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FAIT DU JOUR Reconfinement : ces commerçants et artisans gardois qui se mettent à nu

Plusieurs commerçants et artisans gardois ont participé à l'opération nationale #artisanapoil, #commercantapoil.

Partout en France, commerçants et artisans posent nus devant l'objectif pour attirer l'attention de l'opinion publique sur les conséquences des décisions du Gouvernement dans le cadre de la crise sanitaire. Un buzz sur la toile auquel certains Gardois se sont raccrochés.

Une mise au point est désormais indispensable pour ces commerçants et artisans. Ils dénoncent un flou artistique autour de la gestion de la crise sanitaire par le Gouvernement. Leur activité au ralenti ou carrément à l'arrêt, ils craignent pour l'avenir de leur entreprise, des commerces de proximité plus largement. "On est en train de nous mettre à poil au sens propre comme au figuré", lance Valérie Bénier, gérante de la boutique Mon Horloger et membre de l'association commerçante Coeur de Nîmes.

La commerçante nîmoise se dit jusque-là chanceuse : "Il ne faudrait pas que ça dure des mois mais pour le moment j'ai assez de trésorerie pour tenir." Alors quand elle lâche "on est en train de nous mettre à poil", elle pense à l'ensemble des gérants des commerces de proximité, ceux que le Gouvernement a décidé de classer dans la case "non-essentiels", un terme qu'elle juge "maladroit".

Valérie Bénier, gérante de la boutique Mon Horloger à Nîmes (Photo : Priscillia Artus)

Valérie Bénier a donc décidé de poser nue devant sa boutique, rideau baissé et de poster cette photo sur les réseaux sociaux. Si le fond de cette action - lancée au niveau national d'abord par des photographes puis repris par des professionnels de divers corps de métiers - ne prête pas à sourire, la forme était plutôt amusante, la Nîmoise l'avoue.

"D'un "chiche" on le fait", lancé à son apprentie, Priscillia Artus, et pensant que "personne ne verrait la photo", elle s'est retrouvée dépassée par l'événement, son téléphone portable ne cessant de sonner, à chaque fois une notification à la clé. Si elle comptait passer inaperçue, c'est raté. Mais au moins le message a fait son petit bonhomme de chemin et il s'adresse aux clients. "Le pouvoir, c'est nous qui l'avons en tant que consommateurs. Il y a un intérêt majeur à repenser notre manière de consommer. L'acte d'achat doit être un vrai choix. Une rencontre avec son commerçant, pas un simple clic", explique-t-elle, le "clic" en question faisant bien sûr référence à Amazon.

Sabrina Maux (Authentique Déco) et Barbara Veysseyre (L'instant fleurs) partagent la même boutique à Vauvert. (Photo : DR/)

Barbara Veysseyre et Sabrina Maux, deux commerçantes installées à Vauvert, partagent le même local et le même "ras-le-bol". La première est fleuriste (L'instant fleurs), la seconde décoratrice événementielle (Authentique Déco). Toutes deux ont aussi décidé d'enlever le haut pour attirer l'attention sur les bas qui plombent leur profession respective. Sabrina est encore une fois à l'arrêt complet. Les mariages, la part la plus importante de son activité, sont autorisés mais en petit comité - six personnes maximum - à la mairie et dans les lieux de culte et les fêtes qui suivent traditionnellement les cérémonies sont quant à elles interdites.

"Dans ces conditions, il y a très peu de mariages. Et je n'ai pas droit aux aides de l'État parce qu'on considère que je peux poursuivre mon activité !", s'exaspère la décoratrice. Quant à savoir ce qu'elle attend du discours d'Emmanuel Macron prévu ce mardi 24 novembre à 20h, Sabrina Maux n'y va pas par quatre chemins : "On espère la réouverture et d'accueillir à nouveau des clients dans nos commerces." En attendant, les deux commerçantes ont créé un site Internet dédié à la partie florale via lequel les clients peuvent passer commande avec options livraison ou retrait en boutique.

Ollivier Menanteau, chef et gérant du restaurant Le Père Casse Croûte à Vauvert, et Benjamin Panis, moniteur d'auto-école à Bessèges et délégué départemental de l'Union nationale des indépendants de la conduite.

Mi-commerçant, mi-libéral, "ça dépend des papiers administratifs que l'on remplit", s'exclame Benjamin Panis, il a également pris la pose pour la bonne cause, "celle des oubliés". "Nous sommes toujours laissés pour compte. Personne ne se soucie de notre profession." Le moniteur d'auto-école à Bessèges et délégué départemental de l'Union nationale des indépendants de la conduite (UNIC) a fermé boutique au début du mois de novembre, empêché de poursuivre les cours de conduite.

Benjamin Panis refuse aussi d'envoyer ses élèves à l'examen du permis, ce qui est à ce jour autorisé par le Gouvernement. Et c'est bien ce paradoxe qu'il pointe du doigt. Plusieurs courriers signés par les représentants du Conseil national des professions de l'automobile (CNPA), de l'Union nationale intersyndicale des enseignants de la conduite (UNIDEC) et de l'UNIC ont été adressés au Gouvernement pour que "les conditions dans lesquelles seront préparés ces examens pendant toute la durée du confinement soient clarifiées le plus rapidement possible." Pour l'heure, aucune réponse ne leur est parvenue.

Un calendrier à venir ?

Et pourquoi pas un calendrier ? Ollivier Menanteau, chef et gérant du restaurant "Le Père casse-croûte" à Vauvert lance l'idée. "Sept ou huit commerçants se sont pris en photo, d'autres devraient le faire aussi. Si on est assez, on pourra faire un calendrier qui pourrait nous rapporter de quoi faire une fête quand nous serons libres. Je pense qu'à ce moment-là, nous aurons bien besoin de moments festifs, de convivialité."

Ollivier a été le premier commerçant vauverdois à poster sa photo sur les réseaux sociaux. Un cliché spontané pris à la sortie de la douche, une casserole sur sa tête, une autre placée au niveau du bas-ventre. "Je trouvais que c'était rigolo. Je voulais par ce geste de solidarité donner de la joie, du bonheur aux gens. Provoquer des rires. Nous sommes tous pareils, tous des humains." Et l'humain, pour le chef, c'est important "bien plus que l'argent." D'ailleurs, depuis le confinement, il ne regarde plus les comptes, laissant son épouse s'en charger. "C'est trop anxiogène. Je préfère me concentrer sur mon métier, ma cuisine. Mon rôle à moi, c'est de régaler les gens", ajoute-t-il. Une mission qu'il poursuit en proposant aux clients une formule de plats à emporter du mercredi midi au samedi midi.

L'homme aime l'humain à tel point qu'il n'hésite pas à s'associer avec "des collaborateurs-concurrents", en l'espèce Louis et Raphaël de la "Ferme de l'Ausselon", pour proposer ponctuellement des plats en commun. "La concurrence n'est jamais malsaine. Travailler ensemble, c'est porteur pour nous, pour la ville. Et puis, dans ces moments-là, il faut savoir se serrer les coudes. Ils essaient de refermer le couvercle sur nous, de nous étouffer, mais si nous restons unis, ils n'y arriveront pas."

Stéphanie Marin 

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