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FAIT DU JOUR Le 8 mai 1945, Betty s’en souvient

Betty Jallaguier (Photo Nathalie Bouget)
Sur les allées du Jean-Jaurès à Nîmes, le monument aux héros et martyrs de la seconde guerre mondiale (Photo Archives Anthony Maurin)

Betty Jallaguier, 92 ans depuis le 6 mai dernier, est connue des Nîmois. C'est la grand-mère de Vincent Bouget mais c'est aussi et surtout une personne qui a connu la résistance à Nîmes, la reddition allemande et l'ambiance qu'il régnait dans la cité des Antonin en 8 mai 1945.

Rappelons d'emblée que le 8 mai ne signe en aucun la fin de la seconde guerre mondiale ! C'est tout simplement la date à laquelle l'Allemagne a capitulé, quand la guerre a pris fin en Europe. Mais la guerre s'est achevée le 2 septembre pour le reste du monde.

Les souvenirs sont embrumés mais les images sont encore vivaces dans la mémoire de Betty. Les odeurs, les couleurs, la joie, la liberté, les larmes, les embrassades... Quand un peuple s'est libéré, c'est un pays qui renaît. Cette renaissance impose une nouvelle lutte, constante, pour ne jamais retomber dans le trouble obscur. Ainsi va le monde dans lequel Betty est née et pour lequel elle a apporté plus d'une pierre à l'édifice.

Pour Betty, "Je suis née et j'habitais rue Fresque à la libération. Dans cette rue il y avait de nombreux ouvriers et des artisans, tout le monde était plutôt à gauche ! Je suis née le 6 mai et j'ai quand même pu fêter mon anniversaire car plein de gens, qui avaient quitté Nîmes pour partir en Cévennes, revenaient peu à peu. Je me rappelle, avec mon frère cadet on en avait marre de vivre sous l'occupation, les Allemands étaient partout, on ne pouvait rien s'acheter. Pour vous dire, ma mère, qui travaillait à l'usine, prenait sa bicyclette tous les samedis et partait à Aramon, au jardin de sa patronne, pour récupérer quelques fruits et légumes quand on voulait bien lui en donner."

Betty Jallaguier (Photo Nathalie Bouget)

À 15h ce 8 mai 1945, les cloches devaient sonner à travers la France entière après une allocution du général de Gaulle qui annonçait la bonne nouvelle. Betty se souvient comment elle a su la bonne nouvelle. "On a appris la nouvelle par la radio (NDLR Betty se met à chanter joyeusement et sans fausse note le jingle de l'époque). Mon père était heureux, mon grand-père aussi. Il y avait une ambiance légère, tout le monde était content, il y avait des bals partout, sur la place de la Mairie, aux Carmes... Je me rappelle du swing que les orchestres jouaient, c'était nouveau, ça arrivait d'Amérique. Mais avant ce jour spécial, on commençait déjà à sentir arriver la libération, les gens avaient changé d'attitude. On se sentait tous libérés et on avait l'impression de n'avoir jamais connu ça, alors, on prenait nos bicyclettes et on allait se baigner au Gardon, à Collias ! On faisait tous du vélo, Nîmes était un village et on se connaissait tous." Résistante, Betty l'était. Elle l'est toujours à sa manière !

Voyant de loin les tumultes dus à la pandémie actuelle, Betty Jallaguier reste impassible. Si certains tentent une comparaison avec la guerre, elle n'osera pas même si elle en comprend les enjeux sanitaires. En revenant au coeur de ses souvenirs, elle revient sur la vie de l'époque. "Au départ, cette période fut traumatisante mais en y repensant on s'est forgé un caractère. Il faut dire que la nuit, il fallait mettre des rideaux noirs pour ne pas que les Allemands voient la lumière à l'intérieur des maisons, sinon ils tiraient, c'était comme ça. Cette époque nous a fait grandir, on était peut-être malheureux mais on faisait avec. Pour vous dire, à l'époque, je n'avais pas d'argent mais je mettais du marc de café sur les jambes pour me les teinter comme si j'avais mis bas... En tout cas je ne pouvais plus voir les Allemands et c'est encore dur aujourd'hui !"

L'ancienne maison de Betty, l'atelier de menuiserie de sa famille, rue Fresque à Nîmes (Photo Anthony Maurin).

Dès le 8 mai au matin, un beau cortège parcourt l'Écusson sous les vivats d’une foule dense et joyeuse. Dans l’après-midi, un autre défilé devait partir de la Mairie et pour rejoindre la Préfecture où se déroulait une importante manifestation suivie le soir par une retraite aux flambeaux. Mais pour Betty, quel fut le pire souvenir de cette période ? "Mon souvenir le plus terrible fut l'arrestation de mon père. Il était menuisier, avec son père, et nous habitions au-dessus de son atelier. Peu avant la libération, il a été arrêté après avoir peint une faucille et un marteau sur le sceau d'un collègue. Ça n'a pas fait rire beaucoup de monde car on l'a arrêté et il a été emprisonné à côté de la Mairie avant d'être jugé par un tribunal militaire à Marseille. Heureusement tout s'est bien passé et il a été rapidement libéré. Les choses commençaient à changer." Son père et son grand-père, menuisiers donc, s'occupaient aussi des barrières de la piste des arènes de Nîmes.

Issue d'une famille de républicains convaincus, Betty a perpétué l'histoire familiale. Quand on lui parle encore de la République, elle chantonne. Son père était socialiste mais républicain avant tout. Betty a grandi dans ce cadre politisé et ne s'est jamais posée de question. Il fallait agir, résister car l'ennemie était là, il attaquait. "Quand j'ai eu 16 ans, j'ai travaillé à la subdivision militaire avec Pierre Savin dont j'étais la secrétaire. Mais plus jeune, à l'âge de 13 ou 14 ans, j'ai commencé mon rôle dans la résistance en faisant passer des papiers. J'étais à l'école de la place Bellecroix ou au 6 rue des Lombards, on mettait nos cartables sous un escalier, quelqu'un y glissait des documents et nous les apportions à un autre endroit, surtout dans des boites à lettres."

(Photo Anthony Maurin).

Mais le rôle de la famille ne s'est pas résumé à cela. Les Jallaguier sont allés plus loin. "Nous avons un maset et à cette époque nous avons pu y abriter Jean Marty, un colonel de l'Armée française qui n'avait plus d'armée... Il y est resté six mois, il dormait le jour et sortait la nuit pour surveiller. C'était le beau-frère de Valentine Hugues qui avait une usine de fabrication d'uniformes non loin du Jean-Jaurès, là où ma mère travaillait. Jean Marty savait par où les troupes allaient arriver, c'était passionnant."

À Nîmes, le 9 mai, un nouveau cortège se rend aux monuments aux morts pour assister à un défilé de troupes sous les applaudissements de la foule toujours nombreuse. Dans le même temps, un meeting en présence des différentes forces politiques locales ayant participé à la Libération était organisé aux arènes.

Un dernier mot pour les générations suivantes ? "Ne vous laissez pas faire, résistez !" conclut Betty avec l'oeil vif, la voix haute et claire. Une parole qu'il ne faut jamais oublier, des mots forts, des mots d'hier qui résonnent encore aujourd'hui.

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 37 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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