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FAIT DU JOUR Y a-t-il un « malaise général » chez les agents municipaux de Laudun-l’Ardoise ?

La mairie de Laudun-l'Ardoise (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Y a-t-il quelque chose qui ne tourne pas rond en mairie de Laudun-l’Ardoise ? Une série de témoignages que nous avons recueillis laisse à penser qu’il y a bel et bien un malaise au sein des employés municipaux de cette commune de 6 400 habitants près de Bagnols. Enquête.

L’histoire, en tout cas sa partie la plus récente, se passe vendredi dernier en mairie de Laudun-l’Ardoise. L’opposant municipal Jean-Pierre Laffont et sa colistière Marie-Laure Petiot sont contactés par deux agents, apparemment en détresse. À leur arrivée sur place, « il y avait deux personnes qui pleuraient, et une autre qui était là, sur le point d’exploser », rejoue l’opposant.

« Les agents m’ont parlé d’un manque de reconnaissance, d’un problème de management, et d’une chasse aux sorcières en déplaçant les agents sans arrêt, explique Jean-Pierre Laffont. Les agents se sentent rabaissés, fliqués. » Avec l’ancien maire ,Philippe Pecout, lui aussi dans l’opposition, ils décident de médiatiser l’épisode, ce qui donne lieu à un premier article ce week-end sur Objectif Gard.

Suite à cet article, les langues commencent à se délier. L’ex-directrice du centre communal d’action sociale (CCAS), Mady Lamblard, restée en poste de juillet 2019 à juillet 2020, accepte de témoigner. Si elle a depuis quitté la région, elle n’en est pas moins encore remontée contre le maire de Laudun-l’Ardoise, Yves Cazorla, et la directrice générale des services (DGS), Patricia Cordeau. Pour elle, à la mairie « on est dans un État totalitaire. C’est dramatique. »

Elle décrit Yves Cazorla en « tyran », et sa DGS comme quelqu’un capable de « faire pleurer sa secrétaire en la traitant de tous les noms. » Partie de cette « maison de fous », comme elle dit, à la fin de son contrat à cause de l’ambiance de travail qui régnait à la mairie, Mady Lamblard affirme aujourd’hui « comprendre ce qui s’est passé vendredi. »

« Il y a une omerta, reprend-t-elle. Les agents ont peur de parler car il y a des représailles, des mises au placard et la suppression de certaines primes. » Précisons que certains agents qui devaient témoigner pour cet article, à qui nous avions pourtant garanti l’anonymat, n’ont finalement pas donné suite.

« Un management par la peur »

L’ancienne employée de la mairie décrit aussi des « pressions » et « un manque de reconnaissance » des agents. Plus globalement, Mady Lamblard parle d’un « management par la peur », « sans ligne de conduite. » Elle estime également qu’il y a « des gens très bien dans cette mairie, sabotés par trois personnes. » De quoi faire que, nous glisse un fin connaisseur des dossiers laudunois, « certains membres du personnel veulent demander leur mutation. Ils cherchent à partir. »

Un autre agent, en poste celui-là, et qui a souhaité garder l’anonymat, décrit une situation délétère. « Ça devient trop grave. J’ai appelé le centre de gestion du Gard pour leur demander la mise en place de la médecine préventive, pour leur dire qu’il allait y avoir un drame. Il y en a qui vont péter un câble. Ça commence à être chaud. Ça va mal finir, beaucoup de monde entre en dépression », affirme-t-il. D’ailleurs, cet agent qui dit être placardisé, affirme que lui aussi est « en train de partir en dépression. »

L’agent dénonce une grande instabilité : « Tout est contredit tout le temps. Je n’ai pas de service précis. Ça change tout le temps. Ils n’ont aucune notion de management, c’est dramatique. » Il date le changement au moment de l’élection d’Yves Cazorla, en 2018. « Ça dure depuis que M. Cazorla est là. Il a le pouvoir sur tout. » Ce même agent décrit un maire qui mépriserait les agents municipaux, et qui serait allé jusqu’à leur dire, en juin 2018 au Forum, qu’il y avait parmi eux « des fainéants et des voleurs » et qu’il allait « tous (les) remettre au travail. » Une affirmation que le maire dément vigoureusement. Nous y reviendrons…

Le 4 avril 2019, une soixantaine d’agents communaux, sur les « 105 à 110 agents » que compte la mairie, selon Yves Cazorla, font grève. À l’époque, le représentant du personnel FO, Stéphane Ladet, affirme chez nos confrères du Midi Libre qu’il y a « un ras-le-bol général » et parle de mises au placard, de réorganisation précipitée. Après la grève, « le maire et quelques agents communaux ont fait signer aux autres dans tous les services une lettre contre l’élu de FO », explique le secrétaire de l’Union locale CGT du Gard rhodanien, Patrick Lescure.

« Le maire a voulu réorganiser par la force »

Son syndicat n’est plus représenté à Laudun-l’Ardoise, cependant « depuis l’élection d’Yves Cazorla, je suis régulièrement interpellé par des agents », affirme-t-il. « Il y a un malaise, et nous sommes en train de travailler sur le dossier », poursuit le syndicaliste, qui estime qu’« il y avait peut-être des choses à modifier à la mairie, mais la façon dont il s’y prend est la pire, en changeant les agents de service sans préavis par exemple. C’est violent. Il a voulu réorganiser par la force. » Et lui aussi décrit une « peur » et « un malaise général. »

La directrice générale des services, Patricia Cordeau, est régulièrement pointée du doigt dans les divers témoignages. Arrivée de Roquemaure en 2019, cette dernière a laissé plutôt un bon souvenir au maire de l’époque, André Heughe. « Je n’ai jamais eu de soucis avec elle, en revanche elle ne s’entendait pas du tout avec mon premier adjoint (Patrick Manetti, ndlr). Donc un jour je lui ai dit de bouger car je ne changerais pas de premier adjoint », explique-t-il.

Son management ? « Elle a pu manager durement. Je me souviens qu’une fois un agent a pleuré, poursuit-il. Elle peut être dure, et elle dit qu’elle est dure pour faire du bien. Avec elle c’est marche ou crève. » L’ex-maire de Roquemaure raconte qu’il est arrivé que « des employés viennent (le) voir pour (lui) dire qu’elle exagérait. »

« J’ai changé quelques habitudes »

Yves Cazorla défend pour sa part sa DGS : « Patricia Cordeau fait un boulot de DGS. Elle dirige. Dans les grandes entreprises quand on est reçu par un directeur, il y a des choses qu’il dit qui ne font pas plaisir. Ce n’est pas du harcèlement. Avoir du caractère pour une DGS, c’est une qualité. »

« Je ne casse pas les gens. Je peux prendre des mesures, mais je dis toujours les choses en face. Il n’y a jamais d’entourloupe de ma part, affirme Patricia Cordeau. Je suis très franche, c’est pour ça que certains me craignent, mais je n’ai pas de soucis relationnels. »

La DGS reconnait qu’elle a « changé quelques habitudes, comme M. Cazorla quand il est arrivé un an avant (elle) », et qu’« Il y a eu un remaniement d’un service, depuis des semaines, ça a été validé par le maire, j’essaie de faire les choses proprement. » Quant aux personnes qui ont témoigné, il s’agirait selon elle d’agents « qui n’ont pas ce qu’ils veulent. » Des cas particuliers, donc.

Quant aux accusations de mises au placard, Patricia Cordeau les balaie : « Je n’ai jamais mis personne au placard. » Plus largement, les problèmes de changements de service seraient anciens : « Les gens ont une histoire, parfois des grades inappropriés par rapport à leur fonction, et ils étaient baladés entre les services de façon inappropriée, affirme-t-elle. Je vis avec cette histoire. Le maire a essayé de les stabiliser. Les gens il faut en faire quelque chose, les faire travailler du mieux qu’ils peuvent. » Et la DGS d’ajouter qu’« Il y a eu par le passé beaucoup de laxisme sur l’effectif. »

La mairie de Laudun-l'Ardoise (Photo : Marie Meunier / Objectif Gard)

Patricia Cordeau affirme qu’il n’y a « jamais eu de souci » avec le personnel. Le maire de Laudun-l’Ardoise est sur la même ligne : « Je vous dis que ça se passe bien dans le management. Après il y a peut-être des gens qui ne sont pas contents de ce qu’ils ont, qui sont un peu amers. » Pour lui, il n’y a donc pas de problème de gestion du personnel au sein de sa mairie et « les gens sont traités normalement. Ils sont respectés. Je suis tous les jours ici, je vois tout le monde. Je le saurais s’il y avait quelque chose. »

« Je n’ai vu personne pleurer vendredi »

Ce qui s’est passé vendredi ? « Je n’ai vu personne pleurer vendredi, et personne n’est venu me voir, répond-t-il. Les représentants du personnel ne sont pas saisis. Je n’ai jamais vu ça d’aller chercher l’opposition quand on a le syndicat à côté. » Un comportement qualifié de « faute » par sa DGS. Et Yves Cazorla utilise même cet événement pour affirmer que les agents n’ont pas peur : « Si vraiment les agents ont peur, pourquoi font-ils venir l’opposition dans leur bureau ? Vous croyez qu’ils ont si peur que ça ? À l’époque où j’étais dans l’opposition ça ne serait jamais arrivé car, là, les agents avaient peur… »

Quant aux témoignages recueillis par Objectif Gard et par la CGT, le maire les balaie : « C’est facile ! On peut m’accuser de tout. Qu’est-ce qu’il y a comme preuve ? » Yves Cazorla dénonce des « mensonges », qu’il s’agisse de l’épisode des « fainéants et des voleurs » (« je n’ai jamais dit ça »), ou encore de la lettre qui aurait suivi la grève de 2019. « La grève a été déclenchée par un commentaire qui dénigrait les agents sur un groupe Facebook privé, affirme-t-il. Ils ont manifesté pour soutenir leurs collègues qui ont été dénigrés, pas pour le syndicat. Ils sont revenus dessus en faisant une lettre pour dire qu’ils avaient été blousés - une lettre des employés -, moi je n’ai rien demandé. »

« On en fait une montagne »

Le maire préfère rappeler que la municipalité « a pris toutes les précautions pour le personnel avec le covid. Le syndicat lui-même m’a dit que j’avais pris une décision rapide et allant dans le sens des salariés » et que « la prime covid, de 20 000 euros, je l’ai proposée personnellement. Le syndicat m’a remercié. »

Pour lui donc, cette affaire « on en fait une montagne. Ça nuit au fonctionnement de la commune. » Le premier magistrat de la commune affirme également bénéficier « d’une large adhésion car les gens ont compris qu’il fallait aller de l’avant. » Une adhésion qui ne se retrouverait plus que partiellement au sein de sa majorité, le sujet des ressources humaines étant devenu, d’après nos informations, une source de crispation entre le maire et certains de ses élus, et non des moindres. Là aussi, Yves Cazorla s’inscrit en faux : « On n’est pas d’accord sur tout tout le temps, mais ça permet d’avancer. Il n’y a aucun souci. » Dont acte.

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

N. B. : Nous avons contacté le syndicat FO Territoriaux qui n’a pas retourné notre appel.

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Thierry Allard

32 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

1 commentaire sur “FAIT DU JOUR Y a-t-il un « malaise général » chez les agents municipaux de Laudun-l’Ardoise ?”

  1. Très bien comme article. Comme le maire travaille à Marcoule, comment pourrait-il être aussi en mairie en même temps ? Il est présent en pointillé, ce sont principalement deux adjoints qui font le job à sa place. Dans les faits, il casse tout ce qu’il peut et que ces prédécesseurs ont réalisé. Et il ne construit rien. D’ailleurs, les rares réalisations qui avancent ont été décidés sous les mandats des maires précédents. Quant à la gestion du personnel, ça fait un moment qu’il existe un malaise. Pas besoin d’être en mairie pour en entendre parler. Qu’il redescende sur terre et perd son melon, et qu’il sache que parfois on ne gagne pas, c’est l’adversaire qui perd. Élu par défaut mais pas par adhésion. Il ne porte pas l’intérêt général de la commune, mais de son petit clan. Vraiment petit.

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