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FAIT DU JOUR Maryse Roussilhon, bénévole au Samu social de la Croix-Rouge depuis 18 ans

Photo : Anthony Maurin

On dit que les bénévoles sont les visages de la générosité. Celui de Maryse Roussilhon ne vous est peut-être pas familier. Comme d’autres, elle œuvre dans l’ombre plus intéressée par les personnes que par la notoriété.

« Arrête de jouer les Saint-Bernard ! » Cette réflexion, elle l’a entendue plus d’une fois, souvent de la part de ses proches. « Être en relation avec les gens, dans le partage, c’est ma vie », répond Maryse Roussilhon, le visage fendu d’un large sourire. Une vie dont elle raconte volontiers quelques bouts, avec enthousiasme et vivacité, ponctuant régulièrement ses souvenirs d’un rire. Elle liste toutes ces villes qu’elle a découvert au fil des déplacements professionnels de son époux.

Paris d’abord, puis Annonay, Nîmes, Angers, Montélimar, puis Nîmes à nouveau. C’est dans cette ville qu’elle a vécu le plus longtemps. Elle s’amuse de sa carrière atypique. Maryse Roussilhon a été secrétaire d’une commission permanente pour des sociétés d’assurance. Lorsqu’avec son mari, elle déménage à Annonay, ce poste de cadre lui échappe. La gymnastique volontaire devient alors une belle occupation. « Les séances sont adaptées aux capacités de chacun. On prend en compte la personne plus qu’un groupe qui doit faire les mêmes mouvements au même moment », lance-t-elle sans s’imaginer, peut-être, à quel point ces mots « on prend en compte la personne » sont révélateurs de sa personnalité. La sauce prendra pour la Béarnaise (née à Pau en 1949), à tel point qu’elle deviendra formatrice et instructrice au sein de la Fédération française d’éducation physique et de gymnastique volontaire (FFEPGV).

 

« Je ne me suis jamais ennuyée »

Nouveau déplacement. Maryse dépose ses valises à Nîmes et poursuit son engagement cette fois en tant que présidente du comité départemental de gymnastique volontaire. À Angers, elle occupera le poste de secrétaire générale nationale de la FFEPGV. Puis c’est le grand écart en découvrant le patrimoine historique et architectural du Maine-et-Loire. « Je me suis inscrite à la fac en tant qu’auditeur libre en histoire de l’art. Et j’ai suivi des cours sur le patrimoine à l’office de tourisme. Ces cours débouchaient sur un concours pour devenir guide-conférencier aux monuments historiques. » Un concours qu’elle a réussi à la deuxième tentative. « Mais qui dit histoire de l’art dit Histoire. J’ai alors voulu approfondir mes connaissances dans ce domaine ». À 41 ans, Maryse accompagnée de sa fille aîné, alors âgée de 18 ans, retourne à la fac.

Nouveau changement de décor. Direction Montélimar et nouveau changement de carrière. Moins attirée par le patrimoine local, elle se tourne vers une formation en gestion et technique de commercialisation. « Je ne me suis jamais ennuyée », souligne la septuagénaire. De retour à Nîmes, elle décroche un poste de formatrice à la Maison familiale et rurale de Marguerittes. C’est à cet endroit qu’elle rencontre une stagiaire, bénévole au Samu social de la Croix Rouge. Au fil des échanges, Maryse Roussilhon se laisse convaincre, et contacte le responsable de l’époque, Guy Poulet.

La distribution alimentaire comme point d’ancrage de la rencontre

La Nîmoise d’adoption se souvient de sa première maraude. « En ce temps-là, les maraudes n’étaient effectuées qu’entre le 1er novembre et le 31 mars. Nous nous étions d’abord arrêtés à Pablo-Neruda. Deux frères étaient là, Étienne et Claude. Tous les deux vivaient dans la rue. À l’époque, on n’avait pas trop de monde on avait plus de temps pour discuter. Ces deux frangins on les a vus longtemps. »

Jusqu’à leur décès il y a quelques années, l’un à l’hôpital, le second était pris en charge par une famille d’accueil. « Ils sont morts à l’abri. » Maryse Roussilhon est dans l’empathie plus que dans l’affect. « Nous ne sommes pas des sauveurs, pas des superwomen ou des supermen. Nous ne sommes pas là pour dire aux gens : Ne t’inquiète pas, je vais m’occuper de toi, je vais te trouver une solution. Le rôle du bénévole est de créer ou recréer du lien social, la distribution alimentaire n’étant considérée que comme le point d’ancrage de la rencontre. »

Alors forcément il y a des moments de frustration comme « lorsque vous rentrez le soir et que vous laissez dans la rue une famille avec quatre gamins en plein hiver ou quand j’ai servi une de mes élèves ». Mais ces derniers se mêlent aux anecdotes souriantes. « Je me rappelle cette fois où des usagers avaient arraché des fleurs sur des massifs municipaux pour nous les offrir. »

Photo : Anthony Maurin

« Faire des maraudes à la Croix-Rouge n’est pas une thérapie »

Des sourires, jamais de jugement et de l’impartialité. Nommée responsable des bénévoles (une cinquantaine à Nîmes, NDLR) du Samu social en 2006, Maryse Roussilhon partage ses expériences avec chaque nouvelle recrue. « La bonne volonté ne suffit pas. Il faut savoir pourquoi on s’engage. Si on vient c’est parce qu’on a envie de partager, explique-t-elle. Si vous venez, c’est que vous êtes bien dans vos baskets. Faire des maraudes à la Croix-Rouge n’est pas une thérapie. Si vous arrivez avec vos propres soucis, vous allez transposer votre expérience avec les gens. Ils ne sont pas là pour écouter votre vie mais pour que vous les écoutiez, sans porter de jugements. Le parcours de vie des gens est celui qu’ils veulent bien nous raconter. On doit rester neutre. On ne doit pas les influencer. Par contre on peut les conseiller. » S’ajoutent aux bénévoles deux salariés - trois en période hivernale - dont la mission est d’accompagner les usagers qui le souhaitent pour des démarches administratives, médicales, etc.

« Qu’y a t-il de plus précieux que le temps ? »

S’engager, oui mais pour combien de temps. Le recrutement des bénévoles n’est pas l’exercice le plus difficile, mais les garder s’avère très compliqué. « D’abord parce que ça peut être contraignant. Et puis, les problèmes, les changements de vie font que certains renoncent et ça se comprend. » Maryse en est désormais à sa dix-huitième année au service du Samu social. Lorsqu’elle regarde en arrière, la bénévole y voit moins d’usagers et des paniers repas un peu plus fournis. Mais à chaque fois qu’elle participe à une maraude, elle retrouve ce sentiment d’être utile. « J’ai eu une vie active, mais facile. J’ai eu de la chance, mais j’ai toujours ressenti le besoin de partager avec les gens. Et qu’y a t-il de plus précieux que le temps ? »

Nous parlions de frustrations plus haut. Le confinement a peut-être été l’une des plus difficiles à vivre pour Maryse. À bientôt 71 ans, elle vit aujourd’hui en Ardèche mais a gardé un pied-à-terre à Nîmes, un point de chute indispensable quand elle vient faire ses maraudes pour le Samu social de la Croix-Rouge. Mais empêchée de rejoindre la capitale gardoise par les restrictions de déplacements, elle n’a pu assurer son service pendant plus de deux mois. « J’ai géré les plannings à distance. Mais dès le premier jour du déconfinement, j’étais dans ma voiture, sur l’autoroute », lâche-t-elle rieuse.

Aux côtés de sa cinquantaine de bénévoles, Maryse a donc repris le chemin de ses maraudes, une fois par semaine, en plus de ses activités, de ses loisirs, de sa vie de famille. Elle est inépuisable. Et lorsqu’on lui demande ce qui pourrait la faire arrêter, elle répond : « Je ne sais pas, il faudrait que j’y réfléchisse ! », en laissant échapper un nouvel éclat de rire.

 Stéphanie Marin

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