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FAIT DU JOUR Rodilhan ou le combat des irréductibles

Ici, Rodilhan en 2018 (Photo Archives Anthony Maurin)

Depuis 2011, les irréductibles de leur cause viennent passer un dimanche par an à Rodilhan. Les amateurs de corrida le faisaient avant les anti, mais depuis huit ans, Rodilhan est aussi devenu le bastion de la lutte anti-taurine. Les Rodilhanais sont les premiers otages de cette querelle.

Le festival organisé par Toros y Caridad, un club taurin du cru, a pour but de terminer la saison taurine par un moment convivial et la venue, en plus de l'aficion, de quelques personnalités tauromachiques d'importance. Des toreros français vedettes, des maestros plus ou moins connus, du bétail local, des jeunes apprentis sur la piste ou dans les gradins en compagnie d'aficionados... Et une bonne cause à défendre : tous les bénéfices de la journée sont reversés à une association caritative.

Rodilhan à la veille de festival taurin et de manifestation anti-corrida (Photo Anthony Maurin).

Depuis 2011 et l'interruption volontaire du spectacle par des militants de la cause animale qui s'étaient enchaînés au centre de la piste, les choses ont bien changé. La manifestation n'était pas autorisée par le Préfet du moment. Sur le moment, les élus siégeant dans les tribunes n'ont rien fait, ont laissé s'envenimer les débats et empirer la situation. L'aficion, énervée, a frappé et a été punie par la Justice.

Serge Reder, le maire de Rodilhan, dimanche 27 octobre dans les arènes en 2013. Photo Archives DR/S.Ma

Cela fait huit ans, pourtant, et les choses ne se sont pas arrangées avec le temps. Chaque mois d'octobre, un festival est organisé et une manifestation est soumise aux autorités. Presque chaque année. Avec Alès, Rodilhan est devenu au fil des ans un bastion à défendre par les anti, une "ville prenable" comme on peut l'entendre en politique à l'approche des municipales. Pour les aficionados, il est hors de question d'abandonner la place.

Et pour les riverains alors ? Celles et ceux qui n'ont rien demandé à personne ? Les villageois qui auraient aimé passer un dimanche tranquille au fond du lit, fenêtres ouvertes, à regarder les oiseaux s'envoler et à les écouter cuicuiter ? "Pour nous c'est un enfer ! On n'a plus de grasse matinée depuis des lustres... Les pétards, les sirènes, les gaz lacrymogènes, les feux de Bengale, le faux sang sur les voitures... ", avoue un Rodilhanaise qui vit autour des arènes depuis plus de 30 ans.

Photo Archives ObjectifGard

"Nous serons fermés, évidemment... C'est les vacances mais pour nous c'est clairement un jour en moins de travaillé. En même temps, personne ne peut venir en ville et, par expérience, on sait que les villageois ne se déplacent pas, c'est trop dangereux de tenter le diable ! C'est vraiment compliqué pour nous, on a essayé d'ouvrir, mais franchement on a perdu de l'argent alors on sera au repos", explique un commerçant.

En effet, c'est le parcours du combattant pour entrer dans Rodilhan ce dimanche matin. Dès 8h, le village est encerclé par les forces de l'ordre et, à chaque entrée, il faudra une carte d'identité pour prouver qu'on est bien Rodilhanais ou un billet d'entrée pour aller au spectacle taurin. "C'est un exemple mais imaginons que ma belle-sœur et mon beau-frère doivent venir manger à la maison... Ils ne pourront pas entrer en voiture jusqu'à chez nous ! Cette affaire commence à me courir sur le haricot pour rester poli ! Nous ne sommes plus libre de rien. Je ne suis ni pour la corrida ni contre, mais je suis pris en otage par ces fanatiques !", s'exclame un consommateur croisé chez le boucher.

L'entrée des arènes (Photo Anthony Maurin).

Les fanatiques... Triste mais réel constat. Cette journée prévue pour être au bénéfice d'une cause caritative est une des plus onéreuses pour l'État dans le Gard. Oui, pour préserver les intérêts des deux côtés, l'État a choisi de laisser la parole anti s'exprimer et de protéger les aficionados par un cordon de sécurité. Les forces de l'ordre seront nombreuses et bien équipées, comme chaque année...

Rodilhan, zone de guerre civile ? Par moments nous n'en sommes pas loin. Rodilhan symbole des luttes intestines surannées ? Souvent, nous en sommes proches. Et pendant ce temps-là, le monde bouge, change, évolue et poursuit sa course. Les traditions existent, elles sont légales et font la fierté de bon nombre de personnes. Le droit de manifester existe lui aussi. Par contre, vivre à Rodilhan, au moins un jour dans l'année, c'est vivre une aventure bien déplaisante... Allez, bon dimanche quand même !

Etiquette

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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