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ALÈS Étienne Kretzschmar, l’ange gardien de Rochebelle

Créateur de la cantine solidaire, Etienne Kretzschmar assure aussi le rôle de trésorier de la structure qui mise en partie sur la générosité. Le matin de notre venue, un chèque d'un montant de 100 euros venait de lui être remis par un habitant du quartier. (Photo Corentin Migoule)

Depuis 2013, cet ancien fonctionnaire retraité du ministère de la Jeunesse et des sports est devenu une figure emblématique du monde associatif local en créant la cantine solidaire.

Implantée dans le quartier populaire de Rochebelle à Alès, la structure, gérée par le collectif Animateurs 30, s’est elle aussi adaptée aux règles sanitaires imposées à tous les restaurants en plein confinement, pour répondre à une demande de plus en plus pressante.

Au numéro 16 de la rue du Faubourg de Rochebelle à Alès, il n’est pas encore midi ce mardi lorsque les silhouettes se massent à l’entrée de la cantine solidaire. Au cours d’un ballet organisé qui va durer un peu plus d’une heure, près de soixante repas auront été une nouvelle fois délivrés aux plus démunis. Assis derrière une table qui fait face à l’entrée du restaurant associatif, son créateur, Étienne Kretzschmar, alterne entre sourire communicatif, commentaire bienveillant adressé aux visiteurs et tenue du registre dans lequel il inscrit le nombre de repas distribués.

Depuis le 2 novembre dernier, ce restaurant pas comme les autres est astreint aux mêmes contraintes sanitaires que les autres. Si elle a donc dû mettre entre parenthèses sa formule habituelle en fermant ses portes, la cantine solidaire de Rochebelle a renoué avec une autre méthode, rodée à l'occasion de la première mise sous cloche du pays au printemps dernier.

« Lors du premier confinement, on a fermé immédiatement bien entendu, mais la sous-préfecture nous a rapidement autorisé à mettre en place un système de distribution de repas à emporter, détaille le créateur de l’établissement. Ça a très bien marché puisqu’on a distribué 4 600 repas, totalement gratuits. Quand fin octobre le confinement a été reconduit, on n’a pas hésité une seconde. On s’est réunis et on a relancé le drive car on savait déjà faire. »

Une partie de l'équipe de la cantine solidaire mobilisée en cuisine et au service drive ce mardi 17 novembre. (Photo Corentin Migoule)Si la mise en œuvre et l’équipe, composée de deux salariés à temps plein bénéficiant d’un contrat aidé ainsi que d’une dizaine de bénévoles, n’ont pas changé, le collectif Animateurs 30 qui gère la structure a procédé à un ajustement : « La seule chose qui a changé, c’est la fin de la gratuité absolue », semble presque regretter le septuagénaire, retraité de la fonction publique.

Une participation symbolique fixée à un euro a en effet été établie, mais « chacun fait comme il veut, et surtout comme il peut », résume Étienne Kretzschmar. Ainsi, il n’est pas rare de voir un bénéficiaire filer repas sous le bras sans avoir déboursé le moindre euro : « Certains n’ont pas les moyens de donner cet argent-là. D’autres ménages donnent plus d’un euro (*). Mais tout le monde est le bienvenu. On n’a jamais demandé de justificatif à personne. On ne va pas commencer à trier. »

Ouverture tous les midis, du lundi au vendredi

Ce sont donc plus de 400 repas qui ont été distribués depuis le début du mois de novembre à chaque pause méridienne par cette structure fermée le samedi et le dimanche. « Le vendredi, on essaie de donner un peu plus pour que les familles en profitent le week-end, expose l’ange gardien de tout un quartier. Et lorsqu’une personne arrive en fin de service et qu’on n’a plus de barquettes, on se débrouille pour faire des frites ou une omelette afin que personne ne parte les mains vides. »

« On ne va pas faire la soupe du pauvre. On va faire Noël avant l’heure ! La semaine prochaine, ça sera daube de sanglier le mardi et couscous le mercredi », lance d'un ton enjoué le maître des lieux à Majid, un habitué du restaurant solidaire. Et si l’essentiel des bénéficiaires est constitué de familles originaires des Balkans ou d’Europe de l’Est, Étienne Kretzschmar a aussi vu arriver une nouvelle clientèle : « Avec la pandémie, les gens déjà précarisés sont encore plus précaires. La proportion de gens démunis est de plus en plus importante. Y compris parmi les habitants du quartier qui avaient un travail. »

Quelques minutes avant la fermeture ce mardi-là, Didier (**), un quadragénaire tenant par la main son fils, venait de récupérer quatre barquettes de lasagne, accompagnées de tranches de pain, de pommes et de petites bouteilles d’eau : « C’est parfois notre seul repas de la journée. C’est formidable de pouvoir compter sur ce service. » Au même moment, les cuisiniers du jour, bientôt rejoint par le gérant de l’association, partageaient un verre de rosé en coulisses. « Par les temps qui courent, il faut bien boire un petit coup », ironisait Étienne Kretzschmar qui, en plus d’avoir rempli le ventre de nombreux Rochebellois, leur a arraché des sourires à peine dissimulés par les masques.

Corentin Migoule

* "La péréquation entre ceux qui paient plus et ceux qui ne paient pas fonctionnant de moins en moins bien, la cantine solidaire est prête à accepter des dons, de quelque nature qu’ils soient", précise le gérant de la structure. Si vous voulez aider la cantine solidaire d'Alès, contactez le 06.21.24.14.18.

* * Prénom d'emprunt choisi par l'interviewé qui a souhaité rester anonyme

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