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FAIT DU JOUR Au service de la patrie… Fathia El Moumni

Madame Fathia El Moumni, aumônière du culte musulman au centre hospitalier universitaire de Nîmes a reçu l'ordre national du Mérite.

La médaille de l'ordre national du Mérite (Photo Anthony Maurin)

C'est une femme pas comme les autres. Née au Maroc, arrivée en France il y a quelques décades, devenue Française par choix et au service de l'humain, Fathia El Moumni s'est vue remettre la belle médaille, consécration d'une vie de dévouement. Portrait.

Née à Oujda au Maroc un mois de janvier, Fathia est une drôle de dame comme dirait l’autre. Elle est certainement là où on ne l’attend pas. Mais elle y est bien, très bien. Premier instant souriant de la cérémonie où Fathia El Moumni a dû prendre la parole : " Je veux tout d’abord avoir une pensée pour les personnes qui n’ont pas pu venir, comme ma fille qui m’a laissée un petit message. "

L’aumônière interrompt son discours et file fouiller son sac à main. Elle en ressort un téléphone duquel une voix s’élève, celle de sa fille Souad. " Bonjour à tous. Je n’ai pas pu venir pour des raisons de santé mais je veux lui dire merci. Merci à celle qui a toujours été là pour nous et pour les autres, à celle sur qui on peut toujours compter. Je suis fière de toi maman ! "

Fathia El Moumni (Photo Anthony Maurin)

Une drôle de dame on vous dit. Persévérance, détermination et caractère fort sont les trois principales qualités que Mohammed El Mahdi Krabch, consultant aux affaires théologiques et bioéthiques à l’aumônerie d'Occitanie, a vu chez Fathia El Moumni. " C’est une consécration. Une vraie reconnaissance de la République pour une femme impliquée dans les valeurs du vivre-ensemble et d’altruisme. Une femme qui essaie de rassembler et de fédérer tout le monde par-delà les croyances de chacun. Cette cérémonie est une marque de confiance et nous allons continuer à travailler pour l’intérêt général et pour tous les Français. C’est une source de fierté pour nous, les hommes mais surtout les femmes musulmanes car il y a de nombreuses entraves et blocages dans le milieu religieux. La République montre qu’elle traite ses enfants de la même manière. "

Le préfet Didier Lauga au micro, ému (Photo Anthony Maurin).

Un diplôme universitaire de la faculté de Montpellier en poche depuis quelques jours seulement, cette fille d’ancien combattant décoré suit la tradition familiale. " Elle m’a invitée et je suis venu car c’était possible. Je suis heureux pour elle, je connais sa réputation, commentait Monseigneur Wattebled, évêque de Nîmes, présent pour l’occasion. J’entends parler de son action en bien. "

Vivette Lopez, sénatrice, Christian Bastid, vice-président du conseil départemental, Catherine Rocco, élue à Nîmes métropole, les consuls généraux du Maroc et de la Pologne et la consule honoraire de Suisse étaient de la partie pour célébrer la Nîmoise.

Les consuls généraux et honoraires de Pologne, Maroc et Suisse entourent Fathia El Moumni (Photo Anthony Maurin).

Pour Patrick Sandevoir, le président de l’association départementale des membres de l’ordre national du Mérite, " Depuis 1963 et Charles De Gaulle, cette reconnaissance est une marque que l’État accorde à ses serviteurs. Depuis 1996 et Jacques Chirac, l’ordre se féminise. En 2008, Sarkozy a exigé que chaque promotion soit paritaire et nous n’avons que deux promotions par an. Ce n’est pas un aboutissement, c’est le commencement ! " En effet, 0,5 % de la population française porte cette distinction.

L'assemblée est attentive (Photo Anthony Maurin).

" Cette décoration honore les vertus nécessaires à la vie professionnelle, soulignait Ahmed Agargui, consul général du Maroc. Nous fêtons la femme qu’elle est et celle qui aime le contact avec les autres, le partage et le dévouement. Ces actions sont nobles ! " Un bel hommage, forcément.

Une vie au service des autres

Didier Lauga, préfet du Gard et parrain flatté de la médaillée, a déroulé un légitime dithyrambe… " On va tâcher de vous faire rougir ! Je suis votre parrain et je vais donc rappeler vos mérites. Votre investissement au service des autres et l’accompagnement que vous assurez auprès des malades en fin de vie vous offrent une excellente réputation, unanimement reconnue. "

Arrivée en retard, l'émotion est réelle quand la récente décorée enlace la consule honoraire de Suisse (Photo Anthony Maurin).

En 1995, Fathia El Moumni évoluait déjà dans le milieu hospitalier, dans la région du Rhône, où elle était aide-soignante en gériatrie. Un bon esprit d’équipe et un rôle est essentiel en Occitanie quant au recrutement des aumôniers. " Vous formez des élèves infirmiers sur les rites, la culture et la religion. Le don d’organes, les soins palliatifs et l’islam sont vos fers de lance. Vous êtes une personne ressource sur bon nombre de sujets du quotidien ", poursuit le préfet qui a rappelé les heurts gardois des guerres de religion et les efforts laïques de Rabaut-Saint-Étienne quand il a participé à la rédaction de l'article 10 de la déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.

Le préfet avertit, Patrick Sandevoir rigole et Fathia attend fébrilement d'être décorée (Photo Anthony Maurin).

" Laïcité ne veut pas dire lutte contre les religions, au contraire. Vous avez fait le choix, en 1997, de prendre la nationalité française. Un choix personnel qui a sans doute suivi les pas de votre grand-père. Comme le disait Antoine de Saint-Exupéry : " Si tu es différent de moi, loin de me léser, tu m’enrichis ", " ajoute le représentant de l'État.

Castaner et consort

Mais des discours prononcés, c'est peut-être celui de Fathia El Moumni elle-même qui a été le plus émouvant. On a d'ailleurs vu quelques larmes s'échapper des nombreux visages... " Je suis très émue et heureuse, merci au préfet, au président de la République et à Christophe Castaner de m’avoir proposé. Cela m’honore et m’encourage. Merci à François Lalanne, à Patrice Bellet et à M. Malabave. Merci aussi au CHU de Nîmes ".

C'est chose faite quelques instants plus tard ! (Photo Anthony Maurin).

Et c'est parti pour l'histoire de dix vies vécues en une seule. " Ma maman, francophone, a grandi en France et a eu son permis en 1958 puis elle est allée à Fès(Maroc) alors que ses parents étaient Algériens. Là-bas, elle a rencontré mon père qui ne parlait pas français mais ils ont su cohabiter car six enfants sont nés de leur union ! Je suis Française, républicaine et je soutiens avant tout les valeurs humaines. J’ai grandi à côté de la préfecture de police où mon papa travaillait, non loin de l’église Saint-Louis. Nos voisins étaient juifs et un jour j’ai même remis une lettre à un catholique d’Oujda ! "

Le consul général du Maroc au micro (Photo Anthony Maurin).

Elle a eu la chance d’apprendre, à l’école, une seconde langue qui était le français grâce à des poèmes de Georges Moustaki. Arrivée chez nous en 1981, elle a travaillé à Villefranche-sur-Saône ainsi qu’à Trévoux où elle a participé à la mise en place d'une unité de soins palliatifs. Après avoir perdu un enfant en 2007 et connu quelques problèmes de santé, Fathia El Moumni s'est mise à travailler en libéral.

Didier Lauga, préfet du Gard et parrain de Fathia El Moumni dans l'ordre national du Mérite (Photo Anthony Maurin).

" En 2011, j’ai été élu au conseil régional du culte musulman en Languedoc-Roussillon. Et j’y suis toujours ! Je vis modestement mais dans un réel épanouissement. L’amour, la bienveillance, les liens forts sont tissés depuis et les patients le ressentent. Je n’ai pas que des amis, malheureusement, mais nous allons continuer nos réformes ! Plus la femme est heureuse, plus elle donne. Il faut les encourager, c’est important. Merci pour tout, ça me booste ! ", conclut la nouvelle impétrante au fort caractère.

Etiquette

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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