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MARDI ÉCO Un timbre de garantie pour lutter contre les contrefaçons des Côtes-du-Rhône

Philippe Pellaton est président de la maison Sinnae à Laudun-Chusclan depuis 17 ans et président du syndicat des vignerons des Côtes-du-Rhône depuis 11 ans. Il lui a fallu deux ans de travail avec la société TESA pour élaborer ce timbre de garantie, le QR code et l'interface web. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Depuis peu, à la maison Sinnae, plusieurs bouteilles se sont parées d'une petite étiquette sur le col. Il s'agit d'un timbre de garantie pour les AOC (appellations d'origine contrôlée) Côtes-du-Rhône. Une manière de lutter contre les contrefaçons et aussi d'informer le consommateur.

Les faux vins spiritueux et indications protégées auraient fait perdre 2,7 milliards d'euros à l'Europe, selon une étude de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle. Face à ce constat, Philippe Pellaton, à la fois président du syndicat des Vignerons des Côtes-du-Rhône et président de la maison Sinnae, a décidé d'agir, puisque les vins Côtes-du-Rhône représentent 1,8 millions d'hectolitre produits par an. Il a décidé que sa maison de producteurs basée à Laudun et Chusclan, serait pionnière. "C'est un vœu historique des AOC de se protéger", affirme le président. Un vœu qui a pu devenir réalité grâce au projet de loi d'Avenir agricole de 2014 qui a défini la structuration du timbre de garantie. Il a déjà été adopté pour les bordeaux mais l'aspect "informations aux consommateurs" n'a pas été développé contrairement aux Côtes-du-Rhône. Après deux ans d'élaboration avec la société TESA, "le projet est arrivé à maturité".

Ce timbre prend la forme d'une étiquette, munie d'un numéro unique et d'un QR code. Il suffit pour les consommateurs de le "flasher" avec l'appareil photo de leur smartphone et cela ouvre une page Internet leur demandant si le numéro sur la bouteille est bien le même que celui s'affichant à l'écran. Si ce n'est pas le cas, il s'agit d'une contrefaçon. Si les deux numéros sont identiques, les utilisateurs seront amenés sur une interface en ligne où sont recensées de nombreuses informations : nombre de calories, liste d'ingrédients, les cépages, si le vin a reçu des labels, l'actualité de la cave, la démarche environnementale... "À chaque bouteille, l'info est adaptée", assure Philippe Pellaton, qui poursuit : "C'est une manière de connecter la bouteille et le consommateur. Il dispose de plus d'infos que quand il achète simplement."

Claude Pellaton préconise de positionner le timbre de garantie sur le col de la bouteille afin qu'il se déchire à l'ouverture et ne soit pas réutilisable pour éviter tout risque de fraude. (Marie Meunier / Objectif Gard)

À chaque scan, la géolocalisation du portable du consommateur est répertoriée. Cela permet de repérer un timbre erroné récurrent même à l'autre bout du monde. En définitive, une quarantaine de cuvées de la maison Sinnae seront authentifiées avec comme objectif : un million de bouteilles par an. En tant que président du syndicat, Philippe Pellaton souhaite que le dispositif se globalise à l'ensemble des AOC Côtes-du-Rhône. La mise en place du timbre et du QR code, est à la charge du syndicat. Cela a représenté 60 000 € d'investissement avec 20 à 30 000 € à débourser chaque année pour la maintenance informatique. Les vignerons participants doivent s'acquitter de la somme de trois centimes et demi par bouteille pour payer le timbre. Pour l'instant, le syndicat souhaite l'étendre petit à petit pour, à terme, le rendre obligatoire. Tous les Côtes-du-Rhône Village et les crus des Côtes-du-Rhône peuvent en bénéficier.

Ce type de timbre est aussi utilisé pour les pièces automobiles d'origine, les cigarettes... Il dispose de trois niveaux de protection : le visible (avec le numéro), le semi-visible (qu'avec une loupe) et l'invisible (uniquement avec des outils adaptés). Il est donc impossible à copier et infalsifiable. Cet outil pourrait même devenir un "passeport fiscal", avec l'accord de l'administration des douanes. Il constitue aussi un moyen efficace de lutter contre les usurpations du nom Côtes-du-Rhône. "Toutes les parties du nom (ni Côtes, ni Rhône) ne peuvent être utilisées pour un autre vin ", explique le président du syndicat. Quand il repère une infraction, lui et l'INAO (Institut national de l'origine et de la qualité) s'empressent d'envoyer un courrier au contrevenant. En général, ça suffit à régler le problème. Mais comme on dit, mieux vaut prévenir que guérir. Une maxime qui devrait vite s'appliquer grâce au timbre de garantie.

Marie Meunier

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