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FAIT DU JOUR Bagnols-sur-Cèze : à 16/30, dix ans de formation autrement

L'équipe de 16/30 Formation et ses stagiaires devant ses locaux, à Bagnols (DR)

Le centre de formation bagnolais 16/30 Formation a eu dix ans ce 25 février. L’occasion pour son fondateu, Jean-Baptiste Honorin, de regarder dans le rétroviseur « avec la fierté d’avoir prouvé qu’un modèle d’entreprise vertueuse existe. »

Il le reconnaît sans détour, il n’avait « pas fait gaffe » au fait que son organisme de formation avait dix ans ce mois-ci. Jean-Baptiste Honorin s’en est rendu compte « en voyant passer un KBIS », dit-il au moment de retracer l’histoire d’une entreprise qui compte aujourd’hui une douzaine de salariés et voit passer plus de 270 stagiaires par an, toutes formations confondues.

Une histoire qui démarre donc en 2011. À l’époque, Jean-Baptiste Honorin, 27 ans, travaille comme formateur en marketing et management après un début de carrière très jeune dans la grande distribution. Il devient président du club de basket de Bagnols et reprend une salle de musculation et de fitness avec son épouse. C’est là que les choses basculent : « Je veux recruter un éducateur sportif pour le club et un autre pour la salle, et je ne trouve pas sur le territoire », rejoue-t-il.

En désespoir de cause, il offre un pont d’or à un éducateur venu de l’autre bout de la France, avec qui il ne tombera finalement pas d’accord. Alors le Valentinois d’origine, qui est à l’époque « en pleine remise en question professionnelle » et cherche à « donner du sens » à son activité décide de se lancer dans la formation sportive. Après « huit/neuf premiers mois pour obtenir les habilitations du ministère de la Jeunesse et des Sports », 16/30 démarre sa première session dans la rue du Cinéma, à Bagnols. Ce fils de commerçants, à la solide fibre entrepreneuriale, finance entièrement à perte son projet dans un premier temps. « Je me souviens que pour faire les photos du dossier, je déplaçais le mobilier de salle en salle », rigole-t-il dix ans après.

Le fondateur et gérant de 16/30 Formation Jean-Baptiste Honorin (DR)

« Changer la vie des gens »

L’idée à l’époque est autant de répondre au besoin local de formation dans le monde du sport que de « changer de monde », explique-t-il. « Je voulais me payer mon rêve, avec l’envie de me sentir utile et beaucoup d’insouciance », poursuit Jean-Baptiste Honorin, rapidement rejoint par Boris Lombart, premier formateur à rentrer dans l’aventure, toujours là dix ans après. La première session compte treize stagiaires, et la pompe est amorcée.

L’année suivante, l’entreprise développe les formations. Du secourisme et de l’informatique rentrent au catalogue, puis c’est au tour du tertiaire : secrétariat, comptabilité, assistance de direction. Une nouvelle inclination apportée par Catherine Dolle, elle aussi toujours de la partie une décennie plus tard. 16/30 marche plutôt bien, et va se développer quelques années plus tard avec l’apport d’Élodie Imbert sur la comptabilité puis en reprenant les anciens locaux de Pôle emploi, à côté du collège du Bosquet. « On passe de 160 mètres carrés à 400, dont une bonne partie de vide pendant un an faute de stagiaires, mais c’est là que nous faisons le choix de renforcer l’équipe en prenant quelqu’un pour l’administratif, afin de nous concentrer sur le développement », retrace le gérant.

Le centre de formation part alors « sur des titres professionnels, des formations longues, diplômantes, explique-t-il. L’aboutissement n’est pas le même. C’est changer la vie des gens. » Le tout avec un état d’esprit pas forcément courant dans le secteur : ici, les formateurs ne sont pas des vacataires, mais des salariés. « Nous gérons comme une TPE du bâtiment. Nous faisons du développement pour faire en sorte d’avoir des formations nouvelles », avance-t-il. L’idée est d’avoir une équipe de formateurs impliqués, et pas seulement de passage pour quelques heures par semaine. « Mais si derrière une formation s’arrête, c’est un risque, nous avons fait le choix de le prendre », ajoute Jean-Baptiste Honorin.

Venu du sport collectif, le gérant mise beaucoup sur l’esprit d’équipe au sein de l’entreprise. Par exemple, il a toujours refusé de procéder à une comptabilité analytique, « car je ne veux pas savoir d’où vient l’argent. On est une équipe », martèle-t-il, convaincu que « nous ne sommes pas qu’une entreprise, et l’entreprise peut être vertueuse. » L’argent n’est pas un moteur pour le chef d’entreprise : « il n’y a jamais eu une volonté de faire de l’argent. Tout ce qu’on a gagné on l’a remis dans les locaux, le matériel et sur le fait de ne pas être regardant sur la rentabilité des formations, affirme-t-il. Nos choix ne sont pas dictés par le résultat. »

« Je voulais créer un autre modèle d’entreprise »

Lui préfère valoriser « l’accompagnement, y compris individuel. C’est un vrai boulot » avec un leitmotiv qui revient : « Nous avons la prétention de penser que ce qu’on fait peut changer la vie des gens. » Aujourd’hui, l’entreprise s’étend sur 800 mètres carrés de locaux, toujours à côté du collège, et revendique 60 stagiaires sur les formations sportives, autant sur le tertiaire (dont 20 % sont financés par la Région Occitanie) pour les formations diplômantes annuelles, et 150 stagiaires par an sur les formations courtes, « principalement des demandeurs d’emploi, et quelques salariés », précise-t-il.

Et après un gros effort sur ces formations, « aujourd’hui 70 % de nos stagiaires sont en apprentissage, en nous appuyant sur des Centres de formation des apprentis crédibles, nous sommes antenne du CFA sport Occitanie, et nous venons de conclure un partenariat avec le CFA de la Chambre de commerce et d'industrie Occitanie », note le gérant.

L'équipe de 16/30 Formation (DR)

Bref, une belle croissance que le covid n’a pas entamée. « Il n’y a pas eu d’impact sur l’activité, d’autant que les pouvoirs publics ont joué le jeu », explique-t-il. Il a cependant fallu se mettre au distanciel, en visioconférence, mode pour lequel « nous n’étions pas du tout prêts, car ce n’était pas dans notre culture, mais nous nous y sommes mis », glisse Jean-Baptiste Honorin. Non sans difficultés : « Le plus difficile a été de tenir tout le monde, de garder les gens mobilisés, de garder un lien social », explique-t-il.

Le centre bénéficiera bientôt d’une salle de visioconférence, et se sert de ce mode pour dédoubler les groupes de stagiaires, afin de respecter les protocoles sanitaires. Et ça n’a rien à voir avec la crise sanitaire, mais 16/30 va aussi prochainement bénéficier de sa propre salle de musculation et de fitness, pour ses stagiaires en sport mais aussi pour ses salariés et leurs familles, « un peu comme un comité d’entreprise. »

Dix ans après ses débuts, Jean-Baptiste Honorin est plutôt fier du chemin parcouru. « Je voulais créer un autre modèle d’entreprise, et il me semble y être arrivé », estime-t-il. Certains faits le laissent à penser. En dix ans, le gérant revendique de ne jamais avoir eu à enregistrer le départ d’un de ses formateurs, et pour l’anniversaire de l’entreprise, un mail a été envoyé pour réaliser un kaléidoscope des anciens stagiaires. « En quelques jours, nous avons déjà eu une trentaine de réponses, affirme-t-il. Ça montre leur attachement. »

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

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Thierry Allard

32 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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