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À TABLE Avec Joëlle Gras, la sous-préfète du Vigan

Photo : Romain Cura
La sous-préfète Joëlle Gras (Photo : Romain Cura)

Rien de mieux que de se retrouver autour d’un bon repas pour discuter à bâtons rompus.
Le principe de cette rubrique est des plus simples : une personnalité gardoise choisit un restaurant qui lui tient à cœur et on discute de tout et de rien... C'est au tour de Joëlle Gras, sous-préfète du Vigan, de se mettre à table avec Objectif Gard. Entretien réalisé début octobre dans le cadre du numéro deux du magazine Objectif Gard. 

"Du poisson mais je ne suis pas contre une bonne côte de bœuf." La sous-préfète, Joëlle Gras, n’est pas encore assise qu’elle a déjà son menu à la ''Table du 2'' à Nîmes, tout en haut du Musée de la romanité, où elle a accepté de déjeuner avec notre rédaction en ce lundi midi. "J’aime cuisiner. J’aime les bons repas même si je ne suis pas très fan des plats en sauce." Il faut dire que les courbes de la sous-préfète trahissent les habitudes de cette pétillante quadra qui fait attention à sa ligne. En parlant de ligne, Joëlle Gras n’hésite pas à avouer son plaisir pour la pêche. "En Corse, souvent on partait en début de matinée pour pêcher le poisson que l’on cuisinait quelques heures plus tard. Des moments authentiques qui me manquent parfois."

La Corse, si loin, dans les années 2000, dans la ville de Cargèse, connue médiatiquement pour son "berger", Yvan Colonna, où elle a été en poste durant quatre ans. Un endroit où la fille de Joëlle Gras est née. "J’en garde de formidable souvenirs et des amis." Des bons petits plats corses aussi. Aujourd’hui, sur le continent, Joëlle Gras aime cuisiner pour sa famille. "Surtout des gâteaux au chocolat, des crumbles ou encore des macarons. Mais je suis très lente. Il me faut six heures minimum pour les macarons, alors c’est rare. Sinon, je cuisine au Thermomix qui est parfait pour faire des petits plats rapides. Mais j’avoue que le risotto au Thermomix ne vaudra jamais un risotto traditionnel."

"J’aime tout du Japon"

En revanche, une recette que la sous-préfète réussit à tous les coups, ce sont les sushis. "En réalité, j’aime tout du Japon : la cuisine, l’état d’esprit, la politesse des habitants, la culture, etc. Il y a un poids des traditions mêlés à la modernité. Et leur précision... Un peu comme les sushis où je m’attache à une parfaite harmonie. C’est cette sophistication qui me plaît beaucoup. Après mon dernier voyage en 2017, j’en suis tombée amoureuse. Et il faut le dire, ce sont des travailleurs. La notion de travail compte beaucoup pour moi. Je n’aime pas l’oisiveté."

Même si elle s’efforce de trouver des moments de repos aux côtés de ses deux filles, adolescentes, qui parviennent quelques fois à la convaincre de se poser pour regarder une bonne série Netflix ou un film à l’eau de rose. ''The Leftovers'' ou ''Outlander'', j’ai beaucoup aimé. Bon, en même temps, je suis une romantique. Alors j'apprécie tous les films comme ''Love Actually''. J’ai dû le voir vingt fois au moins." Mais la maman active préfère amplement faire des randonnées, aller voir des expositions, notamment de Picasso qu’elle adore, ou faire du shopping. "J’aime les belles matières, la mode. J’aime beaucoup les affiches contemporaines, trouver des meubles modernes pour mettre ici et là des touches de modernité dans les appartements de la sous-préfecture qui regorge de mobiliers anciens."

"Rien n’a été facile mais j’y suis arrivée"

Sûre d’elle, elle a quitté très tôt le cocon familial - "Je me suis assumée à 18 ans" - et n’a pas perdu de temps dans la vie. Après deux années en tant que directrice-adjointe aux Finances de l’Agglo- mération de Montpellier, c’est un véritable coup de cœur pour une maison familiale appartenant à son ex-mari qui l’a convaincue de passer le Vidourle, direction Saint-Théodorit. La représentante de l’État a rapidement retrouvé une activité. D’abord comme directrice générale des services à la mairie d’Anduze avant de rejoindre le syndicat des eaux de Domessargues. Attachée territoriale pendant des années, elle décide de passer tous les concours de la fonction publique pour gravir les échelons. "J’appelle cela l’escalier républicain. Rien n’a été facile mais j’y suis arrivée. J’ai passé le concours de l’INET (Institut national des études territoriales), le pendant de l’INA."

À table avec la sous-préfète du Vigan (Photo : Romain Cura)

Elle est d’abord recrutée au Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) des Bouches-du-Rhône en tant que chef du pôle financier et administratif. En charge d’un budget de 200 millions d’euros, la Gardoise d’adoption devait superviser la stratégie financière, les contentieux et l’administration générale. Dans un monde presque exclusivement masculin, elle a fait ses preuves une nouvelle fois. "Mon arrivée a aussi coïncidé avec cette envie de moderniser les services, probablement de féminiser et c’est tant mieux." Motivée par les multiples challenges, la sous-préfète décide alors de finalement passer aussi le concours de l’ENA. "J’ai réussi la partie écrite. Cela ne m’a pas empêchée, lors du grand oral, d’exprimer mes rêves et notamment celui de travailler dans le monde préfectoral."

Un souhait entendu. Un mois plus tard, Joëlle Gras participe à un entretien à Paris et 15 jours après, elle apprend la nouvelle : elle devient sous-préfète du Vigan. "Je travaillais au SDIS de Marseille et j’habitais dans le Gard, c’était donc une super nouvelle. Une grande surprise et à la fois, un grand honneur. " La tâche ne fut pas pour autant facile. Son prédécesseur partant à la retraite, la représentante de l’État a dû redoubler d’effort. "Je ne m’attendais pas à une telle intensité de travail. Du jour au lendemain, vous avez le poids des responsabilités qui s’abat sur vous." Des dossiers qui s’étaient accumulés, des élus très nombreux lors de sa prise de fonction et qui attendent beaucoup d'elle et l’épisode des gilets jaunes qui surgit, quelques mois plus tard.

"Je suis une boulimique de travail"

"Ça n’a jamais désempli en réalité depuis cet été 2018. Et les gilets jaunes, comment dire ? C’est formateur... D’autant qu’un week-end sur quatre, j’étais de permanence. Fort heureusement, les services de la préfecture sont là. On est très bien entouré." Mais devenir sous-préfète c’est aussi se confronter au réel, bien loin des bureaux administratifs ou financiers. "On rencontre la misère humaine. C’est un électrochoc. Les habitants attendent beaucoup de l’État. Il nous faut donc être à distance d’une émotion trop forte mais pouvoir être aussi source d’espoir. Je l’ai vu avec les inondations au mois de septembre. J’ai reçu énormément de remerciements alors que finalement, j’ai essayé d’être simplement facilitatrice de situation compliquée."

Le ''Grand débat'' et ses 113 débats dans le Gard, les violences conjugales, le grenelle ensuite et la mission sur la transition écologique, les masques, etc. Les dossiers se sont enchaînés à vitesse grand V. "Une marque de confiance de la part du préfet du Gard qui m’a délégué ces missions. Peut-être car il sait que je suis une boulimique du travail. Même si ça déstabilise au début, cette masse de boulot et les médias qui attendent des réponses. Et au Vigan, nous ne sommes pas nombreux. J’ai travaillé avec deux collaborateurs et pendant six mois, sans secrétaire général."

Et cette année 2020 a été rude avec la covid-19. Encore plus pour la sous-préfète qui a dû affronter l’isolement, la séparation d'avec son conjoint pendant deux mois sans compter l’absence de ses deux filles, 15 jours par mois, en garde alternée chez leur papa. "Je m’en souviens comme une période de forte solitude. Vous êtes seule en préfecture, vous enchaînez les visio-conférences et les conférences téléphoniques. Les réglementations qui changent régulièrement... Et les contrées rurales dont vous avez la responsabilité qui ont plus que jamais besoin de vous. Dans ces circonstances, votre présence à leurs côtés est une nécessité absolue."

Joëlle Gras devant les arènes de Nîmes (Photo : Romain Cura)

Alors les vacances d’été sont arrivées à point nommé même s’il est difficile de décrocher totalement. La passion du métier probablement qui pourrait lui ouvrir d’autres portes. D’autant que Joëlle Gras a de l’ambition. Et pourquoi pas un jour devenir préfète d’un beau département comme le Gard ? "Il est certain que pour faire ce métier, il faut une vraie appétence au quotidien. Mais je ne crois pas être quelqu’un de stratégique. Quand je prends une décision, elle concilie à la fois l’éthique de conviction et l’éthique de l’État."

La Viganaise ne veut donc pas brûler les étapes. Elle ambitionne d’abord de devenir directrice de cabinet d’un préfet. "J’ai fait des vœux même si ce sont des décisions que l’on ne prend pas seule. Mes filles sont d’accord, mon conjoint aussi. On serait ouverts à partir dans la moitié nord du pays pour un nouveau challenge. La Normandie, Strasbourg, etc. La mobilité ne me fait pas peur." La bougeotte déjà après deux ans et demi d’exercice. Mais la volonté de voir plus loin assurément. Même si des femmes sous-préfète, cela ne court pas les rues en France... "Pour réussir en tant que préfète, il ne faut pas se laisser faire et à la fois apporter de la souplesse aux décisions. Finalement, faut rester diplomate et souriante."

Dans ce monde essentiellement masculin, le management féminin, selon Joëlle Gras, "est plus rond. On perçoit peut-être plus facilement les difficultés et probablement que l’on a tendance à vouloir tout de suite crever l’abcès." Pour faire avancer des dossiers qui traînent, exprimer tout haut sa façon de penser. Être utile tout simplement. Alors, la working girl, la maman active, la sous-préfète en action, passionnée par le Japon, par les gens, par son travail, croit en elle. À 45 ans, elle a bien l’intention de ne pas s’arrêter en si bon chemin. Et monter quatre à quatre les escaliers...

Abdel Samari

Important ! Cet article est un extrait de Objectif Gard, le magazine. Rendez-vous chez votre marchand de journaux pour acheter le dernier numéro. Découvrez le sommaire en cliquant sur le module ci-après :

 

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