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FAIT DU JOUR Pays de Sommières et Piémont cévenol : le lycée de la discorde ?

Le maire de Sommières, Pierre Martinez demande une aide à ses voisins. (Photo Boris Boutet)

Actuellement en construction, le futur lycée Lucie Aubrac doit accueillir dès septembre prochain les élèves de 41 communes, dont 33 du département. Un projet financé par la région à hauteur de 50 M€ mais qui représente un reste à charge de 10 M€ pour la Ville de Sommières. Une somme pour laquelle le maire Pierre Martinez entend se faire aider par ceux qui bénéficieront du nouvel équipement. 

Comme c'est souvent le cas en pareilles circonstances, la définition de la carte scolaire du lycée de Sommières n'a pas fait que des heureux. Absente de celle-ci, la Ville de Calvisson s'estime doublement lésée sur le coup. "Nous pensions et espérions vraiment être rattachés au futur lycée de Sommières, nous expliquait le maire, André Sauzède en janvier dernier. Nous comptons un peu plus de 200 lycéens, qui mettent 45 minutes pour se rendre en bus à Nîmes, au lycée Camus. Nous sommes mal desservis car les bus de l'agglomération nîmoise ne viennent pas jusqu'à Calvisson. Aller à Sommières leur aurait fait gagner un gros quart d'heure par trajet. Et puis, un établissement neuf à la campagne, c'est forcément attractif."

D'autant que quelques mois plus tôt, pensant être de la partie, sa commune avait consenti à participer à l'effort collectif de la Communauté de communes Pays de Sommières (CCPS) en votant un fonds de concours de 1,6 M€. "Il s'agit d'une aide accordée par cette dernière en dehors de ses compétences, pour aider une commune , explique André Sauzède. Calvisson participe à 24% des contributions fiscales de la CCPS. Si on fait le calcul, nos contribuables ont donc payé 400 000 € pour un équipement dont ils ne profiteront pas." 

La construction du futur lycée est bien avancée. (photo Boris Boutet)

Forcément frustrés par la situation, les élus calvissonnais ont jeté un pavé dans la mare, le 23 mars dernier, en s'abstenant lors du vote du budget de la CCPS. "Aujourd’hui, en toute conscience, comment pourrions-nous donc continuer à contribuer financièrement à un équipement dont nous ne profiterons jamais quand 25 communes pourront gracieusement en user", s'est alors interrogé André Sauzède. Dans son viseur notamment, le territoire du Piémont cévenol, dont une douzaine de communes figurent sur la carte scolaire du futur lycée Lucie Aubrac. "Calvisson paye et ne verra rien, eux ne versent pas un centime et en profiteront", résume-t-il.

Une frustration partagée par le président de la CCPS et maire de Sommières, Pierre Martinez. "L'établissement représente un reste à charge de 10 M€ qui est très lourd pour notre commune qui a notamment dû acheter le terrain et construire le gymnase attenant, indique-t-il. J'ai écrit le 12 février au président Cruveiller* pour lui demander une participation qui, à mon avis, tombe sous le sens. Il y a eu un très fort soutien au projet de la part des parents d'élèves de son territoire. Le nouveau lycée permettra à leurs enfants de gagner en temps de transport. Aujourd'hui, nous n'avons eu droit qu'à une fin de non recevoir."

Le Piémont Cévenol, passager clandestin ?

"Je ne veux pas polémiquer mais je trouve qu'on ne se grandit pas à assoir des politiques publiques de la sorte, poursuit-il. Nous demandions simplement une participation pour un établissement qui concernera un territoire très large, avec autant d'enfants venant de la CCPS que de l'extérieur. Alors que le Piémont cévenol fasse le mort aujourd'hui, je trouve cela fort de café. Dans le jargon, on appelle ça un soutien sans participation." 

Interrogé sur le sujet, le maire de Cardet et président de la CCPC, Fabien Cruveiller, s'est montré pour le moins embarrassé. "Nous sommes en train d'étudier leur demande, a-t-il vaguement répondu. Notre territoire est un carrefour et une partie de celui-ci va bénéficier du lycée. On s'interroge sur le sens de cette sollicitation aujourd'hui que le lycée est construit. D'un point de vue administratif et juridique, nous n'avons pas vocation à le financer." 

D'autres communes bientôt sollicitées

Son de cloche similaire du côté du maire de Sauve, Olivier Gaillard qui plaide le surbooking. "Ces dernières semaines, on était un peu le nez dans le guidon avec le vote du budget, avance-t-il. Sur la question de la participation financière, rien n'a été arrêté pour le moment, mais j'ai soumis l'idée qu'on participe d'une façon ou d'une autre." 

Alors que l'on ignore pour l'heure si le Piémont Cévenol restera dans cette posture plus ou moins assumée de passager clandestin, une dizaine de communes disséminées dans le Gard et l'Hérault seront elles aussi sollicitées prochainement par Pierre Martinez. "Je veux rencontrer leurs maires et essayer de les faire venir sur ce projet, projette-t-il. Il n'y a bien sûr aucune obligation légale pour qui que ce soit de participer mais la moindre des choses est d'accepter la discussion." 

Une obligation morale à laquelle promet de souscrire Fabien Cruveiller. "Nous sommes en train de regarder les tenants et les aboutissants, je vais lui répondre." Dindon de la farce, le maire de Calvisson espère quant à lui, en compensation, "obtenir un fond de concours" de la part de la CCPS. Histoire d'équilibrer un peu les choses.

Boris Boutet (avec Corentin Migoule)

*Après s'être engagé à nous transmettre le courrier qu'il a envoyé à son homologue du Piémont cévenol, Pierre Martinez s'est finalement rétracté. "Je suis méfiant et ne veux pas faire le buzz", s'est-il justifié.

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