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NÎMES Quand la Fountain (re)devenait un urinoir à Carré d’Art

La Fountain de Marcel Duchamps à Carré d'Art (Photo Archives Hervé Collignon Archives Municipales de Nîmes)IMG_20200821_0005
Le Carré d'Art (Photo Anthony Maurin).

Retour sur l'année 1993, le 25 août plus exactement. Carré d'Art accueille une grande exposition comprenant une pièce spéciale du décrié Marcel Duchamp... Et là, c'est le drame.

Si vous ne connaissez pas l'anecdote, elle vaut le détour. Après le braquage des bijoux de Braque au Musée des Beaux Arts, l'oeuvre la plus controversée de l'art du XXè siècle, Fountain de Marcel Duchamp, allait encore faire parler d'elle et mettre Nîmes et son musée flambant neuf à la Une des journaux.

Petit rappel. Marcel Duchamp (1887-1968), artiste plasticien connu à l'international, n'est plus de ce monde quand l'exposition du musée Pompidou à Paris arrive à Nîmes. Cependant, avec Fountain (ou fontaine en bon français), Marcel Duchamp a frappé fort.

La Fountain de Marcel Duchamps à Carré d'Art (Photo Archives Hervé Collignon Archives Municipales de Nîmes)IMG_20200821_0005

Membre et président de la société des artistes indépendants de New York en 1917 quand l'oeuvre est créée, il veut aller plus loin encore. C'est d'ailleurs une amie à lui, Richard Mutt (pseudonyme d'une auteure), qui en avait la première eu l'idée pour une exposition à New York où elle avait été refusée par la société des artistes indépendants de New York. Duchamps démissionne et va l'exposer mais cette fontaine originale disparaîtra pour ne plus jamais réapparaître...

Cet urinoir industriel que Duchamp avait alors détourné de ses fonctions pour en faire une oeuvre d'art fut pivoté d'un quart de tour de façon que la face, usuellement verticale, soit posée à l'horizontale. Et voilà, vous avez Fountain.

(Photo Archives Hervé Collignon Archives Municipales de Nîmes).

L'exposition nîmoise. Carré d'Art est, en plus d'être une bibliothèque, un musée d'art contemporain et c'est là qu'on voit tout le sens de la chose... Cette grande exposition nommée L'objet dans l'art au XXè siècle, sent le souffre mais tout le gratin est là. Tout le gratin et un certain Pierre Pinoncelli mais nous y reviendrons.

L'urinoir exposé à Nîmes et qui venait de l'exposition du Centre Pompidou à Paris était une réplique validée par Duchamp. En effet, on ne connaît que quatre photos de l'oeuvre originales. En faïence blanche recouverte de glaçure céramique et de peinture, il avait annoté à la peinture noire sur cette reproduction " R. Mutt 1917 " en hommage à Richard Mutt.

Art d'un plombier, objet vulgaire ou immoral, rappel d'un bouddha accroupi dans sa salle de bain, l'oeuvre ne laisse personne indifférent. Une chose est sûre, Fountain fait parler d'elle.

(Photo Archives Hervé Collignon Archives Municipales de Nîmes).

En ce 25 août 1993 dans la cité des Antonin, Pierre Pinoncelli va faire ce qu'il sait faire de mieux, parler de lui. Il s'approche de l'oeuvre, déboutonne sa braguette et se met, tranquillou, à uriner dans la belle fontaine. Une fois son affaire finie et après avoir pris soin d'être remarqué, il donne sur l'urinoir un sacré coup de marteau. Pour cela, deux jours après les faits et devant le juge, il sera condamné à un mois de prison avec sursis et 286 000 francs (dont 16 336 francs pour la restauration de l'oeuvre) d'amende. Pourtant il aura bien défendu son bifteck en disant au juge qu'il avait  voulu rendre à l'urinoir de Duchamp et à sa fonction initiale d'objet industriel en s'y soulageant !

Loin d'être satisfait par son happening, Pierre Pinoncelli s'en prendra, en 2006, à cette même et pauvre Fountain. Tout au marteau ! Il y a encore une suite, plus délicate... En 2013, Pierre Pinoncelli enterre la hache de guerre et participe à la diffusion d'un film sur Fontaine de Marcel Duchamp ainsi qu'à la présentation d'un urinoir de sa propre série !

(Photo Archives Hervé Collignon Archives Municipales de Nîmes).

Bon, le gars est un peu allumé... Rappelez-vous, c'est aussi lui qui, en 2002 et en hommage à Ingrid Betancourt, s'est tranché une phalange du petit doigt pour demander aux FARC de libérer l'otage franco-colombienne.

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 37 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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