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FAIT DU JOUR Nîmes Olympique : il y a 50 ans, vent de folie sur le Parc des princes

Le 1er avril 1970, dans des conditions hors du commun, les Crocodiles jouaient un match d’appui contre Saint-Étienne en 8e de finale de la Coupe de France.

Le Stéphanois Aimé Jacquet face au Nîmois Adolf Scherer (collection privée Adolf Scherer)

En ce début de printemps 1970, le Nîmes Olympique de Kader Firoud pousse les champions de France stéphanois à une manche décisive en 8e de finale de Coupe de France.

Mais, organisée à la hâte, la rencontre se dispute dans la confusion et le drame est évité de peu. Des milliers de spectateurs forcent les portes pour entrer dans un Parc des princes en chantier au soir de ce 1er avril 1970. Du jamais vu dans la capitale.

Pousser l’ASSE à un match d’appui, en huitième de finale de la Coupe de France, est déjà un exploit. En ce temps-là, à ce stade de la compétition, le format de matches aller-retour était utilisé. Après s’être imposé 1-0 (22 mars) au stade Jean-Bouin, Nîmes Olympique s’est incliné 2-1 à Geoffroy-Guichard (27 mars). Mais le but marqué par Adolf Scherer, à deux minutes de la fin, permet aux Crocodiles de rester en course. À cette époque, le but réussi à l’extérieur ne compte pas double.

Une organisation à l'emporte-pièce

Il faut alors jouer une belle sur terrain neutre, que la FFF (Fédération française de football) programme au mercredi 1er avril, à 20h30, dans un Parc des princes alors en construction. Une décision prise la veille et à la hâte. Les dirigeants nîmois protestent énergiquement, car il était initialement prévu que cette troisième rencontre se joue le 4 ou le 5 avril.

Une photo parue dans le journal l'Equipe du 2 avril 1970 (collection privée Pierre Lafranchi)

Après des discussions avec les instances du football français, les Verts obtiennent que la rencontre d’appui se joue rapidement. C’est un net avantage pour l’équipe d’Albert Batteux qui dispose d’un effectif beaucoup plus fourni que celui de Kader Firoud. En ce début des Seventies, les dirigeants du football français sont bienveillants avec le club le plus puissant de l’Hexagone.

En contrepartie, Paul Calabro, le président nîmois a obtenu que Michel Mézy ne soit pas utilisé lors d’un match de l’équipe de France militaire programmé le 30 mars. Il faut préserver la principale force du milieu de terrain qui vient de recevoir « l’Oscar » du meilleur joueur de D1 au mois de mars. Autre compensation, la FFF consent à faire jouer un autre match d’appui au stade Jean-Bouin de Nîmes, en l’occurrence Angers – Bastia, qui se terminera en bagarre générale.

La FFF impose une date de match qui arrange les Verts

Pour autant, un froid s’est installé entre les deux clubs. Nîmes a accepté de jouer le match aller à domicile et de ne pas porter son maillot traditionnel au retour, parce que l’ASSE n’a pas voulu se vêtir d’une tunique bleue que réclamait la télévision. Ce qui n’avait pas empêché le président Rocher d’avoir des mots peu aimables envers les Crocodiles. Pour couronner le tout, la Fédération impose un stade et une ville qui arrangent les Verts, mais pas les Rouges.

Ce sera le Parc des princes à Paris, et non le Vélodrome à Marseille, comme le souhaitaient les Gardois, en raison de la proximité géographique. Une équipe phocéenne, au passage, que les Nîmois avaient éliminé en 32e de finale dans un match spectaculaire disputé à Alès. Un épisode supplémentaire avec celui de ce 1er avril 1970 forgeant la légende de ce parcours rocambolesque du NO en Coupe de France lors de la saison 1969/1970.

Une photo parue dans le journal L'Equipe de 2 avril 1970 (collection privée Pierre Lafranchi)

Le 31 mars, la délégation nîmoise part en avion et s’installe dans le cadre royal du Pavillon Henri IV, à Saint-Germain-en-Laye. Là même où vécurent Henri IV et Louis XIII, et où Louis XIV vit le jour. L’entraîneur nîmois a décidé de reconduire l’équipe qui a perdu d’un but à Saint-Étienne. Quelques incertitudes demeurent néanmoins dans l'effectif de Firoud. Canetti a mal aux adducteurs, Scherer se plaint d’un genou et Bonnet a un ongle incarné. Mais les gaillards sont solides, serrent les dents et repartent au combat.

30 000 spectateurs pour 18 000 places

Ce 1er avril, les deux équipes se rencontrent pour la troisième fois en dix jours. Les organisateurs ont organisé cette rencontre à l’emporte-pièce en choisissant un stade en chantier (il ne sera inauguré que le 25 mai 1972). Il fait froid et il neige, ce qui n’arrange rien. Le public parisien privé de football de haut niveau depuis des années, se rue en masse pour assister à la rencontre.

Ils ne sont pas moins de 30 000 à tenter de rentrer, alors que seulement 18 000 tickets sont disponibles. Ce qui ne va pas sans poser des problèmes de sécurité. Le service d’ordre, composé de 150 hommes (300 à la fin du match), est très vite dépassé. Les spectateurs forcent l’entrée et enjambent les grilles. Tout ce qui est connu en terme de folie sportive à Paris est dépassé.

Le chantier du Parc de Princes (collection privée Loïc Douillet)

Des Parisiens montent sur les poutres, dans les grues et l’un d’entre eux fait une chute de 15 mètres en traversant la toiture d’une tribune. On assiste à un début d’émeute et à des bagarres. Vingt spectateurs sont hospitalisés. "Quand nous sommes arrivés sur place, il y avait tellement de monde que notre bus a été bloqué. Nous avons juste eu le temps d’aller aux vestiaires pour enfiler nos équipements et entrer sur la pelouse. Le problème, c’est que nous n’avons pas pu nous échauffer, au contraire des Stéphanois qui étaient arrivés avant nous", se souvient précisément le milieu de terrain nîmois Michel Mézy.

Un dessin paru dans le quotidien Paris-Presse du 4 avril 1970 (collection privée Norman Jardin)

Dans cet environnement, pas vraiment propice à la sérénité, les deux équipes se lancent dans cette manche décisive. "Des gens qui rentraient du travail, se sont  même retrouvés dans le stade parce qu’ils avaient été embarqués par la foule. Mais il faut noter qu'il n'y avait aucune agressivité de leur part. Tout le monde s'est bien tenu", se remémore Henri Augé, le capitaine Croco ce soir-là. Dans la masse quelques "Allez Nîmes !" retentissent.

Nîmes résiste mais cède en seconde période

Jean-Charles Canetti, le milieu de terrain des Crocodiles, n'a pas oublié l'ambiance de cette soirée enneigée : "C’était de la folie, l’atmosphère était très particulière. Le stade était bondé. Il fallait pousser les spectateurs pour effectuer les touches et les corners." Dès le début de la rencontre, les joueurs ont dû mal à tenir sur leurs jambes à cause du terrain gelé. La pelouse n’est pas non plus en état d’accueillir ce match. Les Nîmois sont les premiers à se mettre en évidence avec un tir de Scherer. La réponse stéphanoise vient de Larqué, dont la frappe est bien stoppée par Martinelli (10e).

L'effectif nîmois de la saison 1969-70, celle du renouveau (Fonds Collignon - Archives municipales de Nîmes)

Le match est équilibré mais les conditions de jeu ne permettent pas dans envolées techniques. Le point fort des Rouges c'est la vitesse. Mais c’est une arme que l’on ne peut pas utiliser sur la neige. Les Verts s’en accommodent mieux. Après la pause, la rencontre s’emballe : Jacquet ouvre le score de la tête, à la suite d’un centre de Keita (1-0, 49e). Pour tenter d’égaliser, Kader Firoud fait sortir Marcellin et entrer Diongue (53e).

Le Nîmois qui est remplacé prend sa douche dans les vestiaires mais il ne peut pas rejoindre ses coéquipiers sur le banc. Il y a bien trop de monde ! Les attaques et les contre-attaques se succèdent et c’est finalement Keita (68e) qui inscrit le second but d’une reprise de volée après un centre de Larqué. C'est la fin des espoirs gardois, les Verts réussiront le doublé coupe-championnat 1970.

Les Nîmois quittent la coupe de France avec les honneurs et sous les applaudissements du public parisien. Après des saisons de vaches maigres, le Nîmes Olympique refait parler de lui. Cette saison 1969-70 préfigure le retour des Crocodiles au premier plan pour encore quelques années. Mais les conditions dans lesquelles ils ont joué ce 1er avril 1970, resteront dans leurs mémoires.

Norman Jardin 

Découvrez quelques extraits vidéos de cette rencontre accompagnés du témoignage de Michel Drucker :

 
 

Fiche technique : 

1er avril 1970. Match d’appui des huitièmes de finale de la Coupe de France. Association Sportive de Saint-Étienne – Nîmes Olympique 2-0 (mi-temps : 0-0). Parc des princes. Spectateurs : 17 870 payants + d’innombrables resquilleurs. Arbitre M. Wurtz. Buts : Jacquet (49e) et Keita (68e).

Saint-Étienne : Carnus – Durkovic, Herbin, Bosquier, Polny – Jacquet, Broissart (Mitoraj, 76e) – Parizon, H. Revelli, Larqué, Keita. Entraîneur : Albert Batteux.

Nîmes : Martinelli – Garnier, Betton, Augé, Kabile – Canetti, Mezy – Marcellin (Diongue, 53e), Scherer, Dortomb, Bonnet. Entraîneur : Kader Firoud.

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