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FAIT DU JOUR : Syndicat des vignerons gardois : « on ne négocie pas ! »

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Xavier Fabre, porte-parole du Syndicat des vignerons gardois.

Il y a une vingtaine de jours, un syndicat départemental tout neuf frappe fort pour se faire entendre en menant une action spectaculaire dans trois enseignes de la grande distribution gardoise. Rencontre avec le porte parole du syndicat. Explication, bilan, stratégie… Et si mieux comprendre nous aidait aussi à mieux consommer ?

Les problématiques liées au monde agricole sont si nombreuses que nous avons tendance à nous perdre. Du coup, on fait l'impasse pensant qu'une fois de plus nous sommes peu concernés puisque dépassés par une situation sur laquelle nous ne pouvons pas peser. Un sentiment d'impuissance  que n'étaient pas loin de partager nos vignerons. Jusqu'à ce que certains décident de ne pas baisser les bras et d'agir pour mettre un terme à une situation qui les met en danger par le biais d'une stratégie simple des distributeurs…  gruger les consommateurs. 

Xavier Fabre plante le décor. "En 2016, nous avons eu une petite récolte sur le plan régional, 11 millions d'hectos contre 14 l'année précédente. Néanmoins, il s'est produit 3 millions d'hectos dans le département, ce qui est plutôt une belle récolte. En parallèle, les importations de vins étrangers en général et espagnols en particulier, augmentent : 8 millions d'hectos en provenance d'Espagne cette année. Le vin espagnol remplace peu à peu toutes nos entrées de gamme en grande surface et chez les brasseurs. Les prix sont en baisse et nos caves restent pleines."

Une concurrence biaisée

À première vue, il s'agirait donc d'un problème de concurrence classique avec les pays de la communauté européenne dont les coûts de production sont moins élevés que les nôtres. Les consommateurs iraient vers les vins les moins chers. Mais voilà que ça se complique. "Nous ne sommes pas contre le principe de la concurrence", développe Xavier Fabre. "Prenons l'exemple d'une fontaine à vin de dix litres. Si on nous avait demandé de faire des prix pour qu'elle arrive en rayon à 12 euros, on n'aurait pas pu suivre, on ne peut pas aller sur ce marché. Mais on aurait pu l'entendre. On ne se serait pas alignés." Mais les choses ne se passent pas comme ça. "Nous vendons notre vin à 90 centimes d'euros le litre contre 35 pour les vins de la communauté européenne". À l'arrivée, une fontaine à vin de dix litres de vins français en provenance du Gard est vendue environ 20 euros contre 18 pour les vins de provenance étrangère. Ce ne sont donc pas les consommateurs qui profitent de la différence. Alors qui ? Les intermédiaires ? Les enseignes ? Comment ces dernières arrivent à convaincre avec des différences de prix si faibles des consommateurs de plus en plus exigeants ?

Étiquetage trompeur

Selon le syndicat des vignerons, pour pousser les consommateurs à acheter du vin français, la technique est simple, il suffit d'étiqueter le vin étranger de manière à entretenir l'illusion qu'il provient de nos terroirs en imitant la typographie, en libellant les étiquettes en français, en jouant sur des appellations à sonorités proches. Une toute petite étiquette à l'arrière du cubi est la seule à mentionner la provenance du vin… Et pour parfaire la stratégie, on mélange les deux provenance sur des rayonnages marqués vins français. "L'enseigne Leclerc va même jusqu'à proposer une gamme appelée Vieux Carion, qui distribue des vins français et à en sortir une autre  de vins en provenance de la communauté européenne, à un prix légèrement inférieur, baptisée Carion tout court, dénonce le porte parole du syndicat. Avouons que ce n'est pas très clair…

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CQFD : Ce "vieille cave" étiqueté "vin de table France blanc" est bien un vin en provenance de communauté européenne … Mention qui apparaît effectivement sous la mention vin blanc sur la bouteille…

Ultimatum et action. Face à cette situation, les viticulteurs dénoncent, se plaignent, tentent de convaincre distributeurs et institutionnels. Et rien ne bouge. Le 20 mars dernier, certains d'entre eux décident de passer à la vitesse supérieure et créent le Syndicat des Vignerons Gardois ouvert à tous les vignerons indépendants du département. Moins de deux mois plus tard, il compte 300 membres. Dans un communiqué, ils demandent aux enseignes de retirer les produits d'importation de leurs rayons sous 10 jours. Silence des grandes surfaces. "10 jours après, on s'est rendu sur place et on a commencé le ménage. On ne négocie pas." Intermarché Caissargues, Carrefour Nîmes Ouest, Géant Casino Cap Costières, trois enseignes servent d'exemple. "Nous ne sommes pas contre l'Europe, la concurrence ou la libre circulation des produits. Nous réclamons juste une clarification. Une visibilité sans équivoque. Il faut d'urgence une réorganisation des linéaires. Pour le syndicat, le consommateur est libre mais il doit pouvoir choisir en toute connaissance de cause.

Résultat, les choses bougent et vite. Le gérant d'Intermarché, retire les produits des rayons, le directeur  de Leclerc Nîmes s'engage à la création d'un rayon "Baging box" (cubi) 100% gardois et va même jusqu'à se renseigner sur des références qu'il n'a pas encore. Le responsable des achats de vins Intermarché prend rendez-vous avec le syndicat.

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Force est de constater que la manière forte a eu des résultats rapides. "Je suis un père de famille, je ne casse pas de gaité de cœur" explique Xavier un peu triste. Des regrets qui n'entraveront pas la détermination. " Ne nous prenez pas pour plus imbéciles qu'on est, on vous a à l'œil…" promet le porte parole. "On ira contrôler la viande et les autres produits agricoles et s'il y a des dérives, on agit". De nombreux consommateurs suivent le mouvement, se transforment en guetteurs et postent photos et encouragements sur la page Facebook du syndicat. Un mouvement à suivre dont le prochain épisode pourrait bien se dérouler au siège de la Chambre d'Agriculture gardoise à l'instant même où nous postons ces lignes.

Facebook du Syndicat des Vignerons Gardois

Véronique Palomar

veronique.palomar@objectigard.com

 

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Véronique Palomar

Après une longue carrière au service de l'information dans l'hémisphère sud, me voilà de retour dans l'hexagone. Heureuse de mettre, plume, regard neuf et expérience au service d'un journal indépendant et de continuer à informer.

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