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COVID-19 « Le foot amateur est à l’abandon » : le coup de gueule de Mouss Guiza, directeur sportif de l’AS Rousson

Mouss Guiza, directeur sportif de l'AS Rousson, au Soccer Team d'Alès. (Photo Corentin Migoule)
Mouss Guiza, directeur sportif de l'AS Rousson, au Soccer Team d'Alès. (Photo Corentin Migoule)

Si le retour des entraînements a été acté mi-décembre, il n’en est rien pour les matchs officiels. En début de semaine, la Fédération française de football (FFF) a établi une hypothèse de planning prévisionnel de reprise pour les championnats amateurs, stoppés depuis fin octobre. Remonté, le directeur sportif de l’AS Rousson tire la sonnette d’alarme et appelle les dirigeants de clubs à l’union.

Ça ne roule plus très rond dans la planète ballon. La FFF évoque un lancement début mars, une fin de saison maximum le 30 juin et une formule spécifique. Tout cela reste évidemment hypothétique et dépendant de l’évolution pandémique. Un flou qui agace la plupart des protagonistes, à commencer par Mouss Guiza, figure emblématique du football départemental.

C’est dans le temple du football indoor alésien, l’enseigne Soccer Team, gérée par son fils, Mehdi, que Mouss Guiza nous a donné rendez-vous ce jeudi. Après quelques politesses relatives au passage à la nouvelle année, l’homme à tout faire de l’AS Rousson rentre dans le vif du sujet. « À Rousson, nous étions arrivés à impulser une nouvelle dynamique. Le coronavirus a tout anéanti ! »

Évoluant en Régional 1, la sixième division française, l’équipe fanion du club roussonnais, entraînée par Cédric Barbosa jusqu’à l’automne dernier, n’a eu le temps de disputer que quatre matches avant l’arrêt des championnats amateurs de football décrété le 28 octobre dernier. Si la reprise de l’entraînement pour les catégories jeunes a été autorisée début décembre, elle a tardé pour les adultes. Dans les deux cas, les oppositions de fin de séance qui occasionnent nécessairement des contacts sont interdites. « La ligue, la fédération et le Gouvernement : tout le monde se contredit », regrette ce passionné qui a donné 50 ans de sa vie au football.

Il y a quelques semaines, Jean-Marie Pasqualetti, directeur sportif de l’OAC, ne disait guère autre chose : « La difficulté pour nous, c’est de donner des informations claires alors que c’est difficile de s’y retrouver entre la fédération qui livre des textes officiels qui ne sont pas toujours en adéquation avec les décrets du Gouvernement ou inversement. »

 « Dans le flou le plus complet »

Mouss Guiza ne se satisfait guère de cette reprises d’activité partielle : « Les entraînements c’est bien beau, mais il n’y a pas de compétition, plus de matches le week-end. Donc les enfants et les éducateurs perdent la motivation. Ça devient très compliqué. Au lieu d’être 20 à l’entraînement, ils ne sont que 12 ou 13. » Si le couvre-feu à 20 heures a complexifié l’organisation des plannings d’entraînements, car « c’est difficile de caser 300 licenciés alors que la séance qui débutait habituellement à 19 heures 30 a été avancée », l’instauration d’un couvre-feu à 18 heures, comme c’est le cas dans de nombreux départements de l’Hexagone, serait préjudiciable : « Ça serait mort. Il n’y a que les enfants qui pourraient s’entraîner le mercredi après-midi », prévoit Mouss Guiza.

Plus que le regret d’être « dans le flou le plus complet, ce qui m’affecte le plus c’est de voir ces gamins qui ne peuvent pas jouer au football. Quand j’en croise, la première chose qu’ils me demandent c’est "quand est-ce qu’on reprend les matchs ?" », développe le directeur sportif des Jaune et Noir. Et de poursuivre, mettant la lumière sur ce qu’il qualifie d’incohérence : « Le pire, c’est que le week-end on a un city stade et un terrain synthétique qui sont bondés de gamins qui jouent entre eux, sans encadrement. »

Dans sa colère froide, l’homme à tout faire du club roussonnais n’en oublie pas d’égratigner les instances, dont il souligne la passivité : « La ligue est plus préoccupée par les élections qui vont avoir lieu le 30 janvier. Et la ministre (Roxana Maracineanu, NDLR), je crois qu’elle est restée confinée. Depuis le printemps dernier, on ne l’entend plus. Il faudrait qu’elle mette un peu le nez dehors et qu’elle s’intéresse à ce qui se passe dans le milieu amateur. À l’allure où l’on va, tous les clubs vont perdre des licenciés. »

« Je partirais pour une saison blanche »

En plus d’alerter sur la dimension sociale du sport collectif préféré des Français qui, avec la pandémie, en prend sérieusement un coup, Mouss Guiza s’inquiète des finances des clubs amateurs, au plus bas : « Ce qui me désole, c’est l’abandon du foot amateur. Le maire de Rousson a bien fait un geste avec une subvention de 2 000 euros pour compenser la perte des deux lotos que nous n’avons pas pu organiser, tout comme notre tournoi. Mais pour un club qui évolue en R1, ce n’est pas suffisant. Les gens ne se rendent pas compte des coûts de fonctionnement d’un club amateur. »

Étonné par le silence des présidents de clubs qu’il appelle à se réunir, le dirigeant cévenol, trop lucide, n’est paradoxalement pas un ardent défenseur d’une reprise des championnats à tout prix : « Je partirais pour une saison blanche. En termes de calendrier, ça va faire très resserré. Si fin février la situation ne s’est pas décantée, il faut arrêter. Même en matière de préparation physique ça pose problème. On ne peut pas reprendre les matches quinze jours après la reprise de l’entraînement, il faut au moins un mois, sinon il va y avoir une hécatombe de blessés. Si on reprend dans les mêmes conditions qu’à l’automne, c’est à dire sans accès aux vestiaires, sans douche, avec l’hiver rude qu’on traverse, comment les joueurs vont-ils se réchauffer à la mi-temps ? Et puis même, avant l’arrêt du championnat, on a eu un match gagné sur tapis vert car l’équipe adverse avait plusieurs cas de covid. On va repartir encore une fois comme ça ? Il y aura toujours des joueurs testés positifs ou qui auront été en contact avec une personne infectée. Reprendre la saison, je veux bien, mais ça va être mission impossible. »

Pour résumer, Mouss Guiza attend des instances plus de clarté, « qu’on nous dise merde mais qu’on nous dise quelque chose, qu’on soit fixés ! » En guise de conclusion, ce dirigeant passionné sait se montrer mesuré, replaçant l’église au milieu du village : « Il y a malgré tout des situations bien plus dramatiques que la nôtre. Je pense aux soignants, aux restaurateurs, aux barmen, à toutes ces petites entreprises... » Souhaitons à tous ces corps de métier ainsi qu’au football français une année 2021 aussi paisible que la précédente a été tumultueuse. Pour l'instant, c'est assez mal parti !

Corentin Migoule

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