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FAIT DU SOIR Un livre pour se réparer et débattre de l’accompagnement sexuel

Pascale Causier a voulu reconnecter son intellect et son corps après avoir subi deux viols à 12 et 17 ans.

La Bagnolaise Pascale Causier a publié son livre "J'ai suivi un accompagnement sexuel" le 16 septembre aux éditions Dunod. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Faire appel à un accompagnant sexuel pour reconnecter son corps et son esprit. C'est l'expérience à laquelle s'est livrée la Bagnolaise Pascale Causier qui a subi deux viols à 12 et 17 ans. Elle raconte tout dans un livre, sorti le 16 septembre, comme une étape à part entière de la thérapie. Avec ses écrits, elle espère aussi élargir le débat sur l'accompagnement sexuel en France, qui reste un sujet très délicat.

Qu'est-ce que risque Pascale Causier en publiant son livre ? Peut-être une amende de 1 500 € d'amende, comme les clients de prostitué(e)s. En France, l'accompagnement sexuel n'est pas reconnu et rentre dans le cadre légal de la prostitution. Rappelez-vous, une secrétaire d'État avait remis le sujet sur la table en février dernier mais seulement au bénéfice des personnes handicapées.

Le Comité consultatif national d'éthique avait finalement émis un avis défavorable sur la question alors qu'aux Pays-Bas, par exemple, c'est considéré comme un soin et remboursé par la Sécurité sociale. Pascale Causier espère que ce livre pourra relancer le débat d'un accompagnement sexuel pour toute personne qui en ressentirait le besoin, celles qui sont handicapées bien sûr mais aussi au-delà.

Elle-même n'aurait pensé y avoir recours mais la vie a mis sur sa route Alex, le 30 juin 2018, lors d'une conférence à Bagnols. Lui voulait tester son programme avant de se lancer dans la profession, elle tenter de dépasser ses blocages. Après un premier massage, elle s'est sentie à l'aise et a décidé de se lancer dans ce suivi.

Le viol est "une marque indélébile mais non visible"

Une décision intervenue après un long processus. Quelques années auparavant, Pascale Causier s'est faite insulter et menacer assez violemment. Cet événement malheureux va réveiller des souvenirs bien enfouis et déclencher un choc post-traumatique. Celui lié à son viol alors qu'elle avait 12 ans et vivait en région parisienne. Et aussi à celui qu'elle a subi à 17 ans par une femme.

On est alors en pleine affaire Weinstein quand une cousine lui demande ce qu'elle a vécu. Elle se confie et met de côté l'image de "vicieuse" affublée par sa grand-mère quand, adolescente, elle faisait de nombreuses crises de tétanie. Tout ce contexte fait resurgir quelque chose en elle : "Je savais que c'était là, mais je ne trouvais pas la porte." Dans son livre, elle décrit le viol comme "une marque indélébile mais non visible. C'est une amputation."

Et cette blessure va rester ouverte. De la jeune fille timide, à l'éducation catholique, mordue de lecture qu'elle était à la maman de deux enfants, divorcée, installée dans le Gard depuis 29 ans, qu'elle est devenue. Elle s'est rendue il y a plusieurs années à la gendarmerie de Pont-Saint-Esprit mais elle ne pourra pas engager de poursuite, les faits étant trop anciens.

Elle s'est tournée également vers une association d'aide aux victimes. Au contact des psychologues, elle apprend à comprendre "ses réactions, à mettre des mots [...] mais pas de retrouver une connexion avec mon corps de façon légitime, oralisée, ni d'avoir une sexualité épanouie, débarrassée des entraves crées par les agressions".

C'est après son accompagnement sexuel de neuf mois avec Alex qu'elle y parvient. Dès le début de la "thérapie", Pascale Causier avait l'idée d'écrire un livre. Comme une étape fondamentale vers la guérison. Elle a accumulé pas moins de 700 pages de notes et plusieurs heures d'enregistrement pendant son accompagnement. Tous ces éléments, elle les a relatés après chaque rencontre avec Alex.

Ce qui donnera son ouvrage de 224 pages, où elle se met à nu et relate chronologiquement son expérience. "Je voulais être transparente, pas vendre du rêve", affirme l'auteure. On est presque décontenancé face à cette immersion dans l'intimité la plus profonde. Souvent sulfureuse. Chaque page lève un tabou. On découvre une femme, au chômage à ce moment-là, la cinquantaine, qui paye pour avoir une sexualité avec un homme.

Un corps qui reprend vie

"Pas exhibitionniste pour un sou" pourtant, Pascale Causier parle des deux viols qu'elle a subis, des pratiques sexuelles, des massages tantriques expérimentés avec Alex... Mais surtout de ce qu'elle ressent. De son corps qui semble reprendre vie. De son corps qui a envie de donner et de recevoir: "Qu'est-ce que j'ai pu verser comme salves de larmes... On dit que la peau est le siège de nos mémoires."

L'auteure sait que cette expérience n'est pas parfaite. Elle la perçoit plutôt comme une co-expérimentation dont elle s'est rendue cobaye et qu'on pourrait petit à petit ajuster. Comme de la matière au débat sur l'accompagnement sexuel en France. Parce qu'elle le rappelle "la sexualité est quelque chose de magnifique" auquel tout le monde a droit. Et si l'accompagnement sexuel doit exister légalement "il lui faut un cadre, les bonnes intentions ne suffisent pas", assure Pascale Causier. Elle a même envoyé un exemplaire de son livre à la Première dame, Brigitte Macron. "Mais je n'ai pas eu de retour pour l'instant", dit-elle en riant. Plusieurs producteurs de cinéma seraient intéressés pour adapter son livre en film.

Presqu'un an après, Pascale Causier est devenue "plus complète", dit "non avec plus de facilité", et se réjouit d'une "sexualité, non plus atrophiée, mais légitime". La Bagnolaise travaille depuis une vingtaine d'années dans l'insertion professionnelle mais s'est formée pour ouvrir son cabinet de psycho-praticienne à Orange et proposer une méthode de mouvements oculaires pour soulager les souffrances des patients victimes de traumatismes ou troubles anxieux. "Il y a trois façons de réagir à un trauma : soit on se fige, soit on part en courant, soit on se bat. Et on ne choisit pas comment on réagit", relate Pascale Causier, qui veut l'expliquer aux personnes pour les "déculpabiliser" et mieux "les traiter". Et ainsi avancer...

Marie Meunier

"J'ai suivi un accompagnement sexuel et cela devrait être un droit pour tous", de Pascale Causier, éditions Dunod, 224 pages, 17,90 €. 

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