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FAIT DU JOUR Pas de réouverture au 20 janvier : le moral des restaurateurs en berne

Olivier Duclos et Sandrine Rousse, co-gérants depuis 16 ans du restaurant Le Rosalbin, à Pont-Saint-Esprit, proposent de la vente à emporter pour continuer à garder le lien avec leur clientèle. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Depuis le 29 octobre, les bars et restaurants ont été contraints de tirer le rideau, dans la lutte contre l’épidémie de covid-19. Deux mois après, le moral de ces commerçants est au plus bas. D'autant que le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé lors d'une conférence de presse, il y a quelques jours, que ces établissements ne pourraient pas rouvrir le 20 janvier, comme il avait été annoncé au départ. Objectif Gard est allé à leur rencontre.

À Nîmes, Julien Roussel, patron de la Petite Bourse : "La crise sanitaire n’est pas encore finie. Les conséquences vont durer encore des années…"

Pour Julien Roussel, patron de la Petite Bourse à Nîmes, les conséquences de cette crise pourraient se ressentir des années encore. (photo Objectif Gard)

"Ça fait deux mois que l’on ne voit plus personne… D’habitude pendant les fêtes, on voit des gens que tu ne vois qu’une fois par an. L’ambiance des cafés, ça manque ! La vie sociale est en train de disparaître ! Pour autant, on voit bien que malgré la fermeture des bars et des restaurants, les chiffres du nombre de malades continuent de grimper. Côté finances, les aides permettent uniquement de contenter le banquier, soit 10 000€ par mois. Pour l’heure, nous ne connaissons pas encore les modalités de remboursement du prêt garanti par l’État. On en saura plus en avril. Enfin, quand on me parle d’une probable réouverture des bars et des restaurants en avril, je suis mort de rire ! Peut-être une ouverture à la mi-juillet. Moi, je pense que la crise sanitaire n’est pas encore finie. Les conséquences vont durer encore des années…"

À Alès, Sébastien Rath, chef du restaurant Le Riche : "Mon seul vaccin serait que les gens reviennent"

Sébastien Rath, chef du restaurant Le Riche. Photo Tony Duret / Objectif Gard
Sébastien Rath, chef du restaurant "Le Riche", à Alès, arrive péniblement à réaliser 20% de son chiffre d'affaires habituel. Photo Tony Duret / Objectif Gard

"En ce moment, on vit quelque chose d’assez inhumain. J’ai l’impression d’une castration parce qu’on est dans le désespoir de ne pas faire notre métier de passionné. Et là, on est dans l’attentisme, dans l’assistanat. C’est bien gentil mais ça ne nous convient pas. Quant au discours présidentiel, la parole n’a pas été tenue. En début de mois, on nous dit de bosser. On nous dit qu’on ne prendra aucun euro de ce que l’on génère et on revient dessus en catimini, c’est honteux (*). On va nous prendre 50% de notre chiffre d’affaires. Ce n’est pas correct. Aujourd’hui, j’arrive péniblement à réaliser 20% de mon chiffre d’affaires habituel. Je suis plus autour de 15%. Ça décline constamment depuis le mois de mars dernier. J’espère qu’on pourra rouvrir en mars prochain parce que mon seul vaccin serait que les gens reviennent et qu’on prenne du plaisir."

À Pont-Saint-Esprit, Olivier Duclos et Sandrine Rousse, co-gérants du restaurant Le Rosalbin : "On ne voit pas les assiettes revenir vides. On travaille dans le vide"

"On s'en doutait que la date de réouverture allait être reportée, quand on voit le contexte tout autour. On pense que cela se fera au printemps. Entre les aides et l'emporter, on arrive à l'équilibre. On arrive à payer les charges : le loyer, le gaz, l'électricité, les crédits, l'assurance... On a droit aux 10 000 € desquels on déduit un pourcentage de ce que nous rapporte les repas à emporter. Mais à titre personnel, on a droit à rien vu qu'on est des travailleurs indépendants. On ne se sent pas en danger parce que ça fait 16 ans qu'on est là. Des choses on en a vu mais pour les nouveaux installés, les pauvres, ça ne doit pas être drôle. Mais on va rester optimistes. On a très bien travaillé cet été, mieux que les autres étés. Il y avait beaucoup de Français qui sont venus dans notre Région qu'ils ne connaissaient pas forcément. On espère qu'on aura le même engouement au moment de la reprise. [...] Nos clients nous soutiennent mais le contact n'est pas le même : les gens partent avec leur repas mais on n'a pas de retours. On ne voit pas les assiettes revenir vides. On travaille dans le vide."

Au Grau-du-Roi, Ellio Zaouche, de la brasserie de l’Horizon : "Jusqu’en juin, on pourra tenir, après c’est la catastrophe"

Restaurateur au Grau-du-Roi depuis 15 ans, Ellio Zaouche a essayé de faire de la vente à emporter mais a vite renoncé. (photo Boris Boutet)

« Notre activité est à l’arrêt depuis la fermeture des restaurants. On a essayé de faire un peu de vente à emporter mais on s’est vite arrêtés. Ce n’est pas notre registre. Heureusement, les aides ont suivi. Nous devons malgré tout avancer deux mois de charges avant d’être remboursés. La situation est tenable pour nous, mais pour ceux qui viennent d’ouvrir ou qui étaient déjà un peu dans le dur, c’est le coup de grâce. Au Grau-du-Roi, l’hiver est une période creuse. Notre chiffre d’affaires en décembre est dix fois inférieur à celui que l’on peut faire en juillet ou en août. L’idéal pour nous serait de rouvrir au printemps. Jusqu’en juin, on pourra tenir, après c’est la catastrophe. »

À Aigues-Mortes, Audrey Didier, de l’Atelier de Nicolas : "Mettre de la nourriture dans des boîtes, ça va un moment mais ce n’est pas notre métier"

À l'Atelier de Nicolas, à Aigues-Mortes, la bonne fréquentation en été a permis de recréer de la trésorerie mais la situation s'éternisant, "devient intenable". (Photo Boris Boutet)

"De notre côté, on continue à faire de la vente à emporter, ce qui nous permet de payer nos charges. On espère que cela ne va pas trop se durcir dans les prochains jours. Au début de la crise sanitaire, on a mis beaucoup d’énergie pour faire de la livraison à domicile. Cela m’a coûté un burn-out. On ne reproduira pas l’expérience. Alors, si nos clients ne peuvent plus venir récupérer leurs plats car le couvre-feu est avancé, ça va devenir très compliqué. En termes de moral, c’est aussi très dur à vivre. Mettre de la nourriture dans des boîtes, ça va un moment mais ce n’est pas notre métier. Il y a véritable sentiment d’injustice quand on voit par exemple que des repas continuent à être servis dans les avions sur des court-courriers ou que les grandes surfaces sont pleines à craquer. Il y a forcément de la colère qui monte et qui risque de finir par éclater. Côté finances, l’été nous a permis de recréer de la trésorerie. La vente à emporter nous permet de la conserver, au prix d’efforts colossaux. Il faut que nos dirigeants se ressaisissent et nous laissent travailler, quitte à contrôler drastiquement le respect des mesures barrières. La situation dure depuis presque un an maintenant. Cela devient intenable."

À Uzès, Christophe Cabot, gérant du restaurant Le Cercle rouge : "Le véritable problème, c’est que l’on a pas de perspective d’avenir"

Au Cercle Rouge, on craint le retour au travail qui risque d'être "dur pour les salariés. Reprendre plein pot après un très long arrêt, ça ne se fait pas comme ça", affirme Christophe Cabot. (photo Objectif Gard)

"Le véritable problème, c’est que l’on a pas de perspective d’avenir. Trop d’informations contradictoires circulent. On ne sait plus vraiment à qui se fier. On parle beaucoup des effets économiques, mais pas assez des problèmes sociaux. Le retour au travail risque par exemple d’être très dur pour les salariés. Reprendre plein pot après un très long arrêt, ça ne se fait pas comme ça, on l’a vu cet été. On perd aussi le lien avec nos clients. J’espère que l’on va vacciner le plus largement possible pour pouvoir rouvrir, même si je pense que les gestes barrières devront être maintenus. Ces gestes ont permis de faire reculer la grippe et la gastro-entérite. Je pense qu’il faut mettre toutes les chances de notre côté pour que les choses aillent mieux."

Propos recueillis par Boris Boutet, Coralie Mollaret,
Tony Duret et Marie Meunier

* Suite à un décret, les restaurateurs doivent désormais déduire de l’aide au fond de solidarité la moitié du chiffre d’affaires de la vente à emporter.

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