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ARLES EN FERIA L’ultime hymne à l’amour de Juan Bautista

Adieu maestro (Photo Anthony Maurin).

Sept oreilles, une queue, deux vueltas posthumes et la grâce d'Ingenioso, un toro de Vegahermosa.

Les arènes pour la goyesque version Van Gogh revisité (Photo Anthony Maurin).

Il est des jours qui ne ressemblent pas aux autres. Ce samedi 7 septembre 2019 en fait partie. De nombreuses commémorations étaient à l'ordre du jour de cette première corrida du cycle arlésien. Un mano a mano retravaillé sur le papier, une despedida spéciale pour un torero à part et un hommage goyesque à un artiste qui a révolutionné l'art. Du lourd.

No hay billetes pour cette corrida spéciale (Photo Anthony Maurin).

Andrés Roca Rey absent pour cause de blessure et de fin de saison européenne, c'est le maestro de Chiva, Enrique Ponce, qui s'est proposé en substitution. Bon, pour l'histoire du renouveau et de la passation de témoin, on passera... Par contre, le voir opérer, lui l'infirmier qui se mue parfois en chirurgien taurin, c'est toujours un régal.

La despedida était celle de Juan Bautista, Jean-Baptiste Jalabert de son véritable nom. Le maestro arlésien voulait faire ses adieux à la maison, un an après son ultime corrida. Forte en émotion, cette journée s'est achevée dans un flot larmoyant, chantonnant et rassurant.

Sous les clarines et sur l'arrastre, une phrase de Vincent Van Gogh qui dit à son frangin Théo qu'il a aimait vivre à Arles (Photo Anthony Maurin).

Pour cette goyesque édition 2019, Van Gogh avait le pinceau libre. Pour la première fois, Arles revenait avec ses toros sur l'implication de la cité et de ses alentours dans l'oeuvre fantastique du Hollandais qui a passé plus d'un an dans les parages. Si le jaune en tauromachie fait office de porte-malheur, ici et pour Van Gogh, cette couleur révèle la vie et son éclat brutalement jeté à nos yeux incultes.

Le paseo (Photo Anthony Maurin).

Un vase et des tournesols sur la piste, des soleils de semeurs sur les burladeros et des bâches jaunes derrière le callejon. Du jaune, beaucoup de jaune et un peu de tabac. En tout, il aura fallu 15 heures à 15 personnes pour venir à bout des dessins. Mais avec le décorum impressionniste revisité car contemporain, il fallait être à la hauteur du défi.

Premier de Ponce (Photo Anthony Maurin).

Premier en piste, Enrique Ponce. Cela fait un petit moment que nous l'avions pas vu à cause d'une sale blessure. Il revient, et paf, il coupe les deux premières oreilles de la corrida. Un art dont lui seul a le secret car il fallait tout de même se montrer inventif pour sortir quelque chose du Nuñez del Cuvillo, fade et sans relief mais qui revenait dans la muleta en offrant quelques luttes à ne pas manquer.

Deuxième de Ponce (Photo Anthony Maurin).

Pour son deuxième exemplaire, un de chez Adolfo Martin, le public de Ponce n'a pas tout compris. Oui, c'était un Adolfo Martin alors, oui, on ne torée pas cet encaste comme un Juan Pedro ! On prend le temps des choses, on analyse, on coupe la charge, on la rallonge, on tire, on essaie, on va à droite, à gauche, on tente et finalement parce qu'on s'appelle Ponce, on trouve la faille et on s'y engouffre. Silence, rien de plus pourtant l'effort consenti par le piéton était réel.

Troisième de Ponce (Photo Anthony Maurin).

Enfin, pour terminer sur une bonne note, deux nouvelles oreilles agrémentées d'une queue et d'une vuelta al ruedo à titre posthume, rien que ça ! La vuelta, nous n'y reviendrons pas car nous n'avons pas encore compris le pourquoi du comment. La queue, itou. La deuxième oreille, on allait bien dire la même chose mais c'était un jour de fête et les largesses de la présidence n'ont jamais fait de mal à personne. Pourtant, là encore, Ponce a fait du Ponce et devant un toro deJuan Pedro Domecq. Bon, certes, mais pas plus important que cela. Templé, en accord avec Chicuelo, Ponce s'est aussi accordé à son opposant avec brio.

Dans la poussière, la lenteur et la classe de Juan Bautista (Photo Anthony Maurin).

Passons maintenant à la despedida de Juan Bautista. Premier toro pour l'Arlésien directeur des arènes, un de chez Garcigrande pour se remettre dans le bain. Il fallait au moins ça mais comme pour le vélo, le toreo semble ne pas s'oublier (quand on atteint un certain niveau...). Juan Bautista a du pouvoir et le fait savoir à gauche où il réalise une paire de séries bien senties face à un bicho difficile à cerner. Une oreille logique. On trempe les pinceaux et les poils ne vont pas tarder à apposer leurs couleurs et leur sincérité sur la page blanche de nos vies. L'instant arrive...

Au capote devant le La Quinta (Photo Anthony Maurin).

Deux oreilles après son deuxième duel devant un exemplaire de chez La Quinta, élevage qu'il aime tant et qu'il va d'ailleurs relancer en partie en France avec sa Golosina. Lui aussi, Secretario, sera honoré d'un tour de piste posthume mais plus mérité que le toro de chez Juan Pedro. Face à Secretario, Juan Bautista sera celui que l'on connaît. Il met du temps à trouver le sitio, observe la charge du cornu, la rectifie et en quelques petites minutes, les séries s'enchaînent et le combat monte en puissance. Dommage que la mort fut gâchée par un recibir mal exécuté mais toujours apprécié par les tendidos qui en redemandent constamment.

Aux banderilles avec Ingenioso... (Photo Anthony Maurin).

Pour son dernier combat, son ultime passage au centre de la piste en habit de lumières, Juan Bautista avait étonnamment choisi un toro de chez Vegahermosa (deuxième fer de Jandilla). Le moment est là, il arrive, juste lui, nous et le monde entier dans une arène jaune à la tombée d'un jour mauve. La fin d'une carrière est toujours rêvée mais rarement réussie. Celle de l'Arlésien le sera sans aucun doute, rien qu'avec ce combat face au merveilleux Ingenioso qu'il débute à genoux pour l'accueillir.

Le duel a commencé (Photo Anthony Maurin).

On ne le dit que rarement mais une fois en piste, on avait le pressentiment que ce somptueux toro allait retourner vivant à la maison. Et il a vu le mouchoir orange tomber du palco et est rentré vivant après un combat de bravo, un combat émouvant, vibrant comme un champ de blé au soleil de Van Gogh.

(Photo Anthony Maurin).

Juan Bautista connaît les toros. Il les connaît sur le bout des doigts, il lit en eux aisément, déchiffre, au campo, leurs qualités et les projettes sur le sable de ses arènes. Ce fut sa principale force dans une carrière longue de 20 ans qui aurait pu le voir aller encore plus haut, encore plus loin. Mais toute bonne chose a une fin. Ingenioso était là, Juan Bautista aussi. Vous auriez dû voir le sourire de l'homme après les premières charges du toro dans son capote. On voyait qu'ils allaient s'entendre, s'unir pour nous offrir le plus beau des tableaux. Juan Bautista a continuer l'effort, le toro aussi. À la pique, l'émotion était présente même si la vaillance vacillait, une fois, deux fois, trois fois. L'allegria d'une charge, vous connaissez ? Ingenioso vous l'aurait appris. Juan Bautista posera même une paire de banderille al violin pour l'occasion !

(Photo Anthony Maurin).

Faena enchantée, temple exceptionnel, duende quasi inhumain... Ajoutez à cela un Ave Maria et quelques séries d'un autre monde et vous avez voyager en restant assis. Un bonheur, rien d'autre à dire, les mots seraient superflus. Imaginez, cela suffira même si vous serez forcément en dessous de la vibrante réalité. Une grâce méritée qui faisait encore sourire le maestro à l'instant de ramener le toro dans le toril. Le sourire de l'Arlésien en direction du mayoral en disait beaucoup, il était encore surpris par l'allant déployé par Ingeniosi à cet instant de la course.

Ingenioso est gracié par Juan Bautista (Photo Anthony Maurin).

Pour définitivement accrocher à nos mémoires cet instant suspendu, la femme de Juan Bautista, une fois le combat achevé et le toro rentré au toril, s'est lancée dans une interprétation de l'Hymne à l'amour d'Edith Piaf. Belle voix, chair de poule et accompagnement de Chicuelo II pour assurer la cadence. Merveille parmi les merveilles du jour.

Vuelta du mayoral de Vegahermosa, et de Juan Bautista accompagné de sa petite famille (Photo Anthony Maurin).
Ponce et Juan Bautista sur les épaules, rejoints par le maestro retiré Victor Mendes et le comédien Arnaud Agnel (Photo Anthony Maurin).
Adieu maestro (Photo Anthony Maurin).

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 37 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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