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LE 7H50 d’Henry Brin : « Comprendre les mesures appliquées afin d’éviter toute injustice »

Les artisans et les commerçants gardois souffrent...

En 2017, Henri Brin a été fait chevalier de la Légion d'Honneur (Photo Archives CMA 30).

Henri Brin, président de la Chambre des Métiers et de l'Artisanat du Gard évoque les mesures présidentielles annoncées mercredi soir. Confinement et fermeture des magasins, les sujets sont lourds pour les petits commerces locaux.

Objectif Gard : Comment allez-vous ?

Henry Brin : J'ai trouvé le remède contre la Covid-19 ! À chaque fois que le Président parle, ça me donne une pêche... Non je plaisante mais c'est très difficile actuellement, c'est usant, fatiguant. Je travaille un peu moins et j'essaie de me concentrer sur les dossiers importants de la Chambre des Métiers.

Comment jugez-vous les annonces du Président de la République ?

J'ai du mal à comprendre la notion d'activité essentielle. Cette maladie est un fléau et nous pouvons tous comprendre qu'il faut faire quelque chose pour l'enrayer. Cependant, je remarque que nous faisons les mêmes erreurs qu'en début d'année. On ne prépare rien, on nous annonce tout à la dernière minute et sans concertation. Il n'y a pas besoin de rajouter du stress et de l'injustice à la situation actuelle. Il faut vraiment gérer cette angoisse. Comment les fleuristes ou les libraires en centre-ville peuvent comprendre qu'ils doivent fermer alors que les grandes surfaces peuvent vendre des fleurs et des livres ? On les pénalise mais ils ne savent pas pourquoi alors qu'il y a moins de risques encourus si vous allez dans un petit magasin plutôt que dans un grand...

Et les métiers de bouche ?

Considérons qu'il existe deux familles dans les métiers de bouche. On a ceux qui s'adaptent et qui se sont lancés dans la proposition de nouveaux services, des livraisons à domicile, le numérique... Il y a de vrais exemples qui fonctionnent très bien et je leur tire mon chapeau ! Mais il y a aussi les restaurants et les traiteurs, eux, ils faut les aider encore plus pour mettre en place de nouvelles choses. Nous les appellerons dès lundi. Nous ne voulons pas de subventions, on veut juste travailler.

"Perdre 30 % des fleuristes et 50 % des restaurateurs"

Mais ils ne peuvent pas travailler "normalement" depuis bien longtemps n'est-ce pas ?

Oui, on a tendance à oublier le fil de l'histoire... Cela fait deux ans qu'il y a les gilets jaunes et les conflits liés à la retraite. Tout cela a déjà impacté fortement l'économie de ces entreprises et elles sont aujourd'hui aux abois. Nous sommes sur une poudrière. Faisons attention à tout, nous sommes comme une cocote-minute. Je sens qu'il y a de l'exacerbation, je sens la colère et la misère monter. Les suicides et les violences ne seront pas les solutions mais nous n'avons pas toutes les billes pour rassurer ces gens. Je ne veux pas y croire mais nous devons nous préparer à perdre 30 % des fleuristes et 50 % des restaurateurs.

Comment vont-ils ?

Ils sont angoissés car chez nous il y a toujours une question d'humain. Nous ne sommes pas des grands groupes, nous ne licencions qu'en dernier recours, nous allons jusqu'au bout de l'emploi donc la faillite est plus rapide chez nous qu'ailleurs. Si à cela vous ajoutez, comme c'est le cas maintenant, une distorsion de la concurrence, cela n'arrange rien.

Comment comptez-vous les aider ?

Nous allons passer beaucoup de coups de téléphone car nous devons être à leur écoute, sentir leur ressenti. Un certain nombre d'entre eux n'ont ou n'auront même pas envie de reprendre leur activité après ce mois car ils n'en auront pas la force. Accompagnons-les vers autre chose, mettons en place des repreneurs. Nous faisons des métiers de passion et l'épuisement mental est usant. Il y a la situation actuelle mais il y aura un après, nous devons rester positifs, responsables et apporter une visibilité car nous n'avons pas de certitude et le vaccin n'est pas encore là.

"Avoir l'envie d'avoir envie"

C'est à nouveau le moment d'innover ?

C'est le moment de se lancer mais nous n'avons pas attendu le Président de la République pour le faire. Les artisans doivent être proactifs. Je suis heureux de savoir qu'un coutelier vend ses réalisations aux USA, c'est une solution. Depuis le Moyen-Âge, l'artisanat français compte un million d'individus. Nous savons nous adapter, nous avons des pépites qui savent être souples et responsables. En pensant à l'après on va réussir.

Comment gérer la situation actuelle ? À quoi ressemblera l'après ?

Il faut bien avoir en tête que nous n'attendons jamais après les autres pour vivre. C'est une normalité ! Ce jeudi soir nous allons à Monoblet pour voir une entreprise qui s'est lancée dans la culture du ver à soie... Certains pensent que c'est fou mais LVMH y croit alors pourquoi pas ? Les banques ont été difficiles à convaincre mais avec Arnaud Montebourg et la pression qu'il a exercé sur elles tout s'est arrangé. Il n'y a pas de fatalité, nous sommes des empêcheurs de tourner en rond ! Comment croyez-vous que Michel Kayser (NDLR le chef du restaurant Alexandre) a deux étoiles ? Il ose, il se bat. Nous sommes des leaders d'opinion, nous devons avoir l'envie d'avoir envie. C'est ça mon vaccin ! Mais il faut vraiment que nos artisans puissent comprendre les mesures appliquées afin d'éviter toute injustice.

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Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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