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FAIT DU JOUR Trois femmes au rendez-vous de l’actualité

Iulia Suc, Yasmine Fontaine et Pauline Grégoire-Marchand (Photo Anthony Maurin).

Sécurité, incendie, santé, social, tous les sujets mis sur la table ne doivent pas être éludés, surtout dans les quartiers dits sensibles. Trois femmes de la préfecture se sont rendues vendredi sur le terrain pour une visite un peu particulière. Notre rédaction a passé la matinée avec elles.

Iulia Suc, directrice de cabinet du préfet du Gard, était donc en visite au Chemin-Bas d'Avignon, quartier nîmois placé en politique de la ville. Avec Yasmine Fontaine, déléguée du préfet au sein de ce secteur et Pauline Grégoire-Marchand, stagiaire de l'ENA en préfecture, le trio féminin a arpenté les rues du "Chem" pour aller à la rencontre des habitants et des acteurs sociaux du quartier.

L'énergie est communicative, c'est sûr. Celle injectée par les trois femmes de la préfecture va rebondir un peu partout au Chemin-Bas, ça aussi, c'est sûr ! " Nous sommes venues sur place pour parler aux habitants. Quand on tape le nom du quartier sur Google, on doit presque attendre la sixième page pour y lire une action positive alors que je suis sûre qu'il se passe des choses sympas à dire et à mettre en avant. Il faut que ça change ! ", avoue Iulia Suc. " Je découvre le Gard, j'étais prof d'économie en Seine-Saint-Denis ! ", note quant à elle Pauline, qui a changé de vie. " Ici, je suis un peu comme à la maison ! J'aime voir les gens et leur parler ", relève Yasmine Fontaine.

Dans les locaux de Feu Vert (Photo Anthony Maurin).

Premier arrêt à l'association Feu Vert présidée par Danièle Cazès. Joséphine, Soraya et les autres font vivre cette association dont les actions irriguent la vie du quartier. La structure veut aussi bien toucher les jeunes qui sont au pied des immeubles et qui ne parlent à personne que les seniors pour qu'ils tissent des liens avec la jeunesse. Pour l'heure, c'est lors d'un atelier linguistique que la visite débute. " C'est financé par l'État ! ", assure Yasmine Fontaine.

Dans un monde où tout se dématérialise, beaucoup de choses sont à développer. Surtout sur des territoires déjà isolés. Il est important d'apprendre la langue mais aussi de savoir gérer l'aspect numérique d'un monde qui avance dans une course folle. Pour une maman qui bénéficie de ces ateliers linguistiques, " maintenant on arrive à parler et à écrire. Cet exercice nous permet de postuler pour un emploi. Jusqu'à présent nous ne sommes pas toutes à Pôle Emploi car nous ne parlions pas le français. Nous apprenons d'abord pour nos enfants mais si nous arrivons à trouver un job, nous le prendrons avec plaisir ! On ne parlait pas, alors on ne pouvait pas être employée... Je suis Égyptienne, vous pouvez venir quand vous voulez en Égypte ! Encore merci pour tout ce que vous faites ! " L'invitation est lancée.

Le cours linguistique (Photo Anthony Maurin).

Iulia Suc en fait de même, " allez mesdames, c'est important que nous ne soyons pas oubliées ! Vous êtes courageuses ! Nous travaillons, nous sommes intelligentes et les hommes doivent nous aider et nous soutenir. Quand on pourra être tous ensemble, je vous invite à venir assister à une cérémonie, c'est ouvert au public et ça peut être touchant car l'Histoire se vit aussi. C'est une histoire commune, celle de notre société. Moi, je ne connaissais pas mon métier il y a quatre ou cinq ans, j'ai été guide touristique en emploi d'été mais ce genre de cérémonies peuvent changer beaucoup de choses.  " Et les étudiantes du jour de répondre avec un large sourire aux lèvres, " Attention, si on nous invite, on vient ! "

"On s'appelle les Têtes brûlées !"

Deuxième étape, un petit passage à l'Union des citoyens des deux rives. Une belle association qui organise, par exemple et une fois par semaine, un café des parents. L'accompagnement et une sacrée notion en faveur de la poursuite éducative sont aussi ancrée en elle. Pour Yasmine Fontaine, " pendant le premier confinement l'association a recensé les familles qui étaient en difficulté, y compris au niveau de l'informatique pour les enfants et leurs cours. Cette association est une véritable vigie sur le quartier. Monsieur Garouri, le président, est bénévole, c'est un militant associatif non rémunéré, il fait montre d'un réel engagement. "

Moncef Garouri (Photo Anthony Maurin).

Ravi de voir arriver le trio féminin, Moncef Garouri, le président de l'association, est clair : " Notre association est née dans la laïcité, de l'autre côté de la Méditerranée, en Tunisie. On connaît le vivre-ensemble ! Depuis 1974 en France, notre association combat la discrimination, se bat pour l'égalité des droits ainsi que pour la régularisation des sans-papiers. Si nous sommes là, c'est aussi grâce à l'État et au Département. Nous ne sommes pas des débutants mais l'État nous apporte beaucoup et nous travaillons sur les problèmes d'aujourd'hui même si certaines oreilles politiques sont bien souvent sourdes ! " Et le président de l'UCDR de reprendre : " On ne laisse rien passer, on résiste. On a été menacé mais on sait mettre les points sur les i. Je suis nourri par le militantisme ! On lutte partout où les choses ne vont pas, on n'abandonne jamais et entre nous, membres des associations, nous nous reconnaissons. On s'appelle les " Têtes brûlées " ! Hélas, il n'y a pas de relève... "

Le trio féminin et les membres de l'association Union de citoyens des deux rives (Photo Anthony Maurin).

Entre les médiateurs adulte-relais, les services civiques et les contrats en parcours emploi compétences, le quartier survit plus qu'il ne vit mais l'action de ces passionnés de lien social fait son effet et permet de garder le contact avec la réalité des choses. Amal se présente : " Je suis en contrat de médiateur adulte-relais ici et c'est un contrat tremplin. Je vais tenter le concours des greffes très bientôt ! " Iulia Suc connaît bien le sujet et espère que d'autres jeunes prendront le relais. " Je trouve qu'il y a de plus en plus de gens qui veulent donner du sens à leur vie, des jeunes qui veulent s'engager et ça, c'est très positif. "

Le Rocher comme la religion sont des ponts

Troisième arrêt dans un lieu tout à fait atypique puisque situé sous l'église Notre-Dame-du-Suffrage-et-Saint-Dominique ! L'association Le Rocher y a trouvé une place de choix. Alain Froment, le président, annonce d'emblée la couleur : " Notre devise c'est " Osez la rencontre ". Nos jeunes ont déjà pu parler au Président Macron ou à Gérald Darmanin, Marlène Schiappa a cité notre association dans un de ses derniers discours. Ici, on aime la spontanéité. On aime vivre ! Nous attachons une grande importance à la force de la rencontre. "

Dans les locaux de l'association Le Rocher (Photo Anthony Maurin).

Alix et Bertrand sont mariés. Bertrand est le responsable de l'antenne nîmoise de l'association. " Entre ici et notre maison, nous pouvons mettre une minute comme trente, tout va dépendre des personnes que l'on croise ! Nous habitons le quartier, nous vivons comme les gens d'ici. Nous les croisons le week-end. Nous vivons les mêmes choses, ça soude. "

Le couple avait une autre vie, dans deux grandes entreprises et avec des salaires qui allaient de pair. Aujourd'hui, un seul est défrayé quand l'autre est bénévole. Une vie choisie, un don total. Alix raconte : " Nous venons de la région parisienne. Nous avons déménagé à Bondy pour intégrer les équipes du Rocher puis nous sommes venus à Nîmes quand l'association y a été lancée il y a deux ans. Nous essayons de redonner de la confiance, de faire des petites choses mais des choses utiles. Nous ne jugeons pas. "

L'espérance est un choix

Quelques actions remarquables sont à noter. Le repas " Saveurs du monde ", mais aussi le " café de rue " ou la " tournée de rue ". Pour le café de rue, l'équipe du Rocher a son stand au marché du mardi et discute avec la population qui s'arrête boire un coup. Pour la tournée de rue, Le Rocher rencontre les riverains au gré d'une petite balade dans les rues du quartier. " Ici, il y a plein de nuances, cette église date de la création du quartier, tout le monde la connaît et la religion est un lien. Entre croyants, on se comprend plus facilement même si on n'a pas la même foi. La religion est un pont qui nous permet d'échanger plus facilement ", assure Bertrand.

Dur dur de se dire adieu... Non, au revoir (Photo Anthony Maurin).

" Nous ne sommes pas une multinationale, on ne sait même pas ce que nous allons faire mais le Rocher à Nîmes s'est pris en main. Il nous fallait des locaux, du monde pour les faire vivre et de l'argent. Nous y sommes arrivés car Nîmes voulait que le Rocher vienne. Avec Bondy il y a des similitudes entre les deux villes. Nous voulons sortir des pépites, nous choisissons l'espérance, rien n'est foutu ! Il n'y a pas d'éducation sans amour ", poursuit le président Alain Froment avant de conclure qu' " on ne peut pas éduquer sans aimer, nous faisons des rencontres, nous favorisons les regards positifs, on aime les gens. Le Rocher est un pont. " Pour Yasmine Fontaine, " nous avons besoin d'eux, de leurs mots, de leurs sentiments. "

Cette association catholique d'éducation prioritaire est animée par sa foi et par des suppléments d'âmes. Un évêque ou assimilé a, un jour, dit : " Plus catholique que vous je ne connais pas mais plus laïque que vous je ne connais pas non plus ! ". " C'est dur de partir... J'aime ces rencontres, j'aime prendre le temps de parler avec ces gens qui animent les quartiers mais qui sont souvent méconnus ", affirme Iulia Suc au moment de lever le camp.

L'entrée au poste de Police (Photo Anthony Maurin).

Quatrième arrêt, le poste de Police du quartier. Un lien a été coupé au fil du temps entre les habitants du secteur et les forces de l'ordre. Une nouvelle police tente de renouer un lien, de retrouver cette confiance. " On est peu mais on s'aime bien alors il y a une bonne ambiance ! ", relève une policière enjouée lors de l'arrivée du trio féminin.

" J'aimerais qu'on m'explique ce qu'est réellement la police de contact. " Créée il y a sept ans, la police contact a un rôle essentiel. " Je suis là depuis cinq ans, nous sommes une police de quartier. On déambule dans les rues du Chemin-Bas, du Clos d'Orville, du Mas de Mingue et de Courbessac. Nous entretenons de très bons rapports avec les gens. Nous sommes quatre et nous avons une curiosité assez élevée ! Ces gens font tous partie de notre famille. Nous ne sommes pas très répressifs. Seulement quand cela est nécessaire. Nous sommes volontaires pour être dans ce quartier et on ne veut pas en partir ! ", brosse une policière.

Ne rien lâcher et harceler les dealers

Pour Iulia Suc, " Il faut que les habitants sachent et comprennent que police et pompiers ne doivent pas se faire caillasser ! La police, parce qu'on parle d'elle, ne doit plus avoir le seul rôle du méchant. J'ai vu des gens rassurés par la présence accrue des CRS ces derniers temps mais nous savons que les problèmes se sont déplacés ailleurs. Les écoles retrouvent leur sérénité, le danger est éloigné mais il faut harceler les dealers, ne pas les lâcher... Hélas, il n'y a pas que Nîmes en France ! "

(Photo Anthony Maurin).

Pour un autre policier qui explique son métier, " si on est là c'est qu'on croit en ce que l'on fait ! On aime ce quotidien, on nous connaît bien. Nous commençons à avoir des contacts différents et l'ambiance de travail est elle aussi différente. L'individu existe pour le groupe, les gens font la différence entre nous et nos collègues en poste ailleurs mais nous sommes des policiers à part entière ! C'est un métier pas comme les autres, un métier au service des autres où il faut un bon esprit d'État pour un bon état d'esprit. " Et un troisième policier d'ajouter, " la police contact, c'est quelque chose de spécial quand même. Nous sommes reconnus par la population, nous sommes dans des situations différentes, on nous dit bonjour, ça change des insultes ! "

" Continuez, je suis heureuse d'être venue ici, vous voir et vous parler. Il faut que nous montrions ce que vous faites au quotidien car les gens ne le savent pas forcément. Merci pour tout ", conclut Iulia Suc. Avec le sourire et tout à fait à son aise en toute situation, usant de simplicité et de complicité, Iulia Suc change l'image que peuvent parfois avoir les " bureaucrates " de l'administration française. Le trio de choc fait chic mais surtout mouche.

(Photo Anthony Maurin).

Etiquette

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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