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FAIT DU JOUR À Saint-Quentin-la-Poterie, la cheminée de la discorde

La cheminée de Saint-Quentin-la-Poterie (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Elle fait trente mètres, a plus de cent ans et elle est menacée par un projet immobilier. La cheminée de Saint-Quentin-la-Poterie, à un jet de brique réfractaire d’Uzès, doit laisser la place à un lotissement. Un collectif s’y oppose.

« Cette cheminée en briques a permis d’évacuer les fumées de l’industrie de la terre cuite, à l’époque de l’industrie des briques, des tuiles ou encore des pipes », raconte l’artiste Françoise Escale-Agnan, du collectif "Ensemble pour sauver la cheminée". « Les pipes en terre cuite de Saint-Quentin se vendaient dans le monde entier, poursuit Laurent Dellenbach, lui aussi membre du collectif. Cette cheminée servait à faire des briques réfractaires et c’est le seul symbole qui reste de ce passé industriel. »

C’est que l’industrie de la terre cuite de Saint-Quentin a périclité au début du XXe siècle. Si aujourd’hui de nombreux potiers et céramistes se sont installés dans le village, lui redonnant son caractère, il ne reste rien ou presque du patrimoine industriel de l’époque. « C’est de l’histoire. Aujourd’hui ,en France et en Europe, on a pris conscience du fait que ce patrimoine architectural et industriel a une vraie valeur », affirme Françoise Escale-Agnan. Et ce alors que Saint-Quentin a récemment bénéficié des fonds européens Leader pour travailler sur son identité potière. « Comment accepter ces fonds et en même temps détruire le symbole de la céramique dans le village ?, demande-t-elle. Il y a une incohérence. »

« Un problème démocratique »

Un patrimoine dont ils ont appris qu’il était menacé au printemps dernier, dans le bulletin municipal. Depuis, le collectif s’est monté et a lancé une pétition, dénonçant notamment « un problème démocratique ». « La vente a été décidée mais il n’y a aucune délibération sur le projet », s’étrangle Laurent Dellenbach, voisin de la cheminée. Un projet baptisé « Au coeur de Saint-Quentin », qui comprend un ensemble de cinq maisons individuelles, une résidence sécurisée de 33 logements en R+2 et un ensemble de neuf autres maisons individuelles.

Un projet qui ne serait, d’après le collectif, pas incompatible avec la préservation de la cheminée : « II suffit d’enlever une maison », affirme Françoise Escale-Agnan. Car le collectif le martèle : il n’est « pas contre le projet, ni contre le maire. Nous considérons qu’il vaut mieux faire ce projet dans le centre-village que de prendre sur les terres agricoles ». Mais sa proposition a essuyé « un refus total ». Et le maire, Yvon Bonzi, a signé le permis de construire le 12 novembre dernier.

De quoi ulcérer le collectif, car « la cheminée est inscrite à l’inventaire général du patrimoine culturel du village », explique Laurent Dellenbach. Pas de quoi la protéger, mais « il y a une médiation organisée prochainement par la préfecture. Le maire n’a pas attendu », poursuit-il. Un maire qui argue de la dangerosité d’une cheminée qui serait fragilisée par les outrages du temps et le tremblement de terre du Teil (Ardèche) du 11 novembre dernier, ressenti jusque dans l’Uzège.

Le collectif Ensemble pour sauver la cheminée (DR)

Un projet alternatif

« Le maire dit que la cheminée est dangereuse, mais c’est faux !, lance Françoise Escale-Agnan. Un ingénieur structure des Monuments historiques est venu en juillet dernier et a dit qu’il fallait restaurer la cheminée, mais qu’elle ne présentait pas de danger immédiat. » « Il y a beaucoup de mauvaise foi », estime pour sa part Laurent Dellenbach.

Le collectif verrait bien un autre projet sur ce terrain : « Pourquoi ne pas créer une école de poterie ? », avance Laurent Dellenbach. Le bâtiment tout à côté de la cheminée, qui date lui aussi de la fin du XIXe siècle, pourrait l’accueillir. « Il y a un vrai besoin. Nous n’avons plus d’école de céramique à Saint-Quentin », poursuit Françoise Escale-Agnan. « Et en plus il n’y a pas de formation terre dans les lycées de la Région », ajoute Laurent Dellenbach.

De là à envisager que le collectif se transforme en liste pour les prochaines municipales, histoire par exemple de porter ce projet alternatif, il y a un pas que Françoise Escale-Agnan ne veut pas franchir : « Nous avons une démarche citoyenne mais nous ne voulons pas nous présenter. » En attendant, l’ambiance s’est tendue dans le village, comme l’affirme cette dernière : « Le conseil municipal est le petit doigt sur la couture du pantalon. Aujourd’hui, plus personne ne nous parle ».

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

Contacté par nos soins, le maire de Saint-Quentin-la-Poterie n’a pas donné suite.

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Thierry Allard

32 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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