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SAINT-JUST-ET-VACQUIÈRES À la distillerie Bel Air, les plantes livrent leurs vertus

La distillerie Bel Air a organisé tout l'été des ateliers découverte (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

La distillerie Bel Air, à Saint-Just-et-Vacquières, près d’Alès, a proposé tout l’été des ateliers découverte pour montrer au public comment elle extrait ses huiles essentielles. Nous sommes allés au dernier de ces ateliers, l’occasion de découvrir un métier aussi technique que passionnant.

Effectivement, en cette soirée d’été, il souffle une petite brise sur la distillerie, installée depuis 2010 sur la colline Bel-Air, qui porte bien son nom. Fondée par le couple Crouzier, elle a été reprise en 2017 par trois distillateurs, dont Pierre Boccon-Gibod, ancien ingénieur biochimiste. L’équipe en possède aussi une dans l’Aude, à Castelanudary, histoire de varier les climats, et les plantes.

Ici, au pied des Cévennes, ils distillent une vingtaine de plantes aromatiques, comme différentes variétés de lavandes ou de lavandin, du thym, « dont le rarissime thym citron », précise Pierre Boccon-Gibod, du laurier ou encore des résineux comme les pins ou l’eucalyptus. Elle distille également de l’hélichryse, la fameuse « immortelle », au nombreuses vertus.

La moissonneuse-lieuse de la distillerie Bel Air, qui date des années 1960 et qui est encore utilisée aujourd'hui (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

En tout, la distillerie produit trois tonnes d’huiles essentielles chaque année, vendues à la fois à des fabricants de cosmétiques et/ou de savons, mais aussi aux particuliers, dans de plus petites quantités, cela va de soi. Une gamme locale, entièrement bio, plutôt large. « Nous ciblons la qualité et la valorisation du patrimoine local, souligne Pierre Boccon-Gibod. La diversité des huiles essentielles, c’est la diversité des vertus. » À cette gamme, Bel Air rajoute quelques références plus lointaines, issues des distilleries étrangères pour lesquelles Pierre Boccon-Gibod fait de l’accompagnement technique une partie de l’année.

Une gamme que la distillerie n’a pas vraiment de difficultés à écouler, loin de là : « nous sommes à 10 % de la capacité de la distillerie, on en a sous le pied ! », affirme le distillateur. En d’autres termes, les matières premières manquent : la distillerie cultive en propre une partie de ses plantes, et accompagne des agriculteurs de A à Z pour qu’ils se lancent dans la production. « Nous avons un gros programme de plantation de 360 hectares sur trois ans, poursuit-il. Nous avons mis en place une équipe dédiée, en partenariat avec la Chambre d’agriculture et le CIVAM bio. » La distillerie cherche encore une partie de ses futurs partenaires, du reste.

Car le secteur a de l’avenir : les huiles essentielles et leurs vertus multiples (« la lavande aide à dormir, à aseptiser les plaies et à lutter contre les moustiques », cite le distillateur en guise d’exemple) réussissent à convaincre. « Il ne faut pas oublier que les plantes aromatiques sont à la base de la pharmacopée moderne », rappelle Pierre Boccon-Gibod, qui ajoute que les huiles essentielles comptent entre 600 et 800 molécules différentes, soit infiniment plus que les produits de synthèse.

Côté agriculture, « il s’agit de plantes qui ne nécessitent pas d’irrigation, comme la lavande, le thym et le romarin », souligne-t-il. Sans compter que ces plantes peuvent aussi en soigner d’autres : « l’hydrolat (l’eau issue de la distillation, ndlr) d’origan est un très bon bactéricide, et est efficace contre le mildiou (un parasite de la vigne, ndlr) », avance le distillateur. Il s’agit là de nouveaux marchés potentiels.

« Une distillerie, c’est facile à faire, mais difficile à réussir »

Bref, le secteur a le vent en poupe, mais demande de nombreux efforts et un savoir-faire plutôt technique. « Une distillerie, c’est facile à faire, mais difficile à réussir », répète le distillateur. Ici, ses prédécesseurs ont mis un an à trouver la bonne carburation. La distillation se fait par ballots de 400 kilos de plantes, desquels sont extraits environ dix litres d’huiles essentielles. Et encore, le rendement dépend des plantes : les moins généreuses, comme l’Hélichryse, ne donnent que 750 millilitres, soit l’équivalent d’une bouteille de vin, pour la même quantité de plantes.

Les plantes sont distillées lorsqu’elles sont pré-fanées, pour en tirer le maximum d’huiles. La distillation dure une heure pour la lavande, plusieurs heures pour d’autres essences. L’alambic est composé d’une chaudière, d’un vase de distillation et d’un système de refroidissement par serpentins. C’est la vapeur qui vient récupérer les huiles dans le vase, des huiles qui sont séparées de l’eau en contrebas, dans l’essencier.

À l'issue de la distillation, un ballot de paille est extrait du vase (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Une fois la distillation terminée, on se retrouve avec un ballot de paille de 400 kilos. Cette matière est utilisée pour l’isolation en éco-construction, en litière voire en complément alimentaire pour certains animaux, en arboriculture pour isoler les sols avec un effet insctifuge, notamment contre la mouche de l’olivier, ou encore en buttes de culture pour la permaculture. Ici aussi, comme le disait Lavoisier, « rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme. »

Plus d’informations sur le site de la distillerie.

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

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Thierry Allard

32 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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