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LE 7H50 de Meike Fusat : « Si on fait grève, c’est pour votre sécurité ! »

Meike Fusa, secrétaire UNSA du comité santé, sécurité, et conditions de travail, accompagnée de Damien Lannoo, technicien avionique et représentant du syndicat CAT (Photo : Coralie Mollaret)

Ce lundi, les salariés de l’entreprise Sabena, chargés d’entretenir les Canadair, débrayent. Meike Fusat, secrétaire UNSA du comité santé, sécurité, et conditions de travail, accompagné de Damien Lannoo, technicien avionique et représentant du syndicat CAT, expliquent les raisons de leur colère. 

Objectif Gard : Vous appelez les salariés de Sabena à la grève. Pourquoi ?

Meike Fusat : Depuis 20 ans, notre entreprise assure la maintenance des Canadair. C’est un marché passé avec la Sécurité civile. Pendant la saison des feux de forêt, de juin à septembre, l’activité ne s’arrête jamais. Les avions doivent être disponibles du lever jusqu’au coucher du soleil. Or aujourd’hui, notre direction souhaite changer notre façon de travailler.

Damien Lannoo : Jusqu’à présent, nous tournons à trois jours de travail pour deux jours de repos. Nos horaires varient : 13h30 à 22h, 5h30 à 14h ou 18h à 2h30 du matin. Ce nouvel accord, proposé par la direction de Sabena, prévoit cinq jours de travail pour deux jours de repos. Alors peut-être que je gagnerai un peu plus d’argent, mais cette organisation ne nous convient pas.

Pourquoi ? Vous qui êtes technicien, en quoi consiste votre travail ?

Damien Lannoo : Ça dépend. Le matin quand on démarre à 5h, on fait le tour des avions. À raison d’une demi-heure par avion, on regarde l’état des systèmes avioniques. On doit rendre les avions disponibles à 7h. Une fois les avions préparés, on est disponible pour encadrer les Canadair au décollage et à l'atterrissage. Le soir le plus dur de l’activité commence. On fait des rinçages de moteur, de la maintenance un peu plus lourde avec des dépannages, si besoin. S’occuper d’un Candair, ce n’est pas s’occuper de n’importe quel avion : les conditions de vol sont plus périlleuses. Entre le feu, l'écopage de l'eau salée, les machines sont mises à rude épreuve.

Donc s’il n’y a pas d’intervention, vous ne faites rien ?

Damien Lannoo : Si, on fait d’autres tâches. Les avions nécessitent un entretien permanent. Certains sont parfois mobilisés une demi-journée pour des contrôles plus ou moins importants, comme après 75 heures ou 150 heures de vol. Pendant la saison des feux, notre mission principale c’est d’être en alerte en permanence pour être prêts à réagir.

Meike Fusat : Le travail de technicien est pointu, essentiel. D’ailleurs, la responsabilité pénale de ce dernier est engagée en cas de problème.

Qu’est-ce qui coince avec cette nouvelle organisation du travail ?

Meike Fusat : C’est trop fatiguant. La direction demande aux gens de travailler au-delà de ce qu’ils sont capables de faire physiquement. En 2018, la saison a été peu compliquée. Pourtant, je connais des personnes qui ont eu de petits accidents parce qu’elles se sont endormies au volant. Les horaires sont décalés. Au bout de trois jours de travail intense, en alerte, vous êtes ratatinés. Imaginez-vous pendant des heures sur une piste, en plein cagnard avec votre bleu de travail, vos gants…

Beaucoup d’autres métiers connaissent une aussi forte pénibilité…

Meike Fusat : C’est vrai. Seulement, le maçon, s'il fait une erreur, il peut se faire mal tout seul. Le technicien, lui, s’il est crevé et qu’il fait mal son travail, peut causer beaucoup plus de dégâts. Imaginez que l’oubli d’un outil dans l’avion engendre un court-circuit et provoque un crash. Vous imaginez les dégâts ? Si on fait grève, c’est pour votre sécurité !

Votre façon de travailler aujourd’hui ne menace-t-elle pas la compétitivité de Sabena ?

Meike Fusat : Non, puisque nous avons déjà décroché le marché. La direction a sans doute mal négocié le contrat. Sous couvert de souplesse, ce sont des raisons budgétaires qui poussent Sabena à adopter cette nouvelle organisation. D’ailleurs pour que la société conserve ce marché, nous avons déjà accepté de passer à 37h30 par semaine (...) À noter également que l'entreprise fait des bénéfices ! 

Quelles sont les conditions pour que cet accord soit accepté ?

Ce type d'accord se négocie tous les deux ans. Pour entrer en vigueur, il faut que deux syndicats sur quatre le signent. Or pour l’instant, seul la CFE, syndicat des cadres, a accepté. La CGT devrait s’abstenir… Elle a très peu d’adhérents qui font la saison des feux. À Nîmes, Sabena c’est 420 salariés et seulement 100 s’occupent des Canadair en été.

Propos recueillis par Coralie Mollaret

coralie.mollaret@objectifgard.com

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Coralie Mollaret

Journaliste Reporter d'Images pendant un an à Marseille, j'ai traversé le Rhône voilà quelques années pour vous informer en temps réel sur l'actualité Gardoise…

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