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FAIT DU JOUR La Camargue et son cheval marin !

Le Seaquarium du Grau-du-Roi met l'hippocampe en vedette pendant trois mois.

Un drôle d'animal qui gagne à être connu et protégé (photo D.R)

Pour fêter son trentième anniversaire, le Seaquarium du Grau-du-Roi a décidé, entre autres, de mettre un animal marin à l'honneur tous les trois mois....

C'est l'hippocampe qui ouvre le ban. Ce petit cheval marin, présent dans nos eaux, est un animal étrange et attendrissant. Grâce au Seaquarium et à son Institut marin nous allons pouvoir faire plus ample connaissance et aussi, pourquoi pas, participer à sa préservation.

Il est tôt, un des aquariums où évoluent les hippocampes du Seaquarium s'éclaire doucement pour imiter la lumière d'un jour naissant. Voir un hippocampe en photo, ou son cadavre vernis en guise de souvenir, peut laisser indifférent. La surprise est l'émotion immédiate que l'on ressent lorsqu'on le voit évoluer. Un sentiment partagé par Nina Colombier, attachée au pôle pédagogique du Seaquarium, médiatrice et animatrice scientifique, chargée de mission de l'exposition hippocampe. Ce n'est pas un hasard, si Nina connaît bien l'animal, elle avoue en plus y être particulièrement attachée.

Une tête de cheval, des yeux de caméléon, une queue de singe et une poche de kangourou

Nina Colombier aime ces étranges petites créatures dont elle ne se lasse pas de parler  (photo Véronique Camplan)

Pour comprendre pourquoi, il suffit de faire connaissance. D'abord, l'on apprend que malgré les apparences, il est un poisson, nageoires et branchies justifiant cette classification. Première singularité, il n'a pas d'écaille mais une peau tendue sur un squelette osseux. Nina brosse son portrait en quelques mots :  "Il a le profil du cheval, les yeux du caméléon (vison binoculaire), une queue de singe préhensible qui lui sert à s'accrocher aux herbes, un museau en forme de paille, le mâle a une poche de kangourou et il nage à la verticale". Un physique particulier qui lui a valu une place de choix dans la mythologie, puisqu'il est le vaillant coursier de Poséïdon, Dieu des mers, sur de nombreuses représentations.

Hippocampe, ce romantique …

Une étreinte en forme de cœur… (photo D.R)

Ses particularités ne s'arrêtent pas là. "C'est un romantique", affirme Nina. Et elle le prouve en décrivant sa parade nuptiale. "Le couple se tient par la queue face à face, ventre contre ventre et museau contre museau comme dans un baiser, ce qui forme un cœur." L'image est jolie et l'acte semble d'une grande tendresse. Mais décidément notre petit cheval marin ne fait rien comme les autres.

On apprend que pendant l'étreinte, Madame à l'aide d'une petite lance placée sur son ventre, sorte "d'autoviseur", projette de 100 à 500 œufs dans la poche de Monsieur qui les féconde et les porte pendant trois à quatre semaines, selon la température de l'eau. À terme, il les expulse par salves lors de convulsions. Chez les hippocampes c'est papa qui accouche ! De mai à septembre le couple peut se reproduire de jusqu'à six fois et reste fidèle. Parfois saison à l'autre, il peut y avoir des changements de partenaires.

Chasseur à l'affût

Lorsqu'on le surprend immobile et le regard fixe, il y a de fortes chances pour qu'il chasse  (photo D.R)

Le reste du temps, ce petit carnivore paisible chasse de minuscules crevettes à l'affût. Il les repère grâce à sa vision binoculaire, les aspire avec sa trompe en forme de paille, le tout accroché à une algue ou une herbe avec sa queue de singe. Jusqu'à aujourd'hui, on a dénombré une trentaine de variétés mais on en découvre encore. Chez nous, il en vit deux à l'état sauvage, l'hippocampe à museau court et le moucheté. On les trouve dans les herbiers de l'étang de Thau et à la pointe de l'Espiguette.

L'homme pour unique ennemi

Il y a 5 jours encore, 2000 hippocampes morts, victimes d'un trafic ont été saisis en douane en France (photo D.R)

L'hippocampe a peu de prédateurs naturels. Nina a pu observer un estomac de tortue qui en était rempli mais c'est rare. Force est de constater que si aujourd'hui nos petits chevaux marins sont menacés, c'est encore à cause de nous. Ses habitats, herbiers et récifs coralliens sont fragilisés par la pêche et la pollution. Ajoutons à cela les aquariophiles, qui entretiennent un trafic important dans le monde entier, ainsi que les marchands qui vendent les pauvres petites bêtes mortes et séchées, macabres souvenirs pour touristes.

Le pire restant la médecine traditionnelle chinoise qui en a fait un de ses ingrédients favoris. À propos des hippocampes dans les aquariums, Nina tient à préciser que ceux du Seaquarium sont nés en captivité et proviennent d'autres aquariums. Au Seaquarium, ils se reproduisent et font l'objet de soins jaloux. Les animaux se nourrissant exclusivement de proies vivantes, il sont approvisionnés en artémias (petites crevettes), cultivées sur place. Les bébés hippocampes, autonomes dès leur naissance, sont nourris de proies plus petites pour leur éviter des occlusions fatales.

Observer les hippocampes

Monsieur accouche dans d'impressionnantes convulsions (photo D.R)

Fragilisé, l'hippocampe ne jouit pas d'un véritable statut d'espèce menacée, ce qui pourrait donner les moyens de le protéger. En cause selon Nina, le manque de données dont on dispose encore sur cet hôte discret des mers et des océans. C'est pourquoi l'Institut marin propose un programme coordonné par un éminent spécialiste de l'espèce, le biologiste Patrick Louisy, qui comporte des plongées d'observation ouvertes aux adhérents de l'Institut, (15€ à l'année) ainsi que des plateformes Internet (Hippo Atlas (Europe) et Hippo Thau (pour l'étang)), qui permettent à chacun de poster ses observations.

Sachant que l'hippocampe est observable dans des eaux peu profondes (environ 4 m), si l'on est attentif, cela peut être un joli but pour les plongeurs. Pour les autres, ils restent les hôtes du Seaquarium.

Véronique Palomar Camplan

Pour en savoir plus. https://www.seaquarium.fr/ ou https://www.seaquarium.fr/fr/institut-marin

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Véronique Palomar

Après une longue carrière au service de l'information dans l'hémisphère sud, me voilà de retour dans l'hexagone. Heureuse de mettre, plume, regard neuf et expérience au service d'un journal indépendant et de continuer à informer.

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