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FÊTES VOTIVES À Aubais, sécurité rime avec festivités

Les temps sont durs pour les maires qui sont tenus pour responsables d'un quelconque problème sécuritaire qui ternirait la fête de leur village. La fatalité n'abat pas l'enthousiasme de Pilar Chaleyssin, maire d'Aubais.

Aubais...Comme son nom l'indique (Photo Anthony Maurin).

Durant l'été, nous vous proposons de nous arrêter sur chaque moment phare qui constitue une journée de fête votive. Place aujourd'hui à Aubais et à la manière d'organiser la fête en toute sécurité s'il vous plaît.

Aubais est un village atypique. On y vit à la manière provinciale, camarguaise, languedocienne, provençale et méditerranéenne. Aubais est aussi le lieu de convergence des belles choses. Un patrimoine, une culture artistique affirmée, un rythme de vie plaisant... et une fête votive connue de l'ensemble des amateurs du genre pour ses vérités.

De gauche à droite, Ariane Carreau, Pilar Chaleyssin, et Mireille Schneider (Photo Anthony Maurin).

Cependant, organiser une fête votive en 2018 n'est pas la même chose que de le faire 1980 où régnaient l'insouciance et le bien vivre. Aujourd'hui, c'est un acte militant et pour Pilar Chaleyssin, maire du village, c'est vital même si les contraintes se multiplient. " On dort d’un œil, on a le téléphone sur la table de nuit et on attend. Parfois, un adjoint m’appelle pour me dire de venir car un problème est survenu, qu’il y a une bagarre ou pour me demander où sont passées les clés. Il y a toujours un adjoint qui fait office de référent pendant la fête et chaque jour, le référent change. C’est le rôle d’un élu local. Être au plus proche de ses administrés. Lundi, nous serons un peu fatigués mais nous allons faire le petit débriefing de fin de fête. Il faudra tout démonter et reprendre la vie quotidienne. La fête, c’est lourd mais nous avons envie de l’organiser, personne ne nous y oblige mais quand on est élu, notre mandat doit être dédié à l’intérêt général. Concernant la fête, ici, on ne se pose pas la question ! "

(Photo Anthony Maurin).

D'autres se la posent. Peu flanchent et osent stopper la machine festive mais la grande majorité, Pilar Chaleyssin en tête, a dû revoir sa copie et baisser le nombre de jours de festivités. " On est très très présents et très très vigilants ! Je ne prends jamais de vacances en août et il en va de même pour les autres élus et les employés municipaux. Nous devons toujours être sur la brèche, tout le temps. Il faut ouvrir les barrières, mettre en place les forains, accueillir les commissions de sécurité, veiller à tout… Et nous n’avons qu’un seul policier municipal. Chaque nuit de fête nous avons six vigiles d’une société privée qui viennent en renfort ".

Pas facile de faire la fête dans ces conditions vous dites? Peut-être mais un petit village comme Aubais n'a pas un budget extensible et se retrouve vite dans l'impasse financière. Tant qu'on en reste aux sous, ça va. Le pire, le plus redoutable (et redouté) reste le problème sécuritaire. Sur le sujet on ne transige pas avec la règle. " À aucun moment nous ne voulons voir disparaître nos traditions et nos fêtes votives mais il faut y faire très attention. Le budget sécurité ne cesse d’augmenter, les parcours coûtent cher à sécuriser, nous interdisons les véhicules stationnés sur le passage des abrivados, les verres en verre sont eux aussi interdits… Je ne commence jamais la fête si un problème persiste."

Le château qui surplombe le plan. Ce plan accueille des taureaux et des toros lors des jours de fête à Aubais, un spectacle unique et à vivre en direct (Photo Anthony Maurin).

Et Pilar Chaleyssin de poursuivre, " C’est le maire qui est responsable de tout, y compris devant la justice. Les maires abordent ces périodes avec beaucoup d’angoisse, de responsabilité et d’organisation. Nous voulons simplement protéger la population, c’est un souci constant mais nous avons envie de voir les gens s’amuser et se déconnecter de leur vie de tous les jours. Ce sentiment de stress nous noircit un peu le quotidien car tous les problèmes s’ajoutent. "

Alcoolémie excessive, drogues, sécurité routière, attentats, oui, les problèmes sont nombreux et le front est large. Les communes peuvent s’organiser de deux manières. Soit une Mairie fait tout toute seule, soit elle coorganise la fête avec un comité des fêtes. À Aubais, la Mairie est seule mais il y a une explication. " On a bien essayé plusieurs fois d’organiser la fête avec un comité mais le manque de bénévoles apportait trop d’instabilité, ça ne pouvait pas marcher et nous avons repris la main. Nos traditions sont belles, ce sont nos racines, nous en avons besoin. Cela fait partie de notre patrimoine culturel. Je lance cet appel aux maires gardois, soyez vigilants et veillez à la bonne tenue de la sécurité dans vos fêtes même si cela peut paraître contraignant. Je dois aussi rendre un petit hommage à quelques parlementaires qui soutiennent nos traditions et les défendent quand ils sont à Paris. "

Dans un bar de la ville... Quelques restes de festaïres fièrement exposés !(Photo Anthony Maurin).

S'amuser de belle manière et en toute simplicité. Tel était certainement le but premier des fêtes votives. On demande donc aux jeunes, à Aubais comme ailleurs, de s’amuser sans catastrophe ni débordement. Par le passé, la fête à Aubais durait dix jours, maintenant, plus que cinq. " C’est un choix financier car il faut garder la qualité des animations. Les clubs taurins sont moins actifs, les bénévoles moins disponibles, c’est un tout. La fête, c’est une semaine durant laquelle tout le village se réunit. Après, Aubais est apaisé, calme, comme endormi. Nous n’avons pas d’arènes mais un plan au pied du château. Nous devons y apporter des aménagements chaque année pour le sécuriser afin d’accueillir le public car depuis l’effondrement de la tribune de Furiani on ne rigole pas avec la sécurité. "

Voilà quelques années, neuf maires ont signé une charte avec la Préfecture. Cette charte évoque les fêtes votives et leur sécurisation. Chaque année le Gard poursuit son effort et en 2018, ce sont 70 communes sur les 353 du département qui sont devenues signataires du bout de papier. " Petit à petit on avance " se rassure la maire.

Quelques empègues... Ces marques faites au pochoir rappellent à la jeunesse que la fête lui appartient et qu'elle doit la mener à bien pour que les jeunes d'après puissent en jouir à nouveau (Photo Anthony Maurin).

Et pour se rassurer, quoi de mieux que de revenir aux fondamentaux ? " Les quads et les voitures sont interdits sur le parcours, on revient à des choses plus traditionnelles et il faut réapprendre aux jeunes qu’une abrivado, ça se court ! On revient à la base, à la culture, aux empègues. Nous avons la chance d'avoir une magnifique manade, la Vidourlenque, qui fait paître ses taureaux au pied du château. Le monde de la bouvine est respectueux et c'est un partenaire du quotidien. Cette année, l’empègue rend hommage à Pierre Aubanel, manadier décédé il y a quelques mois " conclut Pilar Chaleyssin.

Etiquette

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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