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FAIT DU JOUR 13 novembre : un an après, les acteurs culturels gardois livrent leur témoignage

Photo Boris De la Cruz. Devant le Bataclan à Paris, les touristes français et étrangers et les parisiens viennent se recueillir, déposer des fleurs ou accrocher des petits mots en souvenir aux 130 victimes du 13 novembre 2015
Devant le Bataclan à Paris, les touristes viennent se recueillir. Photo Boris De la Cruz/OG

Le 13 novembre 2015 n'a épargné personne. Mais dans la culture et le spectacle plus particulièrement, on se questionne en permanence sur l'évolution de notre société, vouée à porter plus d'attention à l'aspect sécuritaire. Depuis que le Bataclan a été frappé, une forme de psychose s'est logiquement emparée du public, et du personnel des salles de spectacle exposé en premier lieu aux risques. Mais concrètement, qu'est-ce que ça a changé ? Les directeurs de salles gardoises témoignent.

François Noël (Photo Jean-Marie Cornuaille/Objectif Gard)
François Noël. J-MC/OG

François Noël, directeur du Théâtre de Nîmes : "On reste sur le qui-vive"

Il y a deux niveaux de lecture. Le premier est philosophique, il renvoie sur ce que cela a touché de plus profond en nous, car c'est la culture qui a été attaquée à travers les spectateurs. Puis le deuxième est plus pratique et concerne tout les aspect de la mise en sécurité du bâtiment et du public. Le premier est le plus terrible, le second est une conséquence. On est d'abord meurtri car notre espace de liberté a été attaqué de façon aveugle. Puis il a fallu s'adapter à ces nouveaux paramètres : le contrôle des sacs, les palpations à l'entrée de la salle, la fermeture du vestiaire où l'on ne stocke plus rien. Je pense que cela va durer, on ne va évidemment pas lâcher l'affaire, on reste sur le qui-vive. On est passé d'un état de relative tranquillité à un état d’anxiété permanente. Tout en se disant que nous ne sommes pas les premiers visés, même le personnel est impacté. Lors des quatre représentations de Pina Bausch aux Arènes, nous avions pris des précautions encore plus drastiques. Mais on ne peut pas se prémunir de tout. Toutes ces mesures de sécurité peuvent nous prévenir d'un acte isolé, mais pas d'une opération concertée. J'ajouterai que l'impact est aussi sur la programmation. On doit évidemment se donner du divertissement, mais il ne faut pas perdre de vue que les artistes sont les portes-paroles des malaises des sociétés et c'est eux qui mettent le doigt sur les problèmes. J'ai une totale confiance en eux pour nous aider à nous poser les bonnes questions.

Denis Lafaurie, directeur du théâtre du Cratère. EL/OG
Denis Lafaurie. EL/OG

Denis Lafaurie, directeur du Cratère d'Alès : "Le théâtre se joue des peurs, il les exorcise"

Les attentats meurtriers qui ont endeuillés la France ont secoué les cœurs et les esprits de tous les habitants des Cévennes. Déjà, après la tuerie de Charlie c’est spontanément au Cratère que s’était rassemblée une foule républicaine, dans une volonté farouche de résistance à la barbarie. Le cauchemar du Bataclan est venu renforcer l’idée d’une cible : la liberté d’expression donc des artistes. Alors oui nous avons rassuré notre public en organisant une « vigilance fouille » à l’entrée mais en pensant qu’elle serait dérisoire en cas d’actes déterminés. Mais surtout, ces événements ont exacerbé le sentiment et la conscience que nous avions une responsabilité « augmentée » pour une citoyenneté et une humanité à reconquérir dans notre société. Ça impacte nos choix artistiques, les équipes avec qui nous travaillons, ça nous pousse vers les points sensibles de notre cité. Mais cette gravité nouvelle n’empêche ni notre joie ni notre désir de vivre. Le théâtre se joue des peurs, il les exorcise.

Fred Jumel, directeur de Paloma, revient sur année particulière pour les scènes de spectacle. (photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)
Baptiste Manzinali / Objectif Gard

Fred Jumel, directeur de la Smac Paloma : "Les palpations dans les salles de spectacle, c'est nouveau pour nous."

On a pris conscience il y a un an qu'on n'était pas préparé à tous les types d'incident, seulement aux simulations d'incendie ou à une panique générale mais certainement pas à la probabilité d'un attentat. On a compris qu'on était potentiellement des cibles donc il a fallu travailler plus sur la sécurité du public. Nous avons mis en place des dispositifs plus pointus où chacun sait comment réagir. En amont, il a fallu rédiger des plans de prévention, accroître l'identification et l'équipement, développer des outils pour communiquer entre nous. Les palpations dans les salles de spectacles, c'est nouveau pour nous. Et puis le dispositif s'étend désormais également à l'extérieur puisque des agents de sécurité sont présents sur le parking ainsi qu'autour du bâtiment. Cela pourrait nous permettre de gagner quelques minutes en cas de soucis. Concernant l'évacuation, la Smac de Paloma n'a que quatre ans d'ancienneté donc elle répond à toutes les réglementations. Au delà de tout ça, le quotidien n'a pas véritablement changé, c'est présent mais je n'ai pas le sentiment de vivre avec des angoisses. On peut être touché autant dans une salle de concert que dans un supermarché. Cela aurait pu casser nos rêves et notre imaginaire autour du spectacle, mais en fait non.

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Baptiste Manzinali

Diplômé de l'ESJ, passionné d'actualité en général, musique, football, cinéma, jeux vidéo et civilisations anciennes.

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