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JUSTICE Médecin d’Alès accusé de viol : « J’ai eu une pulsion, je n’ai pas pu me contrôler »

Palais de justice de Nîmes. DR
Palais de justice de Nîmes. DR

Troisième jour de procès du docteur Léothaud devant la cour d’assises du Gard. Jugé pour le viol d’une de ses patientes, il encourt 15 ans de prison.

Ce mercredi 2 décembre, c’est le moment pour le prévenu de s’expliquer sur les faits. La présidente Geneviève Perrin l’invite à donner sa version, ce qu’il fait d’un ton posé :

-          Madame a fait un malaise. J’ai écouté le cœur, ça m’a fait un émoi. Je lui ai caressé les seins et ma main a débordé. Ne comprenant pas l’origine de son malaise, je me suis baissé pour voir s’il n’y avait pas d’écoulement sanguin et en me relevant ça a frotté.

Sur les questions de la présidente, il précise :

-          Par pudeur, c’est difficile à avouer, j’ai parlé de bouche-à-bouche mais c’était un baiser. Et le massage cardiaque, c’étaient des caresses.

-          J’ai un peu de mal à comprendre, coupe la présidente. Vous avez une patiente qui fait un malaise et votre réaction est de l’embrasser puis de lui toucher les seins…

-          C’est un dérapage, j’ai eu une pulsion, je n’ai pas pu me contrôler. Ca m’a échappé, je suis confus.

« Quand je dis que c’est instruit à charge !», Dupont-Moretti

Le procès se poursuit par l’audition, en visioconférence, du docteur Amic. L’expert psychiatre décrit le prévenu comme quelqu’un qui a une « belle estime de lui-même », « qui n’a pas exprimé d’empathie pour la victime et pas de culpabilité non plus ». L’expert conclut par le fait que l’accusé ne présente pas d’anomalie mentale. Un dernier point soulevé par Maître Dupont-Moretti :

-          Monsieur l’expert, savez-vous qu’un de vos confrères a fait une autre expertise quelque temps avant vous ?

-          Non, répond le docteur Amic.

-          C’est normal, on ne vous l’a pas communiquée. Quand je dis que c’est instruit à charge ! L’autre expert indique que mon client ne peut pas être puni, qu’il ne peut pas être jugé. Mais ça ne convient à personne donc on contourne cette première expertise.

Justement, ce premier expert, le docteur Le Bayon, est appelé à la barre en début d’après-midi. Il reste campé sur ses positions :

-          Le docteur Léothaud a été victime d’un mouvement pulsionnel. Il a été débordé.

-          Pour vous, il n’est donc pas pénalement responsable ?, interroge la présidente.

-          Je l’ai dit, je le pense, confirme l’expert.

Une position qui n’arrange pas Maître Isabelle Mimran, l’avocate d’Annie, qui sous-entend alors que l’expert connaitrait l’accusé. Une accusation que ne laisse pas passer Dupont-Moretti :

-          J’ai bien compris, vous savez. Je ne suis pas un perdreau de l’année. Il faut démolir cet expert à tout prix, jusqu’à le soupçonner qu’il connaisse mon client.

Maître Mimran : « Vous êtes le Sébastien Loeb de l’agression sexuelle »

On ne sait pas si l’ambiance tendue entre les avocats est retombée pendant le huis clos (le public doit sortir de la salle d’audience, NDLR) demandé par la partie civile afin de permettre à l’accusé d’évoquer les faits plus librement. Mais elle est incontestablement retombée à la reprise de l’audience quand les plaidoiries ont commencé en cette fin de journée. Durant ce huis clos, à en croire les paroles de Maître Mimran pendant sa plaidoirie, le prévenu aurait reconnu un cunnilingus sur sa victime. Véronique Chiarini, avocate de la partie civile qui plaide pour l’ordre des médecins, ne s’étend pas sur les faits et préfère, subtilement, relire le serment d’Hippocrate, qui reprend les valeurs, les engagements de tout bon médecin. Maître Isabelle Mimran, elle, va décortiquer pendant une heure et demie le déroulement des faits en chargeant à plusieurs reprises :

-          Celui que vous avez à juger aujourd’hui, c’est le médecin qui se sert de son cabinet médical, qui se sert des piqures et seringues, pour obtenir la satisfaction du désir sexuel. C’est proprement monstrueux.

Elle tacle au passage ses confrères de la partie adverse :

-          La technique de la défense, c’est de dynamiter le dossier. On casse tout et on reconstruit sa thèse.

Abordant les faits, elle s’adresse aux jurés impassibles :

-          A qui le docteur Léothaud va-t-il faire croire qu’il a assez de contrôle pour faire tout ce qu’il a reconnu, mais qu’il n’a pas pénétré ma cliente ? C’est le dérapage contrôlé : vous êtes le Sébastien Loeb de l’agression sexuelle.

Et de finir sa plaidoirie à l’attention des jurés :

-           Si vous déclarez M. Léothaud coupable, vous ne ferez pas une erreur judiciaire.

Ce jeudi, après le réquisitoire de l’avocat général en début de matinée, Maîtres Dupont-Moretti, Phung et Delran, les avocats de l’accusé, joueront sur les contradictions qu’ils ont relevées dans ce dossier. Le verdict est attendu dans la journée.

Lire ici l’article de la première journée d’audience

Lire ici l’article de la deuxième journée d’audience

Tony Duret

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Tony Duret

Tony Duret, journaliste à Objectif Gard depuis juin 2012.

1 commentaire sur “JUSTICE Médecin d’Alès accusé de viol : « J’ai eu une pulsion, je n’ai pas pu me contrôler »”

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