avignon Joris Hébrard (FN) justifiera son revirement et sa décision de voter le projet de tramway en affirmant prendre « la moins mauvaise décision pour l’agglo. » Un point de vue partagé par le conseiller avignonnais FN Philippe Lottiaux, estimant « faire un choix en fonction de la situation que nous trouvons. On a pesé les avantages, les inconvénients, il y en a des deux côtés. Ce sera un vote de raison, pas de cœur, mais pas un blanc-seing pour ce qui va se passer à l’avenir. »

Lui n’avait pas encore pris de position, elle sera iconoclaste : à l’inverse des socialistes avignonnais, le socialiste villeneuvois Florent Lemont expliquera qu’après « avoir entendu les arguments », « à titre personnel j’aime le tram’, s’il est lié à un aménagement qui dessert aussi le Gard, comme un axe de transports doux. J’emmétrai un vote positif si j’ai la certitude que ce mode de déplacement doux sera intégré. » « J’intègrerai au plan de déplacement urbain ce que vous demandez » lui répondra Jean-Marc Roubaud, emportant son suffrage.

Il aura aussi celui du conseiller avignonnais Front de Gauche André Castelli, se disant « convaincu que les électeurs ne comprendraient pas un renoncement sur ce dossier. »

Ils n’auront pas à le faire, puisque le vote sera sans appel : 3 abstentions et 18 contre face à 51 voix pour, sous les applaudissements nourris de la salle.

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

Thierry Allard

34 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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