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LE 7H50 de Manuel Bompard (La France insoumise) : « La Région peut être un bouclier social »

Le député européen et co-chef de file de la France insoumise pour les régionales en Occitanie, Manuel Bompard (Photo via MaxPPP)

Désigné co-chef de file pour la France insoumise en vue des élections régionales avec la conseillère régionale sortante Myriam Martin, le député européen Manuel Bompard était il y a quelques jours sur le terrain à Alès.

Manuel Bompard s’exprime sur la possibilité d’une liste commune avec Europe Écologie-les Verts (EELV) qu’il appelle de ses vœux, sur le bilan de la présidente socialiste de la Région, Carole Delga , et sur les propositions défendues par la France insoumise pour l’Occitanie. Interview.

Objectif Gard : Pourquoi l’union à Gauche dont on parle beaucoup, et qu'on a vu dans les Hauts de France où toutes les forces de Gauche se sont mises derrière Karima Delli, n’arrive-elle pas à prendre corps en Occitanie d’après vous ?

Manuel Bompard : D’abord parce qu’il y a des éléments de désaccord par rapport au bilan de la majorité régionale sortante. C’est une différence avec la situation des Hauts de France où le sortant est Xavier Bertrand, donc la question du bilan n’intervient pas dans les discussions. Nous portons par rapport à ce qui a été fait par Carole Delga et sa majorité depuis maintenant six ans un certain nombre d’éléments de désaccord. Il ne s’agit pas de dire que tout a été négatif, il y a des éléments positifs. Un certain nombre d’entre eux ont été portés par les élus de la France insoumise, par exemple la question de généraliser sur l’ensemble de la nouvelle région la gratuité des équipements scolaires et des manuels dans les lycées. Tout n’est pas négatif, mais par contre il y a des points de divergence importants entre ce que nous portons et ce que Carole Delga a fait et porte pour la prochaine mandature.

Sur quoi par exemple ?

Premier exemple, sur toute la question des aides qu’attribue la Région Occitanie aux entreprises. Il ne s’agit pas de dire qu’il ne faut pas les aider, mais quand on vient soutenir des entreprises avec de l’argent public il faut poser des conditions. Des garanties en matières sociales, écologiques. C’est typiquement quelque chose qui n’est pas fait aujourd’hui, avec un exemple frappant dans le Gard, l’entreprise Crouzet qui est en train de supprimer des emplois à Alès. C’est une entreprise qui est aidée par la Région, par l’État. Deuxième sujet sur les questions écologiques, la Région dit qu’elle veut devenir la première région écologique de France, mais dans le même temps elle soutient certains grands projets désastreux pour l’environnement, comme l’extension du port de Port-la-Nouvelle dans l’Aude, dans lequel la Région participe alors qu’il va mettre en danger la biodiversité et qu’il vise à importer des céréales d’Amérique du Nord. C’est un point de divergence important, et on a dit pendant la mandature notre désaccord. À partir de ce moment là, il est légitime de pouvoir porter une proposition alternative. Maintenant, la question qu’on peut poser c’est pourquoi il y a deux propositions alternatives à Gauche avec celle des Verts ? Ce n’est pas de notre fait, nous sommes favorables à ce qu’il n’y en ait plus qu’une. Je vous le redis, on est prêts à discuter avec EELV pour faire une liste commune et si c’est le cas on en sera très heureux.

Quels sont les principaux axes du programme que vous portez avec Myriam Martin ?

Trois piliers. Le premier c'est la réponse à l’urgence sociale, qui était déjà là avant le covid, mais avec la pandémie et ses conséquences économiques on voit bien dans quelle mesure il y a un impact en matière de suppression d’emplois, de pauvreté, de précarité, notamment chez les jeunes et les étudiants. La Région peut être un bouclier social, une protection pour que les citoyens soient moins impactés par la crise sanitaire. On peut introduire des mesures de gratuité à la cantine scolaire pour les jeunes lycéens, notamment pour les plus modestes, car quand on est en situation de précarité le repas à la cantine c’est parfois le seul qu’on a dans la journée. Deuxième pilier la transition écologique, l’arrêt de ces grands projets mais aussi l’investissement pour une agriculture bio, paysanne, et un grand plan de rénovation thermique notamment des lycées. Et le troisième pilier c’est la question de la démocratie. Faire en sorte que les citoyens de cette Région aient le sentiment d’être plus écoutés et de participer davantage aux décisions. Nous proposons notamment d’introduire un référendum d’initiative citoyenne régional.

Vous êtes co-chef de file avec la conseillère régionale Myriam Martin. Qui sera tête de liste ? C’est décidé ?

Non pas encore, honnêtement on est encore dans une démarche d’ouverture avec d’autres organisations, notamment EELV. Donc nous avons fait le choix volontairement d’être cohérents. À partir du moment où on est encore dans cette démarche d’ouverture, nous avons considéré que ce n’était pas encore le moment de désigner les candidats. Si on doit se rassembler il faudra qu’il y ait des candidats de toutes les organisations qui s’y retrouvent. Donc la construction de notre liste, la désignation définitive de la tête de liste sont des étapes qu’on a plutôt prévu pour la fin du mois de mars.

D’après vous quel est le principal danger pour ces élections régionales : le Rassemblement national, l’abstention, voire les deux ?

Le principal danger d’un point de vue politique c’est toujours l’abstention parce qu’une démocratie n’est pas vivante s’il y a une personne sur trois ou sur quatre qui se déplace pour aller voter. Ça veut dire qu’on est quasiment repassés dans un suffrage censitaire, où il y a une partie très importante de la population qui n’a plus aucun impact sur les décisions qui sont prises en son nom. On va essayer de convaincre. C’est très difficile, on le sait. Il y a beaucoup de déception, un sentiment de trahison. On essaie de reconstruire de la confiance, montrer qu’on sera une liste qui dit ce qu’elle va faire et qui, une fois aux responsabilités, va faire ce qu’elle a dit. Après le RN c’est un adversaire bien sûr, et je forme le vœu que cette campagne permette de démasquer l’imposture du RN au conseil régional. C’est facile d’avoir des discours en disant qu’on va défendre les plus modestes, ceux qui souffrent le plus, mais après quand on vote au conseil régional, il faut éviter de voter l’inverse. Quand c’est des subventions au Secours populaire, quand il faut aider les étudiants à financer leur mutuelle, quand la Région aide à la construction de logements sociaux, le RN vote contre. Bien sûr que c’est un adversaire, mais je pense qu’il ne faut pas prendre cette question d’un point de vue moral, mais du fond politique. Ces gens-là n’en ont rien à faire de la vie des gens qui souffrent. Ils essaient de profiter de cette souffrance pour faire grandir des intérêts électoraux.

Propos recueillis par Thierry Allard

Thierry Allard

32 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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Un commentaire

  1. Bien sûr qu’il faut aider ceux qui sont dans des situations difficiles. Les aider à s’en sortir par leur travail.
    La compétence majeure de la région est le développement économique. L’Occitanie est un territoire dans lequel le tissu TPE/PME est fort. Le conseil régional doit s’appuyer sur cette force pour en faire un levier social, parce que le meilleur social c’est l’emploi. Nous devons donc mobiliser tous les moyens pour soutenir notre économie parce que les entreprises sont créatrices de richesse et que cette richesse est la source d’énergie indispensable pour faire avancer notre territoire.
    Le conseil régional doit être un outil au service d’une politique ambitieuse pour que l’Occitanie compte encore demain.

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