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FAIT DU JOUR Les Bagnolais d’Handiwork veulent réconcilier handicap mental et entreprise

Jean-Baptiste Honorin et Eric Villasante, PDG et directeur général d'Handiwork (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)
Jean-Baptiste Honorin et Eric Villasante, PDG et directeur général d'Handiwork (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

L’insertion dans le monde professionnel n’a déjà rien d’une promenade de santé pour une personne dite valide, alors pour une personne porteuse de handicap, elle a tout de la gageure.

Ainsi, si notre pays compte 2,7 millions de personnes handicapées de 15 à 64 ans, seules 938 000 d’entre elles sont en emploi. Conséquence, le taux de chômage chez les personnes handicapées culmine à 19 %, soit près du double de la moyenne nationale.

La grande distribution et le handicap, « deux mondes qui ne communiquent pas »

Alors forcément, l’inclusion des personnes handicapées dans le monde du travail ordinaire représente un vrai enjeu, notamment pour les jeunes atteints de déficience intellectuelle. C’est précisément à eux que s’adresse le dispositif créé par l’entreprise Bagnolaise Handiwork. A l’origine, le Bagnolais Eric Villasante. Cet ancien mécanicien de motocross, à la tête d’une entreprise dans le secteur de la motoculture, a eu l’idée en 2015 de proposer au magasin Bricomarché de sa ville un partenariat avec l’Institut médico éducatif des Hamelines, à Bagnols.

Ces jeunes, âgés de 15 à 18 ans, présentent des déficiences intellectuelles de divers niveaux. « J’avais déjà eu des jeunes des Hamelines en stage dans mon entreprise, mais entretemps j’avais fermé mon magasin, explique le Bagnolais. Je suis allé voir l’IME et je leur ai proposé de prendre des jeunes une après-midi par semaine, pour aller faire du service après-vente à Bricomarché. » Tout le monde joue le jeu, et rapidement les jeunes stagiaires s’intègrent à l’entreprise, et dépassent le simple cadre du SAV pour « participer à la vie du magasin. »

Eric Villasante fait l’interface entre l’Institut et le magasin, de quoi lever les barrières : « dans les magasins il y a des inquiétudes, et dans les instituts une méconnaissance de la grande distribution, ce sont deux mondes qui ne communiquent pas, explique le PDG d’Handiwork Jean-Baptiste Honorin. En mettant juste une personne au milieu, on règle tous les problèmes, le magasin est rassuré et l’IME est ravi car quelqu’un fait le lien et est apte à agir sur le terrain, c’est du stage accompagné. »

« Ils voient qu’ils sont capables de le faire »

L’idée est donc d’accompagner l’IME  : « on ne va pas remplacer les éducateurs ni les chefs de rayon, cadre le PDG. C’est un outil qui va permettre d’affiner le projet professionnel des jeunes, leur permettre de se familiariser avec le monde réel, s’émanciper et sortir du cocon. » Pour ce faire, Handiwork prend le parti de plonger les jeunes stagiaires dans le grand bain : « on les habille en vendeurs, comme ça le client s’adresse directement à eux, explique Eric Villasante, directeur général d’Handiwork. Je suis là pour aider si besoin, mais la situation, ils l’affrontent eux mêmes. » De fait, certains jeunes se révèlent : « on vient de lancer un projet à Orange, et après deux séances, la directrice de l’institut nous a dit qu’elles ne les reconnaissait pas, ils étaient beaucoup plus à l’aise, alors que ce n’était pas gagné », affirme Jean-Baptiste Honorin.

Car le fait de travailler dans le milieu ordinaire, « avec des vrais clients, et les exigences que ça impose dans la tenue et le comportement, c’est valorisant pour eux, souligne le chef de service à l’IME des Hamelines Jean-Claude Grimaltos. Ils voient qu’ils sont capables de le faire. » De quoi apporter une vraie complémentarité avec les ateliers déjà proposés par les instituts, la plupart du temps en interne. « Les progrès sont indéniables », note Jean-Claude Grimaltos. D’autant que les jeunes des Hamelines donnent satisfaction en entreprise, la PDG du Bricomarché de Bagnols Gaëlle Gentil affirmant il y a un peu moins d’un an, à l’occasion du lancement officiel du dispositif dans son magasin, que des jeunes faisaient « un boulot fantastique. »

Un boulot fruit du stage en milieu ordinaire certes, mais aussi de tout un travail en amont des éducateurs. « Ce travail est très important, car on va accompagner le jeune d’une autre manière, pour que petit à petit, il prenne confiance en lui et puisse aborder les choses sans angoisse », explique le chef de service aux Hamelines.

Quatre projets en cours

Les stages en entreprise proposés par Handiwork sont sanctionnés par une attestation de compétences, « sur les aptitudes professionnelles de base, la mise en rayon et la manutention », précise Jean-Baptiste Honorin. Un système qui plaît : l’entreprise à peine lancée, Handiwork a déjà quatre projets en cours, à Bagnols donc, mais aussi à Milhaud, Orange et Valréas, à chaque fois en partenariat avec un Bricomarché, « mais avec un IME, deux ITEP (institut thérapeutique éducatif et pédagogique, ndlr) et un ESAT (établissement et service d’aide par le travail, ndlr), on a tout le panel », précise Jean-Baptiste Honorin. En tout, seize jeunes bénéficient actuellement de ces stages, qui durent une année scolaire, toujours à raison de trois heures par semaine. Chaque projet coûte 8 000 euros à l’année, partiellement financés par la taxe d’apprentissage du magasin partenaire.

D’autres projets devraient suivre rapidement, alors les deux Bagnolais ont embauché une chargée de développement à temps plein et sollicitent les conseils d’une éducatrice de l’IME des Hamelines en tant que consultante à temps partiel. L’équipe compte donc se développer, tout en gardant à l’esprit que ces projets sont « de la dentelle », note Eric Villasante, et vise une vingtaine de projets à l’horizon septembre 2018.

À Bagnols, le premier d’entre eux fait l’unanimité : « on a huit jeunes qui y participent à tour de rôle, et ils se disputent presque pour y aller », raconte Jean-Claude Grimaltos, avant de rappeler que le but de ce dispositif novateur comme de l’institut reste de « trouver le positif chez ces gamins, car il y en a, du positif. »

Plus d’informations ici.

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

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Thierry Allard

32 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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