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FAIT DU SOIR Bessèges et son Étoile : l’œuvre de Roland Fangille honorée en BD par Cyrille Le Faou

Situé à l’étage de son appartement, l'atelier de Cyrille Le Faou regorge de croquis, de photos et de portraits d'anciennes gloires du cyclisme telles que Poulidor, Hinault ou Fignon. (Photo Corentin Migoule)

Deux mois après la disparition du fondateur de l’Étoile de Bessèges, le dessinateur, qui vit à Gagnières, s’apprête à sortir le cinquième ouvrage de sa carrière, entièrement consacré au champion local, devenu son ami. Une bande dessinée historique de 48 pages, dont 11 de photos d’archives et de coupures de presse, véritable immersion dans la genèse d’une épreuve cycliste mythique.

Si vous aimez les anecdotes sportives et propres aux relations humaines, alors il y a fort à parier que l’ouvrage de Cyrille Le Faou vous plaira. Car l’auteur de 51 ans, dessinateur de talent, en avait « des tonnes », voulait « en placer un maximum », et « a choisi les meilleures. » Autant de moments intimes, souvent comiques, parfois épiques, qui font l’histoire du passionné qu’était Roland Fangille, et que le Mosellan a validé « sans rien censurer. »

Tout commence par une rencontre en apparence anodine au début des années 2010, lorsque Cyrille Le Faou, habitant de Gagnières, découvre un homme dont il ne sait rien, lors du festival des IN’attendus, organisé chaque année à la fin du mois de juillet. « J'étais bénévole de l’association organisatrice et Roland travaillait à la mairie », se souvient le quinquagénaire. Et de poursuivre : « La fête ne durait que trois jours, mais il y avait aussi toute la phase de préparation en amont puis la phase de nettoyage après, ce qui fait que nous passions presque une semaine entière ensemble. On riait beaucoup, alors forcément ça crée des liens. »

« Je suis parti de zéro »

Séduit par la sympathie et la simplicité de l’idole locale, l’artiste a rapidement intégré son cercle rapproché. De là à écrire une bande dessinée intégralement consacrée au fondateur de l’Étoile de Bessèges, rien n’était moins sûr. Parce que le Gagniérois, de son propre aveu, « ne connaît rien au vélo ». Et au sport en général. Au point de ne pas être en mesure de citer les noms des joueurs de l’équipe de France de football. « Je suis parti de zéro », resitue celui qui a fait les Beaux-Arts à Marseille il y a près de trente ans et dont les seules connaissances en matière de cyclisme se limitaient aux noms de Zoetemelk et de Poulidor, qu’il voyait écrits dans le journal - « souvent en haut du classement » - enfant, quand il passait ses vacances chez son grand-père, dans le Finistère.

Ce n’est qu’en 2017, après avoir pris part au traditionnel concours de belote organisé chaque année à la veille du début de l’Étoile de Bessèges, que Cyrille Le Faou va se lancer dans l’ambitieux projet de retracer l’histoire de Roland Fangille. Avec l’aide de Baya Gilles, sa voisine, l’auteur de BD, qui avait embrassé la voie artistique en devenant peintre à la fin des années 80, réalise une interview de l’ancien coureur cycliste, en plusieurs fois. « Ça représentait une bande son de plus de huit heures, ce qui faisait une bonne matrice de travail », campe le Gagniérois.

Cette phase de recherche, qui a duré six mois, a pris un nouveau tournant lorsque Cyrille Le Faou a eu l’occasion de pénétrer dans les locaux vétustes de l’Union cycliste bességeoise (UCB). « Roland a désigné une pile de cartons en me disant qu’il y avait toute son histoire et celle de l’Étoile dedans. De vrais trésors ! », s’émerveille l’auteur, qui a aussi trouver là le moyen d’en apprendre plus sur la vie du Mosellan avant l’existence de l’épreuve.

Luc Leblanc et ses chansons paillardes

Car il était hors de question pour le dessinateur de consacrer tout un ouvrage uniquement à l’Étoile. « Sans la vie de Roland, je ne l’aurais pas fait. Ce qui m’intéresse, c’est de raconter une aventure humaine, celle d’une histoire d’amitié », replace Cyrille Le Faou, qui appréciait « l’énorme modestie » de la figure sportive locale. « Jusqu’au début des années 80, pour la plupart des courses auxquelles a pris part Roland, il n’y avait que 40 francs de prime pour le vainqueur. Je trouvais ça fou qu’il fasse des étapes de 180 kilomètres, qu’il s’entraîne 4 à 5 fois par semaine, et qu’il se déplace partout en France pour trois fois rien », contextualise celui qui est devenu en l’espace de quelques années presque incollable sur l’histoire de la "Petite reine".

Une fois comblée sa méconnaissance en matière de cyclisme, l’auteur de deux BD consacrées aux Gueules noires des Cévennes, pouvait se lancer dans une phase qui allait lui réclamer près d’un an de travail : le dessin et la mise en bulles. « Sans les photos des bénévoles trouvées dans les cartons de l’UCB, c’était infaisable. 80 % des illustrations ont été réalisées à partir de ces photos », admet l’auteur, qui a aussi utilisé celles des journaux Midi Libre et La Marseillaise, les passant à la table lumineuse.

Restait alors la mise en couleur des images – six mois de plus – avant la validation par le "boss". L’ouvrage de 48 pages, dont 37 de bande dessinée, qui se veut historique par la fidélité à la réalité des évènements retranscrits, n’allait plus tarder à voir le jour. Pour point de départ, Cyrille Le Faou a choisi la brasserie Didier Racing d’Alès où avait lieu chaque veille de début d’épreuve, la grande belote (on y revient).

Une soirée à laquelle prend part l’auteur chaque année depuis le début de son amitié avec Roland Fangille, se glissant parmi les privilégiés, essentiellement des bénévoles de l’UCB et des amis de la famille. « C’est là-bas que j’avais pris conscience de la véritable amitié qui liait Roland à Poulidor », se remémore le dessinateur. Et de poursuivre : « Une fois que la partie a commencé, c’est très sérieux, il y a un silence de cathédrale. Ce n’est qu’après, au moment de l’apéro puis du repas que ça se lâche. Tout le monde s’envoie des blagues. La première fois que j’y avais participé, Luc Leblanc, champion du monde, avait pris le micro pour chanter des chansons paillardes qu’il connaît par cœur. Ça faisait marrer tout le monde, sauf quelques bénévoles qui se retournaient vers moi pour me dire qu’ils la connaissaient déjà (rires). »

L’an dernier, moins de trois mois après le décès de Poupou, l’ambiance était assurément différente au moment de sortir les cartes. « Encore marqués par la disparition de leur ami, Roland et Leblanc évoquaient des souvenirs en commun. Je me souviens que Leblanc lui avait raconté une anecdote de jeunesse, lorsqu’il n’était encore qu’un coureur en devenir. Comme Poulidor savait qu’il habitait à la campagne, il lui avait conseillé de fendre des bûches une à deux heures par jour. Ça l’avait marqué ! »

La "cagade" du beau-frère

Autant d’histoires croustillantes qui se dévorent dans la BD de Cyrille Le Faou, comme cette péripétie vécue sur le Tour du Roussillon, qui a eu le don d’agacer Roland Fangille, le faisant marrer pendant plusieurs années, après coup. Le Mosellan, coureur "hors catégorie" à une époque où les cyclistes n’avaient droit qu’à deux bidons d’eau au départ, avait choisi de s’asperger le visage avec le premier pour faire face à la chaleur du mois de juin, et espérait que le second lui serait tendu par son beau-frère quelques kilomètres plus loin. Ce dernier, Jean Rambaud, s’était oublié en pleine partie de baby-foot dans un bar de la cité arlésienne, obligeant Roland Fangille à perdre sa place dans l’échappée pour s’arrêter se désaltérer à une fontaine.

Un épisode loufoque parmi tant d’autres, conté à merveille par le quinquagénaire, qui a fait éditer 3 000 exemplaires, à se procurer en vente directe sur un stand qu’il tiendra lui-même, du 3 au 7 février prochain, sur chaque étape de la 51e Étoile de Bessèges. Car Cyrille Le Faou fait tout lui-même, comme la distribution de ses BD dans 80 magasins du Gard et de la Lozère qu’il effectuera après l’épreuve. S’il a eu l’occasion de lire la BD « terminée et mise en couleur », Roland Fangille, disparu le 19 novembre dernier, affaibli par un satané virus, ne verra jamais la version imprimée. « À deux ou trois mois près, c’est mon plus grand regret... », s’émeut l’auteur de Bessèges et son Étoile.

Corentin Migoule

Vendue 13 euros pièce, la BD Bessèges et son Étoile est publiée aux éditions de La rue sombre, 211, rive de la Gagnière. Cyrille Le Faou sera en dédicace à chaque étape de L’Étoile, du 3 au 7 février. L’ouvrage sera également disponible en librairies. Contact : 04 66 86 42 90. 

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