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LE 7H50 du lieutenant-colonel Nicolas Coste : « On se sent extrêmement petit face à l’ampleur de ces incendies »

Le lieutenant-colonel Nicolas Coste (au centre) accompagné d'un "incident controller" et de l'officier de la Royal Navy australienne, David Salisbury. (Photo DR)

Le lieutenant-colonel Nicolas Coste, chef du groupement territorial Cévennes-Aigoual et conseiller technique national « feux tactiques » a fait partie de la délégation de sapeurs-pompiers français dépêchée en Australie du 7 au 17 janvier 2020.

Objectif Gard : Les cinq sapeurs-pompiers de cette délégation ont été choisis pour leur expérience et leurs connaissances dans différents domaines de spécialité en termes de feux de forêts. Vous êtes spécialiste en « feux tactiques ». De quoi s’agit-il ?

Le lieutenant-colonel Nicolas Coste : Il s’agit d’une technique de lutte contre les feux de forêts qui consiste à allumer un feu secondaire face à un incendie qui se propage pour lui supprimer du combustible dans son axe de développement. Lorsque l’incendie arrive sur cette zone brûlée, il diminue d’intensité d’abord et puis s’arrête de lui-même faute de combustible. Elle est très utilisée par l’ensemble des sapeurs-pompiers en Australie, tandis qu’en France elle relève d’une spécialité. Elle trouvera davantage sa place dans l’avenir, dans l’hypothèse où les feux seront plus nombreux, plus étendus, et toucheront des secteurs qui seront parfois difficilement accessibles aux engins.

Vue aérienne du secteur de Bairnsdale. (Photo DR)

En arrivant en Australie, quelle a été votre réaction, votre analyse ?

Sur le plan humain, on se sent extrêmement petit face à l'ampleur de ces incendies qui couvrent la surface de plusieurs départements français. On s’aperçoit que dans certaines zones, l’incendie avance avec une puissance phénoménale. Il est donc difficile, voire impossible de conduire des actions en phase directe. Par contre des actions restent possibles avec des techniques similaires aux nôtres pour contenir les flancs, les côtés et éviter la propagation vers d’autres espaces forestiers ou des zones habitées.

Quel a été votre rôle lors de cette mission ?  

Nous avons rencontré les sapeurs-pompiers dans les centres opérationnels de gestion de crise à Canberra, la capitale, à Melbourne (État de Victoria) et Sydney (État de la Nouvelle-Galles du Sud). Nous avons longuement échangé avec eux sur nos techniques respectives. Puis sur le terrain, nous avons été au contact d’un méga feu dans le secteur de Bairnsdale, où de nombreuses maisons ont brûlé.  Nous avons également survolé un feu gigantesque de plus de 200 000 hectares qui a rejoint un deuxième feu de 540 000 hectares.

Environ 2 000 pompiers sont mobilisés chaque jour dans l'État de Victoria. (Photo DR)

Malgré les pluies récentes et tant attendues, la situation ne semble pas s’améliorer.

On n’a pas idée de la surface de l’Australie. C’est un continent qui fait 12 fois la superficie de la France. Donc même s’il a plu, de nombreux secteurs n’ont pas été touchés par la pluie. Actuellement, des incendies sont toujours en cours. J’ai reçu des messages de nos collègues de l’ambassade. Un feu est actuellement aux portes de la capitale, Canberra. Il a atteint la surface de 8 000 hectares. Et cela n’est pas terminé, la saison ""feu" va durer jusqu’au mois de mars.

Quelle image vous revient en tête quand vous repensez à cette mission ?

Deux choses m’ont profondément manqué. La première, c’est la vision à perte de vue, en vue aérienne, de nuages de fumée et de zones de feux. Tant qu’on ne le voit pas, on ne peut pas s’imaginer la surface que ça représente. La deuxième, et ça nous a tous marqué avec mes quatre collègues, c’est le décès d’un sapeur-pompier dans le secteur Bairnsdale où nous avons été engagés le lendemain. Nous avons été extrêmement touchés par ce décès. Nous nous sommes sentis extrêmement proches, solidaires de nos collègues sapeurs-pompiers australiens.

Les cinq sapeurs-pompiers français envoyés en mission en Australie, accompagnés d'un "incident controller". Photo DR

Le Premier ministre australien, Scott Morrison, essuie de nombreuses critiques de la part de la population et des pompiers, notamment pour ses doutes face au changement climatique et sa gestion de crise. Avez-vous ressenti cette colère sur le terrain ?  

Les sapeurs-pompiers australiens ont très tôt, dans le courant du mois d’octobre, senti venir une saison rude et difficile. Ils avaient alerté leurs autorités et malheureusement la situation des feux leur a donné raison. Ce que nous voulons dire, c’est que les feux touchent tous les continents. On peut mesurer tout de suite les effets du réchauffement climatique. C’est un cercle vicieux. C’est le réchauffement climatique qui agit sur la végétation, sur des sécheresses importantes et qui provoquent évidemment une vulnérabilité de la végétation et des incendies gigantesques. Qui eux-mêmes produisent beaucoup de fumée. Ces dernières alimentent l’atmosphère de CO2 qui ensuite contribue davantage à accentuer le réchauffement climatique. Il faut se préoccuper de tout ce qui provoque le changement climatique, agir sur les causes et travailler au niveau mondial sur les conséquences, sur les feux. Nous pensons qu’il est aujourd’hui important de mettre en commun, au niveau mondial, toutes nos expériences, nos connaissances pour être ensuite plus efficaces au niveau opérationnel. Il faut prendre conscience que ce que vivent les Australiens aujourd'hui, on pourra le vivre en France avec des feux plus importants dans le Sud et un risque qui va se répandre dans le Nord.

Propos recueillis par Stéphanie Marin

Le regard de Denis Bouad, président du Département du Gard, invité de la rédaction :

« Cela m'évoque nos problématiques. Notre département est aussi en proie à des phénomènes extrêmes : très fortes chaleurs, incendies, inondations. Des équipes qui dans ce contexte sont mises à rude épreuve. Je veux saluer leur travail et leur professionnalisme. Ce sont des femmes et des hommes remplis d’humilité que je vois régulièrement sur le terrain et qui aime ce qu’ils font, qui sont fiers de leur métier. Et puis il faut reconnaitre notre efficacité : un maillage territorial performant qui permet des temps d’intervention efficace (ce sera le cas avec la nouvelle caserne à Nîmes Ouest ) ; un parc d’engins qui se renouvelle pour plus de sécurité des hommes en intervention et on sait malheureusement combien c’est indispensable : enfin, la chance d’avoir la BASC à garons pour appuyer le travail des pompiers au sol. Il est important de rappeler également le travail de prévention mené conjointement par l’État, le Sdis et le Département notamment sur le débroussaillage, les DFCI (voies de défense des forêts contre l'incendie) et une campagne de communication ciblée avant les fortes chaleurs de l’été. »

 

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