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JUSTICE Médecin d’Alès accusé de viol : le réveil de Dupont-Moretti

L'avocat Eric Dupont-Moretti devant son client. Photo Tony Duret / Objectif Gard
L'avocat Eric Dupont-Moretti devant son client. Photo Tony Duret / Objectif Gard
L'avocat Eric Dupont-Moretti devant son client. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Deuxième jour du procès du docteur Léothaud, ancien gastro-entérologue d’Alès. L’homme est accusé de viol sur une patiente et encourt 15 ans de prison.

Le premier à s’avancer à la barre, ce mardi 1er décembre, est un ami d’Annie, la plaignante. L’homme est policier et a très vite recueilli les confidences de la victime sur le viol dont elle dit être victime. Il retranscrit, avec la mémoire d’un homme qui évoque des faits vieux de 14 ans, ce que lui a dit Annie peu de temps après sa consultation. Eric Dupont-Moretti, l’avocat du médecin, s’étonne que le fonctionnaire de police qu’il est, n’ait pas dénoncé les faits auprès du procureur. Le policier répond :

-          Je pense avoir fait le nécessaire en conseillant à Annie de déposer plainte. Je n’étais pas face à quelqu’un de diminué, sous curatelle ou sous tutelle.

Maître Jean-Robert Phung, deuxième avocat de l’accusé, résume :

-          Vous apprenez que votre amie a fait l’objet d’un viol commis par un médecin dans le cadre d’une consultation, vous envisagez l’hypothèse qu’il puisse recommencer et vous ne dites absolument rien ?

-          J’étais plus motivé que jamais pour qu’elle dépose plainte, répète le policier.

L’insistance des deux avocats de l’accusé agace quelque peu la partie civile. Maître Isabelle Mimran, l’avocate d’Annie, souhaite ouvrir les yeux aux jurés :

-          Le procédé utilisé par la défense est un procédé classique : il s’agit de faire le procès de tout le monde sauf celui de l’accusé.

-          C’est d’un populisme total, s’emporte Dupont-Moretti. Ce que vous voudriez, c’est que l’on ne défende pas.

Dupont-Moretti : « Du moment qu’on vient crever mon client, c’est bon à prendre »

Une ribambelle de témoins défile à la barre : les médecins consultés par la victime peu de temps après les faits, une ancienne salariée d’Annie, une kinésiologue, un ami du couple et près d’une dizaine d’anciennes patientes. Chacun tente de répondre le mieux possible aux questions du duo Phung-Dupont-Moretti et il vaut mieux être sûr de soi au moment d’affronter le binôme. Une femme sortira d’ailleurs de son audition en larmes.

Une ancienne patiente du docteur Léothaud décrit une consultation qui aurait, selon elle, mal tournée :

-          Je me suis réveillée sur un petit lit, j’ai senti sa jouissance (…). Il m’a giflée, ça m’a réveillée, ça m’a fait mal. J’ai fait un déni et je n’ai pas porté plainte.

Maître Dupont-Moretti fulmine :

-          Personne ne pose aucune question à ce témoin. Vous dites que vous avez entendu sa jouissance : ça veut dire quoi ? C’étaient des soupirs, des cris ? Vous avez retrouvé son sperme ? Et où ? Sur des vêtements ? De toute façon, du moment qu’on vient crever mon client, c’est bon à prendre.

Dupont-Moretti : « On a fait citer des tas de témoins qui ne sont témoins de rien »

Les affaires du ténor du barreau lillois ne vont pas s’arranger. Huit autres femmes viennent raconter leurs mauvais souvenirs du docteur. Une le trouve vicieux, une autre lui reproche de le tutoyer, plusieurs d’avoir subi un toucher rectal… La présidente donne la parole au docteur Léothaud :

-          Je suis payé pour ça. Un examen médical bien fait consiste en une palpation des seins, à un toucher rectal et vaginal. Je suis proctologue et gastro-entérologue. C’est mon métier.

-          On dit que ses gestes sont dégueulasses sans même avoir regardé les dossiers médicaux, reprend de plus belle Dupont-Moretti. C’est une honte ! On a fait citer des gens pour impressionner les jurés. On a fait citer des tas de témoins qui ne sont témoins de rien.

Plus tard, il enfonce le clou :

-          Soit on considère que le toucher rectal est un viol, soit on considère que c’est un acte médical. Mais là, pour toutes ces patientes, on a considéré que c’était un acte médical. Alors pourquoi on passe l’après-midi à parler de ça ? C’est de la construction de culpabilité et ce n’est pas correct !

Les experts à la barre

Cette longue journée d’audience se termine par le passage des experts invités à se prononcer, pour les besoins de l’enquête, sur le comportement du docteur Léothaud le jour des faits, notamment sur ses choix de produits injectés à sa patiente. Pour eux, c’est sans appel, la version du médecin « n’est pas crédible ». Les experts abordent enfin les différentes hypothèses dont celle, la plus privilégiée, d’au moins une piqure de Valium qui pourrait correspondre aux symptômes décrits par la victime. Jean-Robert Phung interroge l’un des médecins :

-          Vous dites que s’il y avait du Valium, on le retrouverait 48h après dans les analyses sanguines. Or, d’après la déclaration de la plaignante, elle est allée au laboratoire, a fait une prise de sang et elle a précisé qu’il n’y avait rien d’anormal.

La confusion règne dans la salle d’audience. Cette prise de sang, qui pourrait être un élément capital, ne figure pas dans le dossier. Annie, aujourd’hui, n’est plus très sûre d’elle :

-          Je suis allée au laboratoire mais je ne me souviens plus si j’ai fait la prise de sang.

-          C’est confus pour elle, ajoute son avocate.

-          J’accepte l’argument de la confusion, indique Maître Phung. Mais je veux qu’on le retienne dans d’autres circonstances.

Le procès se poursuit ce mercredi avec l’interrogatoire de l’accusé sur les faits et les premières plaidoiries.

Lire ici l'article de la première journée d'audience

Tony Duret

Tony Duret

Tony Duret, journaliste à Objectif Gard depuis juin 2012.

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