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ALÈS L’avenir de l’abattoir encore flou…

Les producteurs dans la rue, en direction de la sous-préfecture. EL/OG
Les producteurs dans la rue, l'an dernier EL/OG

Lors du conseil municipal de lundi dernier, Max Roustan a fustigé une nouvelle baisse d'activité au sein de l'abattoir. Même si l'Etat reste optimiste, la structure est toujours menacée.

"Merci à L214 de nous avoir aidé à abattre l'abattoir !". Comme à son habitude, le maire d'Alès ironise, mais rit jaune. Depuis les vidéos diffusées par l'association végane en octobre 2015, l'Etat ne lâche plus la ville et poursuit le renforcement des contrôles pour en faire un "abattoir exemplaire", qui fait vivre toute une filière de proximité. Plusieurs travaux ont ainsi été effectués et les mentonnières pour petits bovins ont été changées. "Les éleveurs bénéficient d'un service sûr et de qualité", insiste le sous-préfet d'Alès Olivier Delcayrou.

Une activité qui tourne à moitié

Une mise aux normes qui s'accompagne toutefois d'une baisse conséquente de l'activité. "Pour être à l'équilibre, nous devons abattre 5500 tonnes par an. En ce moment, nous tournons à 3300", affirme le premier magistrat Max Roustan. En cause ? Une cage-piège de 150 000 € dont la Direction Départementale de la Protection des Populations a ordonné le remplacement. Cette dernière accueillait les bovins halal et le taureau de Camargue avant l'affaire de la vidéo. "On attend l'appel d'offre de la ville pour le premier trimestre 2017. Ça pourrait changer la donne", pense Luc Hincelin, responsable de la commission élevage à la Chambre d'agriculture du Gard et éleveur à Fons-sur-Lussan. Mais devant l'incertitude de l'avenir, le maire traîne des pieds.

Autre épine dans l'échine : le rituel halal. A Alès, fini les largesses réglementaires. Si le mouton n'est pas mort 30 secondes après l'égorgement, l'étourdissement est obligatoire. Mais la communauté musulmane refuse. "L'animal doit être respecté. L'abattage doit avoir lieu sans aucune forme d'étourdissement que ce soit avant ou après", indiquait Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), lors des auditions de la Commission d'enquête parlementaire de juin dernier. Résultat : "On recommence à tuer on ne sait où. Lors de l'Aïd el-Kébir 2016, nous avons abattu 88 moutons. C'est 5 fois moins que les années précédentes", fustige Max Roustan. Embarrassé, le sous-préfet renvoie la balle à la municipalité. "Elle a pris sa décision tardivement. Elle a amené les professionnels à prendre d'autres dispositions".

Une proposition de loi pour des caméras dans les abattoirs

En fait, la loi semble particulièrement stricte avec les abattoirs qui ont été épinglés. "A Alès, on veut laver plus blanc que blanc. Il faut que la législation soit la même pour tous", assène l'élu de la Chambre d'Agriculture. Le représentant de l'Etat se défend : "Les normes sont les mêmes partout !".

Une affirmation non quantifiable. D'ailleurs, Olivier Falorni, député et président de la commission d'enquête sur l'abattage, va bientôt déposer une proposition de loi pour des caméras de vidéosurveillance dans les abattoirs. Un projet qui faisait partie des 65 propositions rendues publiques en septembre. "Ce sera un outil de contrôle supplémentaire pour les vétérinaires, pas un flicage. Les chefs d'entreprise ne pourront pas l'utiliser contre le salarié", rassure le parlementaire, interrogé par Objectif Gard.

Eviter le bain de sang...

Localement, le système est toujours bloqué. Lors du dernier conseil municipal, devant les interrogations de l'opposition, le maire a évoqué une nouvelle porte de sortie : "on attend l'autorisation d'abattre des taureaux de Camargue AOC. Ils rapportent plus que les bovins traditionnels". Échec. Selon la présidente de l'appellation Magali Saumade, cette hypothèse a fait long feu depuis déjà plusieurs mois. "Nous n'abattons qu'à Tarascon et ça nous fragilise. On a donc essayé d'intégrer Alès dans notre circuit, et une commission a étudié la possibilité d'élargir notre périmètre. Mais l'Institut national des appellations d'origine a émis un avis défavorable. Il aurait fallu 5 à 10 ans de travail sans garantie d'aboutir".

Reste une dernière option : la création d'une société d'économie mixte. "Le maire étudie cette possibilité mais ça met du temps à émerger. Je pense que c'est l'évolution qu'il faudra prendre. C'est logique et naturel", souligne le sous-préfet d'Alès, optimiste. Encore faudrait-il que tous les acteurs aient encore le courage de se mouiller pour éviter le bain de sang.

Eloïse Levesque

 

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Eloïse Levesque

Eloïse Levesque, journaliste diplômée de l'université de droit et de science politique de Montpellier, à Objectif Gard depuis mars 2014

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