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FAIT DU SOIR As de la Première Guerre et peintre de renom, voici Jacques Favre de Thierrens

Jacques Favre de Thierrens, un personnage haut en couleur selon François Mitterrand (Photo Fonds Hervé Collignon Archives Municipales Nîmes).

Il est Nîmois, né à Nîmes et enterré au cimetière protestant de la cité des Antonin mais peu de Gardois le connaissent réellement. Jean-Paul Jacques Favre de Thierrens a pourtant une vie des plus romanesques...

Pas facile de parler d'un tel personnage sans en oublier une facette ! Né quelques mois avant la première projection publique des frères Lumière à Paris, Favre de Thierrens a eu une vie digne d'un grand film hollywoodien car en près de 80 ans il a laissé une trace de son passage en France et sur la planète.

Ici dans sa propriété en 1955 (Photo Fonds Hervé Collignon Archives Municipales Nîmes).

Protestant issu d'une longue lignée, Jacques Favre de Thierrens s'intéresse vite à l'art. il est d'ailleurs reçu rapidement à l'école éponyme de Nîmes mais il devra la quitter pour se présenter sous les drapeaux. Oui, nous sommes en 1914, la Première Guerre mondiale éclate et le Nîmois a des dons aériens. Frère de Maurice, engagé volontaire en 1913 au 11e Hussards de Tarascon, Jacques intègre logiquement l'Armée de l'air, vadrouille d'escadrille en escadrille et accomplit la bagatelle d'une centaine (104 pou être précis) de reconnaissances.

Une Première Guerre aérienne

Être pilote de l'aviation, alors que l'aviation balbutiait était un signe de grande bravoure. Les avions étaient dangereux et les missions, même de reconnaissances l'étaient tout autant. Les actes de Favre de Thierrens restent parmi ceux des plus reconnus et, même s'il n'est pas celui qui a le plus de victoires homologuées (six homologuées et une non homologuée) au compteur, il fait partie du cercle restreint des As de la Première Guerre mondiale du côté français.

L'artiste au travail (Photo Fonds Hervé Collignon Archives Municipales Nîmes).

Ses victoires s'étalent du 21 octobre 1917 au 4 juin 1918 et sont toutes Axonaises. " Un pilote d'une habilité et d'un courage remarquables qui en toutes circonstances donne l'exemple d'audace et de sang-froid. En revenant d'une mission de protection, il a dû soutenir un engagement très difficile contre un groupe d'avions ennemis. Il a réussi à abattre l'un de ses adversaires en flammes, dans ses propres lignes, portant à trois le nombre de ses victoires. Une blessure, quatre citations. " Voilà ce que l'on peut lire lors de sa citation à l'ordre de Chevalier de la Légion d'Honneur le 12 juin 1918.

Deuxième conflit, deuxième vie héroïque

Le voilà sous-lieutenant qui, une fois la guerre terminée, entre dans les services spéciaux. Officier des renseignements pendant la Seconde Guerre mondiale, oui on ne se refait pas, Jacques Favre de Thierrens renseigne les services secrets britanniques car il travaille pour la Légion française des combattants et des volontaires de la révolution nationale.

Jacques Favre de Thierrens finaliste une oeuvre qui sera exposée à Paris en cette année 1955 (Photo Fonds Hervé Collignon Archives Municipales Nîmes).

Quand la zone libre est envahie, Jacques Favre de Thierrens planque des dossiers compromettants, ceux des services secrets, chez lui. Le monsieur aura d'ailleurs de nombreuses " couvertures " plus ou moins extravagantes allant de l'industriel, au prestidigitateur en passant par le cinéaste ou le pilote automobile.

Un couple d'acheteurs ? (Photo Fonds Hervé Collignon Archives Municipales Nîmes).

Comme l'écrit Pierre Péan dans son livre Une jeunesse française : François Mitterrand, 1934-1947, pendant quelques mois en 1942 il sera même le supérieur d'un certain François Mitterrand à qui il demande de rédiger quelques fausses fiches d'information. Dans un entretien en date de septembre 1994, l'alors Président de la République française dira au micro de Jean-Pierre Elkabbach du Nîmois qu'il était un " Personnage haut en couleur. " Selon Mitterrand, Favre de Thierrens lui aurait dit, avant leur collaboration, " Surtout, si vous venez chez moi, il faut faire tout le contraire que de rédiger des fiches sur les communistes, les franc-maçons, les gaullistes... Il s'appelait Favre de Thierrens. Un peu plus tard il s'est retiré dans son pays près de Nîmes, où il est devenu un peintre très estimé et un résistant très respecté " (à écouter sur la video à suivre à partir de la minute 4).

Une troisième acte plus artistique

De retour chez lui, sur ses terres gardoises qu'il aimait tant, il prend le temps de vivre dans sa propriété située à Saint-Bonnet-du-Gard où il renoue avec ses désirs de jeunesse en retrouvant la peinture. C'est en 1953 qu'il reprend une vie quitté quarante an plus tôt. Pinceaux en main, il oeuvre pour des thématiques simples.

Ici à Saint-Bonnet-du-Gard, lieu retrouvé par notre Romain Cura national, Favre de Thierrens doit parler du patrimoine de sa région (Photo Fonds Hervé Collignon Archives Municipales Nîmes).

La féminité plus ou moins dénudée malgré son austérité de protestant, l'Asie orientale et ses couleurs tranchées, quelques paysages verdoyants et luxuriants de la proche Provence et, forcément, beaucoup de toiles rappelant les couleurs régionales et le patrimoine local comme les oliviers tourmentés par le mistral et la Camargue sauvage. Même la tauromachie est passée sous le spectre de l'artiste Favre de Thierrens !

Guitare en mains, le guerrier artiste joue avec l'oeil du photographe (Photo Fonds Hervé Collignon Archives Municipales Nîmes).

Peintre du mouvement, il a aussi donné de la vie, de l'âme à ses natures mortes qu'il aimait par dessus tout. Pêches, raisins, poires ou pommes, citrons ou mandarines sont pour lui l'occasion d'expérimenter la poésie des couleurs. Il se délecte du langage qui va avec et offre à voir une quantité non négligeable d'oeuvres qui vont rester bien après sa retraite et son décès.

Dans sa cour, Favre de Thierrens peignait aussi son quotidien (Photo Fonds Hervé Collignon Archives Municipales Nîmes).

Une sortie médiatique pour sa première exposition en 1955 qui cartonne, une deuxième deux ans plus tard toujours chez Paul Pétridès qui avait exposé Maurice Utrillo et c'est parti pour le Favre de Thierrens artiste. Il multiplie les expositions à Paris, à Aix, à Bordeaux avant de se mettre en scène dans le Gard pour la première fois au château de Sauveterre en 1961. La Suisse (Genève et Lausanne) et les États-Unis (Chicago et New York) s'ouvrent à son art et il y exposera également. Son chemin se poursuit au fil des expositions et les publics de Montpellier, Avignon, Cannes, Marseille ou Béziers seront attirés par ses oeuvres.

Hélas pour le peintre, sa vue se dégrade peu à peu et en 1971 il pose les pinceaux pour ne plus les reprendre. Il meurt en 1973, le 17 octobre.

(Photo Fonds Hervé Collignon Archives Municipales Nîmes).

Etiquette

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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